Critique Manga Silent Blue

8
Silent Blue

par Tampopo24 le jeu. 25 avril 2024 Staff

Complexe héritage

La collection "Moonlight" de Delcourt-Tonkam est clairement en train de devenir mon seul pourvoyeur de titres chez l'éditeur à de rares exceptions (Mix - Adachi !). J'aime le choix des titres qui y sont faits, souvent doux-amer, mélancoliques. Alors que je le pensais anecdotique, Silent Blue est ainsi un oneshot marquant, à l'image du diptyque Underwater de Yuki Urushibara. J'aime beaucoup.

L'autrice ne nous est pas inconnue, mais est peut-être un peu méconnue chez nous. Avant ce titre, deux de ces travaux plus récents avaient été publiées chez nous, le fantastique Snow Illusions et le plus guerrier Soul guardians, tous deux chez Komikku. Si le premier m'avait en partie charmée, le second m'avait laissée totalement froide. J'étais donc un peu sceptique quant à ce que j'allais trouver dans Silent Blue... Mais entre sa couverture vf que je trouve très poétique et entêtante et le fait que ce soit un oneshot, je me suis laissée tenter et j'ai eu raison. 

D'ailleurs, bravo à Moonlight d'avoir changé la couverture vo. Conservée à l'intérieur sous forme de mini poster couleur, celle-ci était moins marquante et plus spoilante. J'ai de loin préféré la poésie de la page de chapitre qu'ils ont choisi de mettre en avant. On y retrouve en filigrane ce qui fera la richesse de cette lecture : le poids des souvenirs d'un monde passé. 

Aoko est une jeune plongeuse qui ne peut s'empêcher de retourner dans les eaux du lac qui a submergé la ville où elle vivait enfant. Perdue dans des souvenirs de ce lieu qui lui manquent, elle part régulièrement à leur recherche en plongeant. Mais que va-t-elle finir par découvrir ?

Le découpage de l'histoire est assez singulier. Le premier chapitre, sorte de oneshot indépendant, nous introduit de manière détournée dans l'univers de ces villages submergés pour X ou Y raison. On y fait la rencontre de notre héroïne mais également d'une jeune femme qui vit mal une séparation amoureuse. C'est émouvant, mélancolique mais un peu hors de propos quand on découvre la suite. En effet, très vite, l'autrice change de direction et plutôt que de ne nous offrir que cette nostalgie du passé qui s'empare des personnages et qui est déjà très belle, elle va plus loin et introduit un mystère dans ce qui plongé ce monde sous l'eau. Un moyen parfait pour continuer à nous donner envie de fouiller cette ville engloutie, même si l'envie était déjà présente dans la justesse émouvante des sentiments mélancoliques de personnages croisés.

Derrière cette narration, un peu maladroite donc, se cache une bien belle intention, celle d'évoquer la difficulté à tourner la page sur le passé. Quand on a aimé quelque chose, quelqu'un, et que ça doit prendre fin, on a tendance à s'accrocher et même à idéaliser, l'autrice nous le décrit et le met en scène dans cette histoire fantastique avec beaucoup de finesse et de justesse. Ainsi, plus que la quête de l'héroïne, qui veut connaître son passé et ce qu'elle oublié, c'est au final la tristesse enfouie des adultes ayant vécu dans ce lieu : le policier, le père d'Aoko, qui m'ont le plus chamboulé, car on sent vraiment en eux cette nostalgie. 

Les chapitres sont ainsi imprégné de cette ambiance un tantinet étrange et singulière, propre aux souvenirs et au milieu liquide. C'est très doux-amer, presque triste, mais c'est justement ce que j'ai aimé. J'ai été touchée par chaque histoire, de la fille larguée, à celle à la recherche de son passé, jusqu'à ces hommes qui voudraient oublier mais continuent de se souvenir. C'est très joliment représenté sous un trait qui n'a pas la froideur qu'il aura dans les autres oeuvres de l'autrice. Les séquences de vie sous-marine sont hypnotisantes, de la plongée jusqu'à la contemplation de cette ville à jamais endormie, rappelant les séquences où on filme parfois ces épaves sous-marines où le temps s'est arrêté. Ça quelque chose de magique.

En bref

J'ai été totalement happé par le récit simple et mélancolique de cette jeune fille à la recherche de son passé qui va découvrir tellement plus. L'autrice a su me conquérir par ses dessins hypnotisants dans ce monde endormi à jamais et son ambiance douce-amère où elle montre la difficulté à tourner une page sur le passé. C'était très beau et très évocateur.

8
Silent Blue
Positif

Une autrice surprenante, meilleure dans ce vieux oneshots que dans ses oeuvres plus récentes

Des dessins entêtants, particulièrement quand on est dans l'eau

Une jolie histoire s'appuyant sur un phénomène qui existe : les villes submergées

Une belle quête intérieure partagée au fil des rencontres

Negatif

Une narration un peu bancale au début et dans son twist (un peu trop gros)

Un petit élément révélé par le père, restant sans réponse (donc inutile...)

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