Critique BD Waco Horror #1

8
Waco Horror

par Korail le mer. 29 juin 2022 Staff

Une plongée dans un fait divers marquant

Avec Waco horror, on revient en 1916, dans une Amérique encore ségrégationniste, qui n'est ouverte ni aux droits des femmes ni à ceux des Noirs. [ On pourrait bien sûr discuter de son ouverture actuelle. ]

Elizabeth Freeman est suffragette, engagée et énergique, évidemment réprimée pour ses prises de positions. Son ami, un sociologue afro-américain, William E.B. Du Bois, lutte pour les droits civiques et l’égalité des Noirs dans une société refermée sur elle-même. Il l’envoie enquêter -sous couvert d’une conférence de suffragettes- sur la mystérieuse disparition de Jesse, un adolescent noir qui travaille dans les champs de coton de Waco au Texas. Sur place, elle est d’abord bien accueillie. Mais peu à peu, ses questions sur cette affaire et son engagement dérangent. Jesse a tué une femme blanche, il a été arrêté, fin de l’histoire. Fin de l’histoire ? Pas tout à fait, Jesse a été lâché par le shérif, lynché par la population qui s’en glorifie tout en protégeant son secret. Mais les secrets finissent toujours par ressortir.

Les dessins sont assez classiques, bien faits avec des teintes et des couleurs équilibrées. Les plans sont souvent centrés sur les personnages, visages et bustes. C’est clairement une histoire d’hommes et de femmes qu’on nous raconte, pas de paysages. Il y a juste un pont, celui qui sépare les Blancs des Noirs. L’image de ce pont est d’ailleurs essentielle dans la narration.

Cet ouvrage, basé sur un vrai fait divers, aurait pu être franchement dure à lire, à relire. C’est en partie le cas : les actes sont abjects ; vraiment honteux. Mais ils sont traités sobrement. Le passage où les faits bruts sont établis est narré par des dessins et des mots d’enfants. L’horreur à hauteur d’innocence, c’est efficace. Je crois qu’il ne faut jamais oublier ce que le racisme peut faire faire à une foule, il faut connaître cela. Ce qui fait de Waco Horor un ouvrage nécessaire.

Mais le personnage (la personne) d’Elizabeth Freeman remet de l’espoir et de la lumière dans l’horreur des évènements de Waco. J’adore Nelly Bly, je ne connaissais pas Elizabeth Freeman : quel bonheur de la découvrir ! Je ne sais pas dans quelle mesure les auteurs, Lisa Lugrin et Clément Xavier, sont fidèles à sa biographie. Qu’importe ! On prend plaisir à suivre cette femme énergique, qui n’hésite pas à faire le buzz (bien avant l’heure!). Elle est culottée, elle a de la pêche et de la répartie, elle se moque des autres et d’elle-même. Elle met à profit son joli minois pour servir aux hommes ce qu’ils ont envie d’entendre et ainsi mieux atteindre son but : connaître et diffuser la vérité. Et même si l’enquête sur le lynchage de Jesse peut passer pour une tragédie-comédie ponctuée de situations rocambolesques entre travestissement et retournement de situation, elle n’en reste pas moins la dénonciation d’un fait atroce de vindicte populaire. Je recommande donc cet ouvrage à celles et ceux qui veulent se souvenir du passé trouble de l’Amérique ; à celles et ceux qui ont envie de découvrir une femme qui met son énergie et son talent au service de ses convictions.

Je finirai par une citation d’Elizabeth Freeman (ou des auteurs, c’est bien aussi) : « On est toutes hors la loi quand on veut la changer pour qu’elle soit plus juste. » 1916, ce n’est pas si loin…

En bref

Avec Waco horror, on revient en 1916, dans une Amérique encore ségrégationniste, qui n'est ouverte ni aux droits des femmes ni à ceux des Noirs. On part à la recherche de Jesse, un adolescent noir de Waco qui a mystérieusement disparu. L’atroce secret de cette disparition va être mis à jour grâce à Elizabeth Freeman, une suffragette culottée, énergique et drôle ; personnage haut en couleur qui porte la narration et ses rebondissements. Waco Horor plaira tant pour la mise en lumière de ce fait divers horrible que pour la rencontre d’Elizabeth Freeman, une femme qui met son énergie et son talent au service de ses convictions. Je le recommande tout particulièrement.

8
Waco Horror
Positif

la narration et ses rebondissements

le personnage d'Elizabeth Freeman

mise en lumière d'un fait divers marquant

Negatif

Korail Suivre Korail Toutes ses critiques (48)
Partager :
Commentaires sur cette critique (1)
  • Puisque cet album t'a intéressée, je te recommande :
    - Blanc autour
    - Ils ont tué Leo Frank
    - Mojo Hand
    - Emmett Till

    et dans un autre style :
    - Comment devient-on raciste?
    - Féministes

    Tu en as déjà sans doute lu certains.

Laissez un commentaire