• Critique Plongée dans la nuit T.1 par

    Depuis quelques temps, je me plais à découvrir pas à pas les yuri (manga mettant en scène des relations ou sentiments lesbiens) de chez Taifu. C'est la poésie de sa couverture qui m'a attirée ici.

    Avec Plongée dans la nuit, nous plongeons dans les méandres des sentiments adolescents. Tsukiko est une métis un peu taciturne qui a du mal à aller vers les autres. Un jour, elle tombe sous le charme de sa camarade Aya alors que celle-ci est en train de nager dans la piscine du lycée, sa grande passion. Elle se retrouve alors à la suivre du regard et à se poser mille questions sur elle sans trop comprend pourquoi.

    Avec ce titre, Goumoto propose une lecture tout en douceur, tout en nuances et surtout tout en poésie. Les deux héroïnes, Aya et Tsukiko sont des adolescentes différentes de ces héroïnes très ouvertes qu'on rencontre souvent. Elles ont du mal à communiquer, à s'ouvrir aux autres voire à sortir de leur bulle. Leur rencontre et leur découverte vont donc être très progressives mais ce ne fut pas pour me déplaire. Pour conter cela, l'autrice use de toute sa palette de métaphores autour du milieu aquatique et des vampires. C'est superbe ! Cela donne une touche calme et poétique, limite philosophie.

    Ainsi avec ces deux jeunes filles, on s'interroge sur l'appartenance à un groupe, est-ce absolument nécessaire à l'épanouissement personnel ? On s'interroge aussi sur l'amitié, est-ce mal de vouloir rester seul ? On s'interroge sur le regard des autres, doit-il nous guider dans nos choix ? On s'interroge aussi parfois sur les limites floues entre amitié, fascination et amour. C'est très pertinent et cela offre une belle image de l'adolescence, cet âge des questionnements.

    Cependant de tout cela découle une certaine lenteur voire une certaine mollesse qui pourra en agacer certains. Les héroïnes sont souvent passives et attentistes. On a envie de les secouer, de les pousser à se parler, à s'ouvrir. Il y a énormément de non-dits. On joue beaucoup sur les regards, les frôlements mais surtout les sentiments intérieurs difficilement exprimés si ce n'est par des gestes et attitudes involontaires. Il faut être très patient et attentif lors de cette lecture pour vraiment saisir tous les petits indices disséminés par l'autrice, mais pour ma part j'ai beaucoup aimé.

    L'ambiance est d'ailleurs ce qui est le plus réussi ici. Grâce à son superbe coup de crayon, Goumoto a de suite frappé les esprits. C'est doux, calme, avec plein de rondeurs et de volutes. Elle joue sur la passion de l'une des héroïnes pour la natation pour mettre à fond ce milieu en avant et ça rend à merveille. Elle joue aussi du look un peu rétro de Tsukiko (qui m'a rappelé les personnages de Très cher frère de Riyoko Ikeda) et de la signification de son prénom pour aussi s'amuser avec des métaphores autour des vamp'. Alors les cases ont beau être parfois un peu dépouillées, il y a un tel jeu dans la composition de l'ensemble que ça m'a enchantée !

    8

    Tampopo24 - 07 mai 2020

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