• Critique Solitude d'un autre genre T.1 par

    Solitude d'un Autre Genre, ou My Lesbian Experience With Loneliness de son titre anglais original, est un manga autobiographique signé Kabi Nagata. Un récit introspectif qui, par la difficile expérience de son autrice, présente une réelle critique de la société moderne Japonaise.



    Un vécu terrifiant...


    150 pages pour nous illustrer la descente aux enfers, puis la dure reconstruction d'une jeune femme écrasée par la pression sociale. Dix ans de dépression et de combat pour s'accepter et trouver le bonheur tant convoité. Dix années durant lesquelles Kabi Nagata est passée par des troubles de l'alimentation, la scarification, la solitude, les problèmes familiaux, et j'en passe... Tout cela exposé sur plusieurs chapitres qui font froid dans le dos. Pourtant, ce n'est jamais raconté avec horreur, mais toujours avec humour et légèreté. Un humour qui ne fait pas rire, mais qui dédramatise gentiment...

    Arrivé à la moitié du récit, le ton change, pour nous conter cette fois-ci la remontée et la guérison de l'autrice. Place à l'espoir. Après plusieurs dizaines de minutes de lecture presque douloureuse, on ressent un certain bien-être en voyant les choses s'arranger pour l'héroïne, Kabi Nagata. C'est indescriptible, mais notable et réellement plaisant. Cette guérison tourne autour d'un évènement clé, qui nous est présenté dès la couverture et les premières pages : la décision de prendre rendez-vous avec une prostituée. Cette idée, moins saugrenue qu'il n'y paraît, apportera son lot de difficultés, mais permettra à Kabi Nagata de se délivrer d'un poids par la découverte de sa sexualité. Pour autant, j'ai été surpris de constater que l'homosexualité n'est jamais explicitement abordé comme une surprise ou même un problème. Le désir sexuel est beaucoup plus mis en avant, mais qu'il soit lesbien, ça n'importe pas plus que cela. Surprenant, et à mon sens plutôt bien.



    Une réalisation sincère qui inspire toute une génération...

    L'autrice illustre son expérience tout de noir, rose et blanc, développant un style unique, à la fois simple et particulièrement marquant. On retrouve au travers de ses planches un jeu des couleurs exceptionnel, en totale cohésion avec l'ambiance du titre. Ici, le dessin est réellement au service de la narration.

    A la suite du succès qu'a connu My Lesbian Experience With Loneliness, d'abord au Japon notamment grâce à la plateforme de publication en ligne Pixiv, puis à l'international ; on a pu assister à une vague de récits autobiographiques dans le même genre. C'en est flagrant jusqu'au style graphique des couvertures : Kabi Nagata a lancé une mode. Mais une mode des plus nobles et des plus importantes. Que tant d'auteurs et d'autrices mettre sur le papier des maux longtemps refoulés à cause d'une société élitiste où bien présenter est un prérequis à la réussite, c'est bien, utile et important. Briser des tabous sur l'homosexualité, la sexualité en général, la dépression ou tout autre sujet, c'est bien, utile et important. En ce sens, cette "mode" qu'a lancé indirectement Kabi Nagata est probablement l'un des meilleurs mouvements qu'a connu le monde du manga ce siècle.



    Parlons de l'édition...

    Lors de l'annonce par Pika de l'acquisition de cette œuvre, plusieurs points mécontentaient les fans, créant une petite polémique. Parmi ce qui revenait le plus souvent : la traduction du titre et le format. En effet, 'Solitude d'un Autre Genre' est une traduction plutôt hasardeuse. Elle ne fait pas mention d'homosexualité, sujet pourtant central du manga, et reste très vague. Pourquoi ne pas garder le titre original ? Aucune réponse claire à ce jour.
    Ensuite, le format. Si l'édition Pika Graphic est agréable et à mon sens très pertinente ici, c'est surtout le sens de lecture, inversé, qui pose problème. D'après l'éditeur, ce serait l'ambition de conquérir un large public, même en dehors du lectorat manga. C'est en effet sujet à débat. Personnellement, si le sens de lecture ne me gêne pas plus que cela, la raison donnée par l'éditeur ne me satisfait pas. Je doute que ce soit un critère des plus importants, lorsque l'on souhaite parler au grand public. Si moi, qui ne lis quasiment que de droite à gauche, peut lire dans le sens occidental ; alors pourquoi pas l'inverse ? Je suis contre ce genre de pratique. Dans beaucoup de cas, cela peut dénaturer l’œuvre originale, en plus d'apporter un énorme travail supplémentaire aux lettreurs et lettreuses (ici Catherine Bouvier de B.L.A.C.K Studio) et un potentiel coût. Mais ce n'est que mon avis personnel.

    9

    P'tit Citron - 05 décembre 2018

    3 membres aiment | Vous avez aimé cette critique Annuler
Vous avez lu Solitude d'un autre genre T.1 ?
Ecrire une critique