• Critique L'Habitant de l'Infini par

    Pour un manga qui devait initialement se conclure en 5 tomes uniquement, L’Habitant de l’infini s’est finalement étalé sur 30 tomes grâce à un immense succès.
    Pourtant, l’intrigue est simple et classique, il s’agit d’une vengeance : Lin, l’héroïne du manga cherche à se venger d’un groupe de tueurs d’une école de sabre concurrente après avoir assisté au massacre de sa famille et des disciples du dojo (école de sabre) de son père par ces derniers. Pour ce faire, elle s’allie à Manji, le “Tueur d’une centaine”, un samouraï “immortel”.
    Le duo que forment Lin et Manji est cohérent et s’emboîte malgré leur différence d’âge, ce sont deux destins différents qui se croisent : Lin est encore une adolescente fragile qui doit faire face à la survie seule suite au massacre de ses parents dont elle cherche à se venger et Manji, qui est plus âgé, était un assassin qui a commis plusieurs meurtres et causé de façon indirecte la mort de sa soeur, cherche à se racheter en tuant 100 scélérats mais sa rencontre avec Lin qui devra accomplir sa vengeance et tuer les assassins de ses parents devrait lui faciliter la rédemption.
    Si l’histoire paraît assez classique au début, elle prend une tournure assez ambiguë vers le milieu et la fin. La vengeance tourne un peu en rond, on n’arrive pas vraiment à déceler les intentions de Lin. Au moment où on croyait qu’elle était totalement abandonnée, elle revient. A la place d’un “je t’aime moi non plus”, on a un “je me venge moi-non plus”.

    Heureusement que L’Habitant de l’infini s’appuie aussi sur un aspect politique et philosophique qui sont plus que les bienvenus. En effet, le manga s’inscrit dans un contexte d’après guerre, où règne une certaine stabilité : la voie du sabre perd du terrain en même temps que les samouraïs, de moins en moins sollicités, la pratique du sabre se faisant dans les dojos qui fleurissent partout dans le pays. Le volet politique s’illustre avec un gouvernement du shogun qui souhaite contrôler le développement des dojos de plus en plus nombreux et le volet philosophique est mis en évidence par les valeurs et règles propres à chaque dojo. Prenons l’exemple de l’Ittôryu, un des principaux dojos dans le manga, il autorise l’utilisation d’armes étrangères mais proscrit les combats déséquilibrés à plusieurs contre un, il ne met pas en avant des techniques secrètes tout en accordant beaucoup plus d’importance à la force brute.
    C’est ce contexte d’expansion des écoles de sabres qui donne une ambiance si riche au manga qui se paie quelques scènes comiques entre Lin et Manji entre les scènes de combats qui sont très nombreux et mémorables de par leur côté épique. Je n’avais jamais vu un manga avec des combats accompagné d’un tel souci de détails, servi par une si grande diversité d’armes. C’est simple, dans L’Habitant de l’Infini, on ne gagne pas parce qu’on est le plus fort mais le plus rusé, le plus déterminé, le plus concentré. La victoire est accordée à celui qui sait tirer avantage de l’environnement et tirer profit de ses points forts et des faiblesses de l’ennemi, donnant ainsi lieu à de magnifiques duels stratégiques qui font honneur à la Voie du Sabre, oui, mais surtout au manga.
    De plus, si Manji est prétendu “immortel”, il peut bel et bien mourir, ce qu’il ne manque pas de s’y passer à plusieurs reprises. L’issue des affrontements n’est jamais jouée d’avance.
    Les combats ne seraient pas aussi épiques sans le coup de crayonné de Samura, l’auteur du manga. Son style graphique donne beaucoup de dynamisme aux scènes de combats mais on a parfois du mal à suivre les mouvements des personnages qui font très “brouillons” dans ces scènes d’action.
    Peu de choses à dire de plus sur le style de Samura, si ce n’est qu’il est vraiment original et reconnaissable parmi mille. Le character design est très varié malgré le très grand nombre de personnages apparaissant dans l’histoire, même si les personnages féminins ont tendance à se ressembler, surtout au début du manga.

    Pour finir, je conseille L’Habitant de l’infini à tout lecteur qui cherche un manga
    dans une ambiance d’époque de samouraï où les combats sont aussi épiques que stratégiques, servis par des personnages aussi charismatiques que mémorables.

    Mais avant de mettre le point final, je voudrais quand même émettre une critique quant à la nouvelle édition française du manga (ré)éditée par Casterman dans sa collection Sakka. Dans la plupart des cases, les bulles de dialogues ne sont pas orientées (ou fléchées pour être plus explicite), du coup, j’ai eu beaucoup de mal à suivre les dialogues entre les personnages, on ne sait pas toujours qui s’adresse à qui, on se repère aux pronoms et au contexte des dialogues et dites vous que ce problème persiste sur 30 tomes...

    8

    Kamiville - 24 juillet 2018

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