Critique Manga Planetes

6
Planetes

par Fastsnake le mer. 22 avril 2026

Une Hard-SF qui retombe trop vite dans les travers du Shônen ?

Lecteur de mangas assidu durant toute mon adolescence, je m’en étais éloigné à l’âge adulte pour me tourner vers la BD franco-belge à mes 35 ans, y trouvant une offre de science-fiction bien plus vaste et mature. Pourtant, au fil de mes discussions et de mes recherches, trois noms revenaient sans cesse comme des ponts incontournables vers le manga de SF : "Blame!", "Eden : It's an Endless World" et ce fameux "Planètes". Profitant de l'intégrale disponible à la bibliothèque, j'ai décidé de retenter l'expérience, moi qui ne lis plus aujourd'hui que "Berserk" au rythme des rares parutions. Lecteur de mangas assidu durant toute mon adolescence, je m’en étais éloigné à l’âge adulte pour me tourner vers la BD franco-belge à mes 35 ans, y trouvant une offre de science-fiction bien plus vaste et mature. Pourtant, au fil de mes discussions et de mes recherches, trois noms revenaient sans cesse comme des ponts incontournables vers le manga de SF : "Blame!", "Eden : It's an Endless World" et ce fameux "Planètes". Profitant de l'intégrale disponible à la bibliothèque, j'ai décidé de retenter l'expérience, moi qui ne lis plus aujourd'hui que "Berserk" au rythme des rares parutions.


Le plaisir de retrouver le format manga et le noir et blanc a été
immédiat. Le dessin, très propre, m’a d’emblée donné l’espoir d’un
seinen rigoureux. J'ai d'abord beaucoup apprécié le parti pris narratif :
pas de quête pour "sauver l'univers", mais une chronique sociale sur
des "éboueurs de l'espace". Ce rythme calme, sans être celui de "2001
l'Odyssée de l'espace", me convenait pleinement.


Malheureusement, le naturel du manga "mainstream" revient vite au galop.
Le ton sérieux que je recherchais est régulièrement brisé par un humour
de geste ("slapstick") très lourd. Le père du héros en est le parfait
exemple : un cliché ambulant du quadragénaire indolent, sale, addict aux
magazines cochons, qui enchaîne les blagues potaches en se grattant les
parties intimes. Ces ruptures de ton ne servent pas de "respiration" au
récit, elles agissent comme une cassure de crédibilité qui m’a sorti de
l’histoire à plusieurs reprises.


Le personnage de Tanabe a été, pour moi, le point de rupture. Sa naïveté
est d'une improbabilité telle qu'elle en devient exaspérante. On
retrouve ici le trope le plus éculé du shônen : la figure féminine dont
l'unique fonction est de calmer les colères masculines par des
monologues dégoulinants sur "l’amour qui vaincra tout", la larme à
l’œil. Si je déplore parfois le pessimisme radical de la SF franco-belge
où tout est souvent trop noir (et sans espoir), Tanabe tombe dans
l’excès inverse : une vision du monde enfantine qui détonne avec la
dureté de l'environnement spatial.


Le dernier tiers délaisse la "tranche de vie" pour une introspection
psychologique massive. On découvre que les personnages partagent un
traumatisme originel lié à une enfance malheureuse. Là encore, on nage
dans le cliché : l’enfant triste au regard vide, bouche bée devant la
violence humaine... C’est un procédé vu et revu qui peut toujours être
émouvant mais manque ici de subtilité pour y arriver.

 
Au final, j’attendais de l’espace qu’il soit un élément central du
récit, d'abord décrit par un féru de sciences (l'auteur nourrit la
première partie du récit d'annotations de ses recherches sur la conquête
spatiale) puis nourri de développements géopolitiques ou militaires
dans la dernière partie de l'histoire. Au lieu de cela, l'espace ne sert
que de simple décor à un drame humain dont les protagonistes ne m'ont
semblé ni particulièrement bien écrits, ni attachants. "Planètes" n’est
donc pas une mauvaise lecture, mais pour un lecteur habitué aux
exigences de la SF adulte, il reste trop ancré dans des codes narratifs
que j'ai trouvé juvéniles. 

En bref

Planetes n’est pas une mauvaise lecture, mais pour un lecteur habitué aux exigences de la SF adulte, il reste trop ancré dans des codes narratifs juvéniles.

6
Planetes
Fastsnake Suivre Fastsnake Toutes ses critiques (6)
Partager :
Commentaires sur cette critique (0)
Laissez un commentaire