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Sans même nous dire au revoir

par Carrick le jeu. 8 déc. 2016

Il est fait ici critique de l’édition française, chez KANA, collection MADE IN
Du 8 décembre 2016, revue et corrigée le 21 avril 2018

Kentarô Ueno nous livre le récit intime de la disparition de son épouse. Sous forme d’un journal intime, il nous raconte les étapes clés de son deuil pour se reconstruire dans une vie où tout est bouleversé.

La scène d’entretien de l’auteur avec son éditeur dans un restaurant de banlieue (page 201) nous révèle les secrets de cette publication. La contradiction est saisissante. D’une part le besoin de raconter pour éprouver la douleur de la disparition, d’autre part la prise de recul la plus certaine pour éviter que les sentiments n’imprègnent trop l’œuvre. Ce livre est une catharsis où l’éditeur – le psychologue conduit l’auteur – le patient – à assumer ses choix sans y prendre part. La volonté de l’éditeur de prendre le temps de publier l’œuvre (page 204) n’est d’ailleurs pas respectée tant le besoin de l’auteur est grand de terminer son deuil par l’écriture d’un livre en hommage à sa femme.
Face à l’auteur dont le souhait été de nous exposer ses sentiments ; inconséquemment, le lecteur assiste impuissant et détaché à une succession d’événements linéaires : 10 décembre 2004, 1H30. 24 décembre 2004, 19 heures, dont la narration au passé appesanti d’autant le texte que le sujet traité est déjà grave. Cette libération prend fin à la page 263 lorsque le héros prononce ces mots : Ah… c’est moi qui suis désolé… Et merci kiho. On se demande après tant d’amour donné à sa femme, de quoi se sent-il le besoin de se repentir.

Le dessin est un échec. Les personnages secondaires ne sont représentés que par le contour des visages et n’ont pas de nom, seulement l’initial de leur prénom. Même par soucis de respect de la vie privé, l’absence de dessins de ces personnages – fussent-ils inventés – renforce l’idée que l’œuvre est écrite pour l’auteur, et non pour le lectorat.
La torture de Kentâro est exprimé au travers les cases du manga dont les contours plus ou moins droits ou ondulés représentent son esprit. Cela n’apport pas pour autant de suppléments à l’histoire, car les collages et les aplats ne rendent pas cette œuvre intéressante pas le dessin.

Je conclu en réponse à l’auteur qui pose la question en préambule : S’il y a des personnes qui vous sont chères, que pouvez vous faire pour elles ?
Rien, on ne peut rien faire. Rien n’est plus sacré que notre propre existence et on ne peut pas se tourner vers l’autre si on n’accepte pas d’abord de vivre pour soi, de prendre soin de soi. Ainsi est l’existence car l’homme vit seul. Seul jusqu'à la mort.

En bref

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Sans même nous dire au revoir
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