Critique Manga Le Poème du Vent et des Arbres #3

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Le Poème du Vent et des Arbres

par Tampopo24 le lun. 12 janv. 2026 Staff

Le shojo le plus trigger warning !!!

Quelle lecture déchirante, une lecture probablement nécessaire mais tellement douloureuse qu'elle est vraiment très difficile à faire. Alors attention, trigger warnings à gogo les amis !

Comme prévenu lors de la préface richement écrite d'Ariane Even, Keiko Takemiya nous malmène sans pitié pour récrire les mécanismes de l'emprise d'une famille incestueuse et violente où les pratiques se répètent et enferment ses membres dans de terribles schémas auto-destructeurs dont Gilbert n'est que le point d'orgue mais pas la première victime. Ce fut donc un tome des plus douloureux dans sa volonté de remonter aux sources du trauma et rien ne nous est épargné. 

Nous découvrons la rencontre d'Auguste et Gilbert, sous fond d'enfant sauvage abandonné qui se prend d'affection pour le premier être qui lui prête réellement de l'attention. Mais c'est tellement tordu, tellement nocif, que c'est à vomir. Et tout le monde regarde sans intervenir en plus ! Révoltant je vous disais et si dur à lire. Et pourtant, on ne peut s'empêcher de tourner et tourner les pages pour admirer ce drame si finement dépeint par les pinceaux romantique de Keiko Takemiya qui s'inspire tellement de la littérature occidentale et allemande en particulier. Freud irrigue cette oeuvre. 

C'est donc terriblement sombre, terriblement malsain. Gilbert n'est que la marionnette sur laquelle Auguste a mis la main pour se venger de tout ce qu'il a subi. Et nous assistons à une terrible mise en scène entre dressage, vengeance et auto-punition, puisqu'il se fait autant de mal qu'il en inflige dans ce duel psychologique entre deux victimes en puissance. Chacun a une force de caractère énorme et pas seulement pour survivre à ce qu'il a vécu. C'est un vrai duel d'égo ici entre le très policé Auguste et l'enfant sauvage Gilbert. Au-delà des violences psychologiques dues au ''dressage'' contre nature d'Auguste, qui affame cet enfant d'affection, ne lui donnant que des bribes pour le rendre accro, il y a aussi de terribles maltraitances physiques : coups portés par Auguste, où c'est le seul moment où il montre de l'affection, et surtout viol dont est victime Gilbert, situation qu'a autrefois vécu Auguste et qu'il laisse se reproduire. C'est vraiment dur. 

Et pourtant, il y a quelque chose de puissant dans ce récit, celui du récit de cette emprise réciproque, désirée par Auguste pour Gilbert mais non souhaitée pour lui-même et qui le surprend. C'est donc malsain mais entêtant, dérangeant mais fascinant. Les deux sont à plaindre. Auguste n'est pas plus le méchant de l'histoire que Gilbert l'est dans l'internat où on l'a découvert dans le premier tome où il sème la pagaille. Chacun a cherché et trouvé un moyen de survivre aux agressions subies, reproduisant malheureusement celles-ci. L'autrice décrit à merveille, même si de manière déchirante et révoltante, ces mécanismes, ce qu'ils ont vécu, ce qu'ils font subir aux autres, la manière dont ils sentent nécessaire de jouer de leur charme et d'occulter la vérité pour se protéger. Ses pinceaux virevoltent sur les pages à l'image de la folie d'Auguste et de l'esprit libre de Gilbert. Cependant petit bémol, j'ai trouvé moins d'innovations graphiques dans ce tome pour poser métaphoriquement ce qu'il se passe, contrairement aux premiers tomes. C'était dans un sens plus sobre, étrangement. 

En bref

Grand titre du patrimoine du shojo et tout simplement de la littérature dramatique qui décrit avec finesse et puissance les terribles violences sexuelles et psychologiques intrafamiliales que peuvent subir de jeunes gens, influant tragiquement ensuite sur leur vie. Le malaise est certain à la lecture, surtout avec le trait tellement baroque de l'autrice, mais c'est une douleur nécessaire pour pénétrer dans la singulière relation qu'entretiennent Gilbert et Auguste, les héros destructeurs fascinants de cette histoire. On aime souffrir avec eux. On aime être emporté avec eux dans ce drame inéluctable. Mais quelle tristesse !

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Le Poème du Vent et des Arbres
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