Critique Manga Utsubora #1

9
Utsubora

par Tampopo24 le lun. 21 nov. 2022 Staff

Où se trouve la vérité ?

Dernier coup de coeur chez moi, cette mangaka est vraiment ma révélation de l'année avec son travail tellement intimiste et fluide dans sa narration graphique que quand on lit un de ses titres, on reconnaît de suite sa patte, ce que j'adore ! Découvert il y a quelques années en anglais, je suis ravie de pouvoir relire Utsubora, son meilleur titre à mes yeux à ce jour, dans la langue de Molière grâce au beau travail d'Akata.

L'éditeur nous avait promis une trilogie de thriller puissant portée par des femmes, en voici le deuxième volet après le punchy mais décevant Mon mari dort dans le congélateur qui m'avait fait miroiter de belles choses avant de me décevoir. Ce ne sera pas le cas ici car Asumiko Nakamura est une toute autre conteuse et que quand elle décide d'installer une ambiance à faire froid dans le dos, elle est bien plus subtile que Misaki Yasuki. Akata tient donc ses promesses en nous offrant une belle histoire psychologique à coller des frissons.

 Surtout connue en France pour ses romances Boys Love, Asumiko Nakamura revient donc une nouvelle fois, après Double Mints chez Hana Collection, avec une thriller extrêmement bien ficelé. Là où le premier jouait avec une relation MxM malsaine entre deux anciennes connaissances du lycée, nous sommes ici avec un scénario beaucoup plus fin et subtile où le travail psychologique est tout autre et l'autrice explose dans le genre ! Elle m'avait déjà conquise avec l'émotion de sa saga Doukyusei et ses suites grâce à son travail sur les personnages et leurs émotions à fleur de peau, elle récidive avec en plus une dimension bien plus noire ici.

L'histoire débute sur un suicide, celui d'une belle jeune femme aux longs cheveux bruns qui se serait jeté du toit d'un immeuble. Sur son téléphone, seulement deux numéros : celui d'un vieil écrivain à succès et celui de sa mystérieuse soeur jumelle. Appelés à venir identifier le corps, les deux se croisent, chacun cachant quelque chose et chacun trouvant le regard de l'autre. Une valse étrange va débuter entre eux tandis que la police, interloquée par cette affaire, va mener l'enquête.

D'emblée, l'autrice pose une ambiance froide, lente, mystérieuse et entêtante avec des héros qui avancent au ralenti mais avec une grâce inquiétante. L'homme du répertoire, Mizorogi, est un auteur en panne d'inspiration qui va voler le travail de la morte et le faire publier à son nom avant de se rapprocher d'elle. La jeune femme, Sakura, reste très mystérieuse et semble prendre cet homme dans sa toile telle une mante-religieuse. Les deux sont étranges, inquiétants. C'est le premier que nous allons suivre et c'est à travers son regard que le mystère et l'inquiétude vont naître. On sent sa peur de se faire percer à jour et l'attirance qu'il va éprouver malgré lui pour le sosie de son ancienne amante. Mais tellement de questions sont en suspens.

L'enquête est finement menée. Elle pousse les inspecteurs dans leurs retranchements sous les dehors tranquilles de la narration lente et entêtante de l'autrice. C'est quelque chose d'assez classique mais terriblement efficace ici grâce à un travail psychologique au scalpel ! L'inspecteur Kaiba a lui-même connu une victime de suicide dans ses proches, il ne peut donc s'empêcher de vouloir fouiller et comprendre ce qu'il s'est passé, ce qui le met sur la trace de nos deux suspects. L'ambiance est posée.

L'autrice entremêle ainsi un polar finalement ciselé, des questionnements sur les relations à fort écart d'âge et le désir, le poids de la culpabilité, la question du plagiat et de la création artistique, le tout porté par son trait reconnaissable entre tous. C'est grâce à lui qu'elle nous fascine d'entrée car il impose ce rythme lent qui nous saisit et cette fascination qu'on ressent pour les suspects et la victime.

Son dessin et sa narration graphique sont à nouveau une petite claque pour moi. Elle impose sa marque : fabrique des lignes et des courbes pleines de symboliques, joue sur les angles de vues, propose des formes géométriques qui se perdent dans des cases qui semblent bien vide, dirigeant le regard et nous mettant en tête tout un tas de questionnements pour tenter d'en comprendre la symbolique. C'est puissant et fascinant à l'image d'Aki et Sakura, ces deux jeunes femmes, tellement sensuelles définies avec une économie de traits fascinantes mais les rendant envoûtantes, telles des vamps ! (au premier sens du terme). J'ai été totalement transportée encore une fois par cette patte graphique et tout ce qui s'y cache.














En bref

Avec un faux air de Black Swan, ce polar psychologique d'Asumiko Nakamura frappe fort. Il peut sembler fort simple dans son écriture car rien ne dépasse et qu'il est d'une efficacité terrible pour mettre en scène le suicide qui nous occupe et l'enquête qui suit, mais il recèle plein de petites touches dramatiques frappantes et entêtantes. Avec son trait toujours aussi arty et polarisant, l'autrice nous percute et nous entraîne dans sa macabre valse séductrice entre deux suspects qui ont tout deux quelque chose à cache. Entre questionnement sur l'identité, le soi, la création artistique et le plagiat, elle noue une histoire complexe avec une narration graphique extrêmement riche qui ne peut que faire réagir le lecteur.

9
Utsubora
Positif

Une autrice au graphisme toujours aussi fascinant

Une narration graphique puissante et pleine de symbolique

Une ambiance froide et entêtante

Des personnages étranges et inquiétants

Un polar complexe et ambitieux

Des questionnements sur la création, le plagiat mais aussi le désir et la figure de la muse

Negatif

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