Critique Manhua Un dernier soir à Pékin

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Un dernier soir à Pékin

par Tampopo24 le mar. 12 juil. 2022 Staff

Chine, ruralité et nourriture

Malgré sa carrière prolifique, c'est la première fois que je lis un titre de Golo Zhao mais ce ne sera pas la dernière. Avec de grosses vibes à la Taniguchi, il nous offre ici un récit mélancolique avec la Chine rurale et la nourriture comme toile de fond, j'ai adoré. 

Golo Zhao, c'est l'auteur de La balade de Yaya, saga bien connue désormais chez nous, mais que je dois encore découvrir. Il a ensuite publié de nombreux oneshots chez divers éditeurs et Un dernier soir à Pékin est le deuxième qui l'est chez Glénat, après La plus belle couleur du monde. Le deux ont bénéficié d'un grand format sans jaquette mais à rabat avec une belle couverture sobre et chaleureuse.

Cette couverture est un peu un trompe l'oeil par rapport à l'histoire. Elle met en scène quatre personnage attablés autour d'un bon repas qu'ils n'ont pourtant jamais partagé dans la réalité. Cependant la nourriture tient tout de même une place centrale dans cette histoire basée sur des souvenirs en lien avec celle-ci. Et cette couverture est au final plus une aspiration de l'un des personnages qui aurait peut-être aimé partager ce repas avec des gens qui furent chers pour lui dans sa vie. 

Le héros, He Liu, est originaire d'une petite ville industrieuse chinoise qui est en perte de vitesse. Ses parents sont divorcés et il voit peut son père qui travaille d'arrache-pied. Lui, il est au lycée quand nous le rencontrons et il commence à décrocher de ses études car rien ne lui donne envie autour de lui et qu'il a fait la connaissance d'un garçon aussi paumé que lui. Au travers de ce récit, qui se partage en quatre souvenirs, il va nous narrer des moments clés de sa vie qui l'ont conduit là où il en est. 

J'ai beaucoup aimé le procédé de l'auteur de nous faire partir d'un He Liu adulte et dans la capitale chinoise pour revenir sur le He Liu adolescent, puis enfant, dans une autre Chine qui vend beaucoup moins de rêve. On découvre à ses côtés, une adolescence chinoise en perte de repère pour qui il est beaucoup plus dur d'avoir de l'ambition alors que tous les endroits où ils auraient pu trouver du travail autrefois ferment ou ont fermé. Il est normal alors de les voir un peu partir à vau-l'eau. Cependant notre héros a de la chance, on veille sur lui et grâce à de belles rencontres, il va repartir d'un bon pied. 

J'ai beaucoup aimé la première histoire avec cet ado en perdition qui trouve une oreille attentive dans le patron du petit salon de thé du coin, sans qu'il le sache. L'auteur y mêle avec tendresse et nostalgie ambiance de lycée et mystère autour d'un fait divers dans cette petite ville. C'est très agréable comme rappel de l'ancien temps, un temps peut-être pas si éloigné au final, qui me touche donc, moi la lectrice adulte. 

La seconde histoire remonte plus loin dans le passé et nous emmène à la découverte d'un autre petit patelin, d'une autre rencontre décisive et d'un nouveau souvenir culinaire fort pour le héros. Après les différents thés de la première histoire, place à la soupe. Après le patron du salon de thé bienveillant, place au camarade de classe rondouillard toujours prompt à prêcher la paix lorsque filles et garçons se disputent. J'ai beaucoup aimé cette plongée dans les histoires de l'école élémentaire avec ses guéguerre garçons-filles. C'était chouette d'avoir un héros en surpoids qui s'entend bien avec les filles mais est admiré par les garçons pour son agilité aux jeux vidéos. C'était tout une époque et l'histoire derrière tout cela fut surprenante et touchante. 

La troisième, plus courte, est celle d'une rencontre lors d'un été derrière la cantine d'une usine où travaillait le père du héros. Il est toujours question de nourriture, cette fois d'une cuisse de poulet, et cela a toujours lieu dans une ambiance empreinte de nostalgie auprès de quelqu'un qui marquera le héros par sa gentillesse et son grand coeur. Chaque rencontre suit le même schéma et émeut de la même façon, faisant à chaque un portrait différent d'une certaine Chine rurale avec des airs de Pagnol ici et souvent de Jiro Taniguchi également, car c'est au final très contemplatif et humain, comme chez lui.

Mais la dernière histoire casse un peu ce schéma prédéfini quand l'auteur donne la parole à l'amie de He Liu à qui il raconte ses souvenirs depuis le début. Celle-ci aussi vient d'une famille monoparentale modeste. Celle-ci aussi a un souvenir poignant autour de la nourriture. Celle-ci aussi n'a pas la vie facile et doit prendre une décision difficile. C'est l'histoire la plus courte et peut-être celle qui m'a le plus touchée à cause de la relation entre ce père et sa fille. 

En bref

D'une histoire à l'autre, Golo Zhao nous fait un portrait sensible d'une Chine d'autrefois qui pourrait encore être celle d'aujourd'hui, car derrière la vitrine de ce pays technologiquement avancé et très urbain, se cache une réalité bien plus complexe et nuancée où la Chine des campagnes et de la ruralité ne vit pas le même rêve. C'est doux, tendre, nostalgique et le choix d'utiliser la nourriture comme vecteur de souvenir résonne tout particulièrement en moi. C'est vraiment un très beau titre dans la veine des tranches de vie de Taniguchi avec une dimension sociale en plus qui donne envie de découvrir les autres titres de l'auteur et ainsi de découvrir une autre Chine à ses côtés.

8
Un dernier soir à Pékin
Positif

Un récit tranche de vie doux et nostalgique rappelant Taniguchi

Quatre belles histoires formant un tout sur la ruralité chinoise

La vision d'une autre Chine

Quatre belles rencontres autour de la nourriture et de l'entraide

Des dessins doux pour un titre tout en couleur

Negatif

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