Critique Manga Le Monstre d'Einstein #2

8
Le Monstre d'Einstein

par Tampopo24 le dim. 22 mai 2022 Staff

Odyssée Gothique

Ce conte aux allures gothiques est décidément un enchantement. En plus de dessins racés et poétiques, Ryu Miyanaga propose une histoire sombre et mélancolique qui déchire et réchauffe le coeur en même temps.

Le Doc et sa créature sont partis voguer à travers le monde sur leur coque de noix. On aurait pu craindre un récit lassant et répétitif, c'est tout le contraire que nous avons. Un peu à la mode d'Ulysse quand il entreprend son voyage de retour, nos deux héros font régulièrement des rencontres marquantes qui vont leur proposer de riches rencontres humaines. Cependant pour que cela ne soit pas trop lourd, l'autrice alterne chapitres courts et humoristiques avec chapitres plus longs et conséquents, une riche idée !

Au rayon humoristique, nous avons tout d'abord une gentille scénette montrant combien Doc ne supporte pas l'alcool contrairement à ce qu'il croit, puis un peu plus tard, un chapitre montrant combien il est inconstant et a sans cesse besoin de divertissements. Un petit cache cache improvisé fait donc parfaitement l'affaire et nous permet de découvrir avec saveur les différents recoins de leur moyen de transport ô combien rocambolesque. Car même si ces chapitres sont des prétextes à souffler un peu entre deux moments plus denses, ils apportent quand même un vrai plaisir avec la grande imagination visuelle dont sait faire preuve l'artiste.

Cependant, il faut reconnaître que c'est vraiment sur les temps plus longs qu'elle laisse libre court à toute son imagination et sa maestria graphique, ce dont on lui est reconnaissant. Car vraiment l'univers singulier de Ryu Miyanaga est plein de charme. J'en adore la rondeur enfantine qui vient trancher avec la profondeur des émotions en jeu, ça me rappelle un peu le style de l'artiste pop Takashi Murakami, et c'est superbe ! C'est à la fois sombre et doux, riche et pétillant, mais surtout ça regorge de petits détails savoureux presque en mode Easter Eggs. 

Ainsi, l'autrice nous offre une histoire centrale poignante dans ce tome, celle d'un autre duo comprenant une Sorcière et un humain. En mode un peu Petite Sirène inversé, nous découvrons un jeune humain qui va échouer sur l'île d'une sorcière. Celle-ci va le sauver et ils vont commencer à vivre ensemble, des sentiments vont alors se développer des deux côtés. J'ai beaucoup aimé la narration rapportée à l'aide du journal intime de Macau, c'était plein de charme et de douceur nostalgique. J'ai été touchée par le lent rapprochement tranquille de ces deux êtres et le discours de l'autrice sur l'ouverture à l'autre et les différences qui au final comptent si peu par rapport à nos sentiments intimes. Mais elle n'a pas non plus un discours 100% Bisounours, puisque tragiquement la réalité se rappelle à eux. C'est donc une histoire à la fois douce et poignante, pleine d'amour mais d'amertume aussi, un joli conte gothique à la fin tragique et douce-amère une nouvelle fois, une chose que j'adore car cela véhicule plein d'émotions !

Il y avait déjà énormément de richesse dans cette première longue histoire sur cette île perdue au bout du monde, il y en aura tout autant dans la seconde consacrée cette fois au passé d'Einstein et se déroulant sous de toutes autres latitudes, cette fois dans un village dans le Grand Nord créé autour d'une Sorcière. L'autrice s'amuse ainsi à passer d'un extrême à l'autre dans tous les sens du terme, du chaud au froid, de la solitude à deux à la vie en famille. C'est charmant.

On connaît peu Doc et c'est l'occasion ici de découvrir un peu ce qu'il a vécu avant et qui il a pu rencontrer. C'est surtout l'occasion d'aller à la rencontre d'une famille de Sorcières cette fois, nous qui étions habitués à les voir seules. J'ai beaucoup cette amorce d'histoire qui va se poursuivre dans le prochain tome. On est à nouveau pris par les sentiments avec ce Doc terriblement solitaire et sur ses gardes, qui n'a plus l'envie de vivre. La mère et la fille qui vont lui venir en aide sont pleines de chaleur humaine et donnent envie de se faire aussi cocooner pour elles. Leur petit village d'inspiration Inuit a l'air charmant et plein de vie. On sent d'avance qu'on va avoir une belle leçon de vie encore une fois.

En bref

Voyage qui peut sembler anecdotique, cette revisite gothique de l'Odyssée d'Homère est pleine d'émotions. On prend des directs en plein coeur aux côtés de nos héros et des rencontres fantastiques qu'ils font avec ces Sorcières à travers le monde. L'oeuvre a une portée universelle avec ce discours de tolérance porté par une autrice qui sait transposer ses histoires dans des mondes aux valeurs encore sombres avec des créatures qui doivent apprendre à se montrer plus tolérantes. Alors conte, oui, mais pas conte léger à la Disney. Nous sommes ici aux racines mêmes des contes, dans un univers sombre, avec de vraies morales à en tirer et j'adore ça !

8
Le Monstre d'Einstein
Positif

Un univers graphique gothico-pop riche, immersif et poétique

Une très belle aventure humaine

Une revisite des contes et mythes populaires (Petite Sirène, Robinson Crusoé, Odyssée d'Ulysse)

Un beau voyage plein d'émotion

Des histoires et paysages riches

Une leçon de vie, d'amour et de tolérance

Negatif

Déjà bientôt fini

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