Critique Manga Si Nous Étions Adultes #2

8
Si Nous Étions Adultes

par Tampopo24 le lun. 17 janv. 2022 Staff

Le poids de la famille

Décidément comme avec son titre précédent disponible chez Akata, Takako Shimura nous offre une oeuvre vraiment singulière et difficile à cerner mais avec un travail pointu sur la psychologie de ses personnages qui me séduit assez.

Si nous étions adultes... porte très bien son nom avec ses personnages qui se caractérisent par leur absence de certitude sur leurs sentiments et désirs, et qui avancent à tâtons dans leur vie. C'est encore plus saisissant dans ce tome où du coup j'ai eu un sentiment assez ambivalent moi aussi vis-à-vis des personnages, ne sachant si je les appréciais ou s'ils m'agaçaient. C'est pour moi la preuve d'une belle écriture très humaine car l'autrice rend à merveille leurs multiples facettes, même celles pas très reluisante.

Alors que le premier tome se concentrait sur la rencontre qui allait bouleverser la vie d'Ayano, le second lui s'intéresse plus à son mariage et sa vie de famille au sens large. C'est un choix osé et intéressant car le lecteur s'attendait peut-être un peu trop facilement à voir l'intrigue prendre un tournant plus romantique surtout au vu des aveux de l'héroïne. Cependant l'autrice ose montrer que ce n'est pas si simple, surtout dans une société aussi patriarcale et contraignante vis-à-vis des femmes que la société japonaise. J'ai été frappée par les interactions entre Ayano et son mari, Wararu. Ce dernier me perturbe beaucoup. A la fois, il accepte l'aventure de sa femme et en même temps refuse de se séparer d'elle. Sa famille fait d'ailleurs peser sur elle le poids de ce qui a eu lieu, ça je veux bien, mais en profite pour la culpabiliser et la coincer dans un mariage sans avenir. C'est terrible.

Il est alors étrange de voir Ayano continuer à approfondir sa recherche sur ces sentiments naissants pour une autre femme, alors qu'elle est de plus en plus coincée dans ce mariage et cette relation familiale, allant même jusqu'à emménager chez ses beaux-parents. Pour autant, elle va voir Akari, répond à ses appels et à ses demandes de la voir, laissant entendre qu'elle est bien accrochée. Elle repense même à son probable premier amour, se rendant compte avec le recul de ce qui a vraiment eu lieu. Et dans le cadre pro, elle ouvre de plus en plus les yeux sur les relations saphiques qu'entretiennent peut-être des élèves de son école. Ainsi, c'est cette ambivalence entre un quotidien de plus en plus oppressant et contraignant dans une relation maritale non souhaitée et cette liberté de penser dans laquelle elle s'épanouit et réalise ses sentiments homosexuels, qui me perturbe.

Mais l'autrice est vraiment forte pour nous faire comprendre toute la complexité de ce moment, tout comme j'ai énormément aimé qu'elle ajoute à son histoire un personnage tel qu'Eri, la soeur de Wataru qui vit isolée chez ses parents et passe par des phases dépressives extrêmement lourde. Elle semble être une hikikomori mais est loin des clichés habituels et l'autrice met beaucoup de finesse dans sa description et celle de ses symptômes au quotidien et de sa façon d'appréhender la vie. J'y ai vu beaucoup de bienveillance et en même temps un regard lucide, ce qui m'a fait reconsidérer mon avis sur la mère de Wataru que j'ai finalement trouvé très ouverte et sensible à sa façon toute japonaise où il ne faut pas faire de vague.

En bref

Ce n'est donc pas avec ce deuxième tome que je peux encore vraiment me prononcer sur cette étrange série. Elle continue à m'interpeller, me perturber et m'émouvoir, ce qui est déjà pas mal. Mais elle me met aussi très mal à l'aise dans sa description d'une certaine société japonaise et j'ai du mal à comprendre certains de ses choix qui me prennent à contre-pied. Cependant, elle met une telle finesse dans l'écriture de la psychologie de ses personnages où elle se refuse à la facilité que ça me plaît quand même beaucoup.

8
Si Nous Étions Adultes
Positif

Une écriture très fine de la psychologie des personnages

Une sensation de réalisme sur le poids de la société et famille sur les femmes au Japon

Une histoire qui surprend et prend à contre-pied

Le portrait d'une héroïne avançant à tâtons pour être libre d'aimer

L'inclusion d'un hikikomori loin des clichés

Negatif

Une suite toujours aussi singulière, perturbante et malaisante

Le personnage ambigu du mari

Un ton sombre et limite désespéré

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