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Mother's Spirit

par Pois0n le mar. 26 janv. 2021 Staff

Un lutah dans le campus

Originellement présenté comme un one-shot, Mother's Spirit, sorti en 2015 au Japon, a bénéficié d'une suite quatre ans plus tard, transformant la série en duologie. Et, après lecture, force est de constater à quel point ce second volet était indispensable.




Si vous êtes là, vous connaissez probablement le postulat de départ. En plein délire néo-colonialiste, le directeur de l'université Kôjô, patron de Kyôichirô, décide de prêcher l'éducation au sein d'une tribu vivant encore de façon 100% traditionnelle. Ouais, le premier chapitre fait grincer des dents. Heureusement, ce n'est pas aussi simple et les lutahs eux-mêmes s'interrogent et se divisent au sujet de leur mode de vie. Si le premier tome ne fait que survoler le sujet, s'axant davantage sur le côté romance et le choc des cultures, le second l'approfondit vraiment, en abordant notamment la meilleure façon de s'intégrer dans un monde moderne devenu impossible à ignorer, sans pour autant sacrifier les traditions. Bref, on sent leur tiraillement ainsi qu'un véritable effort de comprendre et respecter l'identité et la volonté des lutahs, contrairement à ce que l'on pouvait redouter au début de la série. S'y ajoute l'évidente tension entre anciennes et jeunes générations... En parlant de jeune génération, mentionnons les gamins du village lutah, absolument irrésistibles et apportant une bouffée de légèreté bienvenue. Mention spéciale à Ana, renfermée sur elle-même, qui s'attache à cet étranger gringalet qui ne lui fait pas peur !

Et sinon, la romance, elle est bien ?




La relation entre Ryôichirô et Qaltaqa se met en place de façon progressive, au fur et à mesure que la barrière de la langue s'estompe et que la cohabitation, au départ un peu forcée, se transforme en habitude. La culture des lutahs, que l'on découvre plus en détail dans le second tome, influe dès le départ lors des échanges entre les deux hommes... quitte à parfois les compliquer ! Leur histoire se classe donc dans la catégorie « slow burn », où les personnages prennent leur temps avant de céder à leur attirance croissante, malgré des ellipses parfois un peu brutales (Qaltaqa devient carrément bilingue entre deux chapitres). Le truc appréciable, c'est que le second volet approfondit donc cette relation une fois officialisée, mettant sur la table la pérennité du couple malgré les complications qui ne sont pas seulement culturelles, mais aussi logistiques, territoire politique instable oblige. C'est donc une très chouette romance, avec des rebondissements, des incertitudes, des grandes tirades romantiques... et, aussi, un peu de sexe. Mais pas trop, ici, ce n'est clairement pas le sujet principal. Comme quoi, il est possible d'avoir une histoire à la fois mature et pas vulgaire, romantique mais pas mièvre !

Visuellement, le premier tome donne une impression de « propre, sans plus » : les personnages sont expressifs, l'autrice s'est fait énormément plaisir avec les cheveux de certains personnages (t'inquiète Enzo, nous aussi on préfère les mecs à cheveux longs), mais vu que ça se passe sur un campus et que l'accent est mis sur la relation entre les protagonistes... En revanche, dans le second volet, c'est LA BAFFE. Les décors. La verdure luxuriante. Les tenues des persos. Et bien sûr, toujours une expressivité très bien rendue : il faut voir Qaltaqa en colère ou Ana émerveillée pour comprendre... Bref, c'est franchement chouette. Et tout ça, hormis peut-être au tout tout début (le chapitre 1 quoi) est découpé de façon à rendre la narration fluide, à aucun moment l'on ne se demande ce qui se passe ni si on a raté un truc.




Côté édition, rien à redire : on a droit à une très belle illustration couleur au début de chacun des deux tomes ainsi que le mot de l'auteur et un mini gag sous la jaquette. Pas de coquilles à déplorer, les volumes sont agréables à prendre en main et l'impression ne bave pas. Le papier de mon tome 1 a eu le temps de jaunir un peu depuis qu'il a rejoint ma pile à lire à sa sortie, mais rien de critique.

A sa sortie, c'est avec autant de curiosité que de craintes que je m'étais procuré Mother's Spirit mais finalement, l'autrice s'en est très bien tirée et nous sort une très belle romance !

En bref

Il y avait de quoi avoir un peu peur vu son thème aussi intéressant que casse-margoulette, mais Mother's Spirit, c'est bien une jolie romance toute douce, des persos secondaires attachants, et une histoire plus sérieuse qu'il n'y paraît.

8
Mother's Spirit
Positif

Une romance, mais pas que

Pas de fétichisation

Tao, Sani et Ana

C'est vraiment joli (surtout dans le second tome)

La question de l'ouverture au monde, plutôt bien traitée

Negatif

Une histoire un peu rapide dans le premier volume

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