Critique Manga Principal #1
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par Tampopo24 le dim. 7 sept. 2025 Staff
Patchwork de vie !
En cette rentrée Principal signe le retour chez Akata d'une autrice phare du shojo contemporain : Ryo Ikuemi, qui avait signé à l'époque l'excellent Puzzle. Merci de lui redonner de la visibilité !
Il y a 3 ans, c'était sa courte série Sans Complexe ! qui lui avait remis le pied à l'étrier, et l'éditeur décide désormais de revenir avec une saga plus longue, en 7 tomes, parue il y a 15 ans. Là où Sans Complexe était frontal dans ses sujets, Principal est plus fin, car c'est sous couvert d'un pseudo triangle amoureux d'une jeune lycéenne débarquant à Sapporo après avoir fuit Tokyo, qu'un patchwork de sujets et d'émotions vont jaillir jusqu'à nous. Et ça, Ikuemi sait bien le faire !
Je dois avouer avoir une sensibilité certaine pour le travail de l'autrice. J'adore son style graphique, ses compositions, son ton légèrement grinçant et humoristique, même lors des sujets graves qu'elle parvient ainsi à tourner en dérision. Je la trouve inlassablement moderne, même quand ses titres ont plus de 15 ans comme ici. Alors je frétillais à l'idée de la retrouver et je frétille encore dans l'attente du prochain tome désormais. Pourtant, je dois avouer qu'au départ tout à l'air des plus classiques : une fille qui débarque, une relation qui se tisse avec ses deux voisins beaux gosses que tout le monde admire au lycée, une relation compliquée avec ses parents et surtout sa mère, des jalousies... Mais sous la plume de Ryo Ikuemi, ça donne autre chose.
J'ai tout d'abord beaucoup aimé tout le sous-texte autour de la question familiale. L'héroïne, Shima, vient d'une famille recomposée, ses parents sont séparés depuis longtemps et sa mère en est à son 4e mariage. L'autrice nous propose des portraits de parents qui sont loin de la figure parentale mature habituelle. On a une mère-enfant qui est amoureuse de l'amour mais qui adore son enfant, comme on peut le voir dans les lettres qu'elle lui écrit, malgré leur grande maladresse. On a un père resté célibataire pendant plus de 10 ans qui va retomber amoureux et se comporter comme un ado boutonneux, rougeurs à la clé. Chacun est là pour Shima. Ils ont su tenir compte de ses besoins. Ils ont aussi la bonne distance, ne l'étouffant pas mais étant là quand il y a besoin. J'aime énormément. Et d'autres portraits familiaux viendront : de la famille aisée de Gen, à celle au contraire pauvre de Wao, avec sa mère qui l'élève seule et trime pour gagner sa vie. Pas de pathos, pas de chichi, mais beaucoup d'émotions et d'efficacité.
L'autre sujet abordé avec finesse par l'autrice, c'est le harcèlement dans les écoles japonaises. Shima est à Sapporo parce qu'elle ne voulait plus aller en cours à Tokyo à cause du comportement de ses camarades qui se sont mis à la harceler et l'ignorer en bande suite à une histoire banale et sans importance mais qui a pris des proportions énormes. Et elle a peur que cela se reproduise quand elle se rapproche de ses voisins qui ont tellement de succès. On voit d'ailleurs, écrite avec beaucoup d'amusement par l'autrice, le portrait d'une de ses filles dans sa nouvelle école, qui joue avec Shima et se moque d'elle sans qu'elle se rende compte, jouant les fausses gentilles. Le portrait est grinçant !
Enfin, on nous parle aussi d'amour et d'amitié avec des personnages que je trouve à la fois simples, lumineux et sans chichi, dans lesquels on peut se reconnaître. Bien que correspondant à des stéréotypes : Wao, le beau gosse évaporé et lumineux, Gen, le ronchon à la langue acéré, ils cassent aussi ceux-ci dans leur attitude et comportement, ce qui donne un trio super agréable et amusant à suivre. Il y a la relation quasi fusionnelle de Gen (surtout) et Wao. Il y a leur passé, l'histoire de la soeur de Gen et de sa chienne, Sumire, qui vient sans cesse les réunir tous. Shima vient se greffer là-dessus et cherche à trouver sa place dans cette dynamique, passant pas mal de temps avec eux. C'est frais, entraînant, amusant. Elle et Gen sont comme chien et chat. Wao est plus à l'ouest mais peut aussi exploser quand certaines situations sont trop pour lui. C'est l'adolescence, quoi ! Et j'aime beaucoup.
En bref
Tout ça n'a l'air de rien et pourtant l'autrice parle à notre coeur. Elle sait présenter des portraits de parents atypiques, variés et modernes. Elle sait parler de harcèlement scolaire sans tomber dans le pathos. Elle sait montrer des amitiés à toutes épreuves, profondes et hors normes. Elle donne une dynamique fraîche et amusante, voire gentiment grinçante, à un récit qui pourrait être plus sombre vue les circonstances de chacun. Et surtout, elle ne tombe pas dans les pièges scénaristiques de ce type d'oeuvre mais en joue. Bref, elle démontre encore une fois qu'elle artiste incontournable du shojo elle est et pourquoi on devrait avoir plus de ses oeuvres en France, mais elles sont peut-être trop fines pour un public souvent amateur d'aventures plus simples et stéréotypées...
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