Critique Manga Saru #1
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par juju le mer. 28 oct. 2026 Staff
Un manga fascinant qui nous perd dans ses mystères
1. Un puzzle ésotérique aux pièces dispersées
Nana, une jeune Japonaise frappée par un mystérieux maléfice, croise la route de Namgyal, un personnage aussi énigmatique que les phénomènes qui l’entourent. Ensemble, ils partent sur les traces d’un « singe », une créature dont les apparitions à travers les siècles semblent annoncer une menace pour l’humanité. De lieux en époques, Daisuke Igarashi nous entraîne dans une intrigue où se mêlent mythes anciens, croyances religieuses, événements historiques et phénomènes surnaturels. Sur le papier, il y a de quoi être intrigué. L’auteur tisse des liens entre des traditions venues d’horizons différents et laisse entrevoir une menace dont on peine à mesurer l’ampleur. Le problème, c’est qu’il faut accepter de naviguer à vue pendant une bonne partie de ce premier tome. Les événements s’enchaînent, les personnages apparaissent, les pistes se multiplient, sans que l’on comprenne toujours comment tout cela s’articule. J’ai eu cette impression étrange de suivre l’histoire sans réellement parvenir à en saisir le sens. Comme si l’auteur cherchait volontairement à me perdre, à me laisser face à des éléments dont je ne possède pas encore les clés. On sent bien qu’un grand puzzle est en train de se construire, mais difficile de savoir où placer les pièces. Cette approche peut piquer la curiosité, mais elle m’a surtout maintenu à distance du récit. À force de chercher à comprendre ce qui se joue, j’ai parfois eu du mal à simplement me laisser porter par l’aventure.
2. Un univers mystérieux qui demande de la patience
Daisuke Igarashi fait le choix d’une narration qui dévoile progressivement ses intentions. Les changements de lieux et d’époques, les références à différentes mythologies et l’intervention d’entités surnaturelles donnent au récit une dimension ambitieuse. Il y a quelque chose de fascinant dans cette volonté de rapprocher des croyances éloignées autour d’un même mystère. L’histoire prend peu à peu des proportions qui dépassent largement le destin de Nana. Certains passages finissent par apporter des éclaircissements, tandis que d’autres laissent encore de nombreuses interrogations. Il faut accepter de ne pas tout comprendre immédiatement et faire confiance à l’auteur pour assembler les différentes pièces. Cette construction peut devenir captivante lorsqu’on aime échafauder des hypothèses et chercher des correspondances. Elle peut aussi donner le sentiment de rester spectateur d’une histoire dont les enjeux nous échappent. C’est précisément ce que j’ai ressenti avec ce premier tome. Je reconnais l’originalité de l’univers et l’ambition du projet, mais j’ai eu du mal à trouver mes repères. Les personnages peinent parfois à exister face à cette accumulation de mystères, et l’on s’intéresse davantage aux phénomènes qui se produisent qu’à ceux qui les vivent. Reste cette envie de comprendre ce qui se cache derrière tout cela. Car même lorsque le récit m’a perdu, il a réussi à éveiller ma curiosité.
3. Le dessin de Daisuke Igarashi, une vraie singularité
Graphiquement, Saru possède une identité bien à lui. Le trait de Daisuke Igarashi est dense, foisonnant de détails, avec une approche qui s’éloigne des codes les plus familiers du manga. Les créatures, les décors et les scènes étranges bénéficient d’un travail minutieux qui renforce l’atmosphère inquiétante de l’ensemble. Certaines planches dégagent une véritable puissance visuelle, entre fascination et malaise. Ce dessin participe pleinement à l’expérience de lecture. Il donne corps à cet univers ésotérique et accentue l’impression que quelque chose d’invisible se cache derrière les événements. Il y a une forme de délicatesse dans certains passages, contrastant avec des scènes plus troublantes. Même lorsque l’intrigue devient difficile à suivre, le graphisme donne envie de s’attarder sur les pages et d’observer les détails. Au terme de ce premier volume, mon sentiment reste donc partagé. Je comprends ce qui peut séduire dans cette œuvre ambitieuse, notamment sa richesse visuelle et son mélange de mythologies. Mais cette narration éclatée m’a empêché de véritablement entrer dans l’histoire. Peut-être que la suite donnera davantage de cohérence à l’ensemble et permettra de mieux saisir les intentions de l’auteur. Pour l’instant, je reste avec beaucoup de questions et une impression persistante d’être passé à côté de certaines choses, sans savoir si elles m’échapperont encore longtemps.
En bref
Avec Saru, Daisuke Igarashi propose un manga ésotérique ambitieux, où mythes, croyances et phénomènes surnaturels s’entremêlent dans une intrigue volontairement mystérieuse. Son dessin dense et singulier constitue l’un des grands atouts du volume. En revanche, les changements d’époque, la multiplication des pistes et le manque de repères rendent la lecture parfois déroutante. Un premier tome intrigant, mais qui m’a davantage laissé dans le brouillard qu’il ne m’a embarqué dans son histoire.
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