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Le voleur d'estampes

par Tampopo24 le mar. 21 avril 2020 Staff

Manga et Estampes

Cette réalisation est l'oeuvre de Camille Moulin-Dupré, un artiste iconoclaste, qui était alors en résidence d'artiste à Angoulême pour produire ce titre, mais qui a aussi été graphiste internet et directeur artistique dans le milieu du jeu vidéo. Il livre une oeuvre très personnelle, qu'on ne retrouve pas ailleurs, pour le meilleur et pour le pire.

Dans ce projet qui se décline en 2 tomes, nous suivons l'histoire d'un jeune voleur façon Arsène Lupin dans le Japon de la fin XIXe, en pleine ouverture et modernisation. Pour montrer ce moment de transition, il a fait le choix de raconter son intrigue comme s'il avait pris des tableaux, des estampes et juste collé dessus une histoire pour les faire parler. Le résultat est à la fois étrange et poétique et ne m'a pas totalement conquise...

En effet, ce qui frappe d'abord, c'est ce dessin très statique, très linéaire même dans les décors, en opposition à la fluidité voulue pour les corps. Je ne suis pas non plus très fan du style "estampe" qui ne correspond pas à mes codes esthétiques, mais ça c'est personnel. L'ensemble quand même manque de liant et donne une sensation très étrange à la lecture. C'est notamment dû à l'absence d'ombre et à la réalisation, j'imagine, entièrement numérique. Cela rend le titre assez froid... Ce format est donc contraignant mais parfois se glissent des compositions qui en jouent et sont alors très réussies. C'est le cas lors de plusieurs doubles pages que je vous ai mises plus bas pour illustrer mes propos. Pour finir sur l'aspect graphique, pour les lecteurs au format numérique, il est indispensable de lire le titre en format doubles pages sous peine de rater beaucoup de choses.

L'intrigue, elle, est double. On suit à la fois le voleur qui a donné son nom au titre et la fille d'un colonel, nouvellement arrivée en ville. Tous deux aspirent à sortir du carcan que leur a imposé la société. On a l'impression avec eux d'être comme dans un vieux conte où tout à coup un peu de modernité se serait insérée. Ainsi on y découvre à la fois des instants du quotidien du Japon d'autrefois, aussi du côté du peuple, des privilégiés que d'une femme. On les suit au bain, pendant les repas, fumant de l'opium et évoquant l'épineuse question du mariage des femmes. Mais il y a également tout un discours plus moderne sur l'oppression du peuple par cette élite enrichie. Ça fait un peu les pauvres vs les riches, la tradition vs la modernité. Un discours simpliste mais efficace et qui se prête bien à l'époque prise pour cadre. Sauf que même si l'histoire gagne en intensité au fil de la lecture, j'ai eu l'impression d'être extérieure au récit pendant la majeure partie du temps. C'est dommage parce qu'en même temps, l'ambiance poétique et presque philosophique du titre que l'on ressent parfois est encourageante.

En bref

Je ressors donc contente d'avoir fait une découverte graphique et stylistique mais déçue du point de vue du récit en tant que lectrice.

6
Le voleur d'estampes
Positif

Une expérience graphique

Un cadre séduisant : le Japon de la fin XIXe

Un petit côté Arsène Lupin amusant

Une narration poétique et étrange

Negatif

Un dessin un peu trop statique

Une sensation étrange à la lecture

Une intrigue simple et un peu fade par rapport au travail graphique

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