TUMATXA : L'EMISSION ! : EPISODE 20 : La Ballade d’Albin le Cannibale

Avant-dernière émission de « Tumatxa! » avant la pause pascale ; encore et toujours du lourd au programme !! Que voulez-vous, on ne sait pas faire autrement…
Cinéma (avec des films qui sortent de l’ordinaire et pas qu’un peu), littérature (première édition française d’un fleuron de la littérature dissidente tchèque), BD (du western cette semaine), le tout en musique (avec une énorme surprise qui fait plaisir en ouverture de l’émission) : tel est la teneur de l’émission de la semaine !
Pour le cinéma : on sort un peu des sentiers battus en évoquant le beau coffret, paru chez Potemkine il y a quelques mois, compilant les travaux du tandem de cinéastes/anthropologues Véréna Paravel et Lucien Castaing-Taylor, qui oeuvrent ensemble depuis une quinzaine d’années à un corpus étonnant, à mi-chemin entre cinéma ethnographique et recherches formelles audacieuses. Quatre films donc, exceptionnellement, au menu ce soir : « Leviathan », incroyable évocation de l’activité d’un chalutier en haute-mer et des pêcheurs qui le peuplent, perclus d’images plus sidérantes les unes que les autres ; « Somniloquies », cartographie de l’inconscient de Dion McGregor, le plus fameux des « parleurs de sommeil » ; « Caniba », compte-rendu glaçant des échanges de Paravel et Castaing-Taylor avec Issei Sagawa, le tristement célèbre cannibale japonais, et avec son frère Jun ; « De Humani Corporis Fabrica », enfin, dernière oeuvre en date du duo, consistant en une double exploration, celle des entrailles des hôpitaux de Paris et celle des entrailles du corps humain (âmes sensibles s’abstenir). Quel corpus étonnant, au final, que celui de Paravel et Castaing-Taylor, à peu près sans équivalent dans toute l’histoire du cinéma.
Pour la littérature, nous revenons sur le cas de l’auteur dissident tchèque Martin Harnicek, déjà auteur dans la collection Pb82 aux Monts Métallifères (en 2024) de l’estomaquant « Viande ». Cette fois, c’est son « Albin » qui est exhumé ; comme le dit le traducteur Benoît Meunier en préface, c’est un peu comme si l’univers concentrationnaire et totalitaire d’Albin aurait pu dégénérer en celui dépeint dans « Viande ». Avec une approche tout de même nettement plus satirique, voire franchement drôle. « Michel Foucault à la sauce"Brazil » de Terry Gilliam", tente également Benoît Meunier ; pas mal vu, sur le plan thématique. Sous ses dehors de dystopie extrême (quoique moins jusqu’au-boutiste que « Viande »), « Albin » est contre toute attente une plaisante expérience de lecture… mais aussi un cri d’effroi saisissant à l’endroit des totalitarismes passés et à venir.
Pour la BD, une fois n’est pas coutume, on cause western, avec « La Ballade des Frères Blood », paru à l’automne dernier chez Delcourt (et traduit par Laurent Queyssi, que j’ai honteusement oublié de saluer durant ma chronique, comme il se devrait), et signé par le duo à l’oeuvre sur « 100 Bullets », Brian Azzarello et Eduardo Risso. Si Azzarello est un auteur inégal, il est souvent brillant sur des récits qui se déploient dans ses genres de prédilection, en l’occurrence le polar et le western. Ici, il fait mouche, avec un récit initiatique où trois enfants à la recherche de leur mère se heurtent à la dure réalité du monde (et plus encore celle du Far-West), suffisamment sophistiqué dans sa structure narrative pour éviter l’écueil du déjà-vu, dans un genre pourtant balisé. Rajoutons que si nous ne sommes pas forcément les plus grands fans au monde du dessin de Risso, le bougre se surpasse ici, notamment via l’étonnante mise en couleurs de cet album.
Et le tout est bien sûr monté en neige avec la meilleure musique possible : surprise ! Neurosis est de retour (avec le renfort d’Aaron Turner, ex-Isis), avec « An Undying Love For A Burning World », dont est issu l’excellent « Blind » ; Final Gasp sort un excellent deuxième album un peu post-punk musclé sur les bords, « New Day Symptoms », dont le premier single est « The Apparition », qu’on écoute pour la peine ; Aes Dana alias Vincent Villuis ressort en version remasterisée « Perimeters », dont on écoute l’excellent morceau éponyme, entre ambient et électro ; enfin, on revient sur le cas des excellents anglais de Cryptic Shift, avec leur gargantuesque dernier album, « Overspace And Supertime », dont on écoute l’épique morceau titre…!!!
”Adrift on sightless plains
Arid ground tearing soles
Devour all, our own
Starved eyes, see nothing”
Commentaires (0)