Critique Global manga Alter Ego #1

7.5
Alter Ego

par Willos le dim. 7 juin 2026

Alter Ego, tome 1.

Ana Cristina Sanchez nous propose son premier yuri, Alter Ego.

Alors que celui-ci était vraisemblablement parti pour être un one-shot, un second opus verra le jour. Entre temps nous avons aussi pu découvrir l’excellent Sirius, autre romance yuri en un volume, puis Limbo, série qui suit son cours dans un genre plus orienté sur l’aventure et la fantasy.

Mais commençons par le commencement.

Le dessin est très agréable, avec beaucoup de courbes dans le trait. On peut dire qu’il ne s’agit pas là d’un premier jet, ni d’une œuvre de jeunesse, même s’il s’agisse de son premier volume relié, son expérience de dessinatrice est déjà bien marquée, Alter Ego est abouti visuellement parlant.

Chaque case reçoit un traitement soigné pour son personnage. Comme elle le montrera aussi dans Sirius, on sent le travail planifié et peaufiné à l’échelle du tome entier.

C’est en ce sens que ce titre « occidental » se démarque de ses homologues japonais, qui sont généralement publiés au chapitre, avec d’autres impératifs.
Il manque toutefois un index du chapitrage 

Sa mise en page passe aussi par des bulles plus propices à l’utilisation de caractères latins dans la largeur, et des appendices plus longs.

L’agencement des cases est tout à fait classique, sans rigidité, mais sans extravagance.

Bien plus qu’un pastiche, les codes du manga sont complètement digérés et elle tient largement la comparaison avec les autrices japonaises.

Sa récente localisation au Pays du soleil levant en est la preuve, amplement méritée.

L’histoire nous est introduite directement sur le chagrin d’amour de Noel, étudiante dont l’attention était secrètement portée sur sa meilleure ami Elena, bien que cette dernière ne s’intéressait finalement pas aux femmes. C’est l’annonce de sa mise en couple avec le beau Hiro, qui plonge alors Noel dans une profonde tristesse. Ainsi s’ouvre le premier chapitre, justement intitulé « déni ».

Elle va alors reporter sur l’objet de son premier amour toute sa colère et sa frustration, par des remontrances et emportements sanguins. Pour ne rien arranger, alors qu’elle considère toujours Elena comme sa meilleure amie, statut qu’elle pense univoque et réciproque, elle lui annonce que June, son autre meilleure amie, qu’elle connaît de plus longue date mais qu’elle ne rencontrait alors que pour les vacances, vient s’installer en ville. Sa jalousie n’en est que décuplée.

Alors qu’elle sort courir pour se vider l’esprit, Noel fini par se confier à une inconnue qui l’aborde interloquée devant sa tristesse.

Inutile de vous détailler la suite, car c’est pour ainsi dire cousu de fil blanc.

C’est là que j’aurai quelques critiques.

Alors que l’on nous dépeint en fond une société occidentale multiculturelle, difficile de cerner cet univers. Si dans son ouvrage suivant, Ana C. Sanchez nous place clairement en Espagne, avec des protagoniste bien identifiées, dans Alter Ego, il y a un certain flottement descriptif qui est laissé à l’appréciation du lecteur.

Certes, la narration se concentre alors sur les émotions et relations entre personnages, mais ça manque un peu de consistance de mon point de vue.

Dans la première partie, presque aucun élément n’est introduit, on est toujours devant le fait accompli. Noël et Elena sont meilleures amies ? Parce qu’on nous le dit, mais aucun passif mentionné entre elle, ni même de relation fusionnelle présente. Elena sort avec Hiro ? Parce qu’il lui a demandé, aucune affinité énumérée, on ne sait même pas d’où il sort. Elles sont à la fac ? Ok mais on ne sait même pas ce qu’elles y étudient…

Si le format court nécessite d’aller vite et droit au but, l’intérêt se focalise sur le ping-pong sentimental des deux alter ego, Noël et June. Les wagons sont rattachés par la suite, et les crochets scénaristiques s’insèrent dans les lacunes initiales.
L'enchaînement des événements est parfois étrange, avec des ellipses narratives floues.

Seuls les éléments de la vie de June semblent abordés, là où Noel passant pour une fille sans problème particulier, il n’y aurait en creux rien à raconter. J’ai aussi trouvé qu’essayer de complexifier un personnage une dizaine de pages avant la fin avec un flash-back était un petit peu poussif (a fortiri quand il n’est pas sensé y avoir de suite).

On constate parfois des sautes d’humeur très caricaturales (bon, on reste dans une fiction au ton plus ou moins léger), ce qui instille des psychologies très larges. Elena est cependant subtilement affinée au fil du récit. C’est d’ailleurs ce qui offre une nuance de lecture rétrospectivement intéressante, puisque c’est censé être elle l’élément déclencheur du récit, de façon moins passive qu’il n’aurait pu y paraître initialement.

En bref

Une bon premier tome où l'autrice laisse parler son expériences artistique. Pose le jalon de l'ensemble de son œuvre, orientée sur le yuri, que l'on pourra apprécier (espérons le) durant les prochaines années.

7.5
Alter Ego
Positif

Graphismes affinés.

Classique, prise de risque minimale pour débuter.

Attrait d'un travail européen.

Negatif

Mise en place narrative des personnages.

Scénarisation un peu précipitée.

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