Critique Manga Dans l'ombre de la reine #2
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par Tampopo24 le mer. 3 sept. 2025 Staff
Quand il devient dur d'être spectateur
J’aime l’Histoire d’Angleterre et
j’aime les fictions historiques. Et je trouve surprenant que ce soit
dans un manga de divertissement ouvertement fictif comme celui-ci que je
trouve autant de grain à moudre comparé à un roman réputé ardu où j’ai eu l’impression qu’il survolait son sujet…
En se plaçant du point de vue de William
Cecil, l’un des futurs hommes forts du gouvernement d’Henry VIII,
l’autrice a vraiment eu une riche idée. Certes, on ne sait pas
grand-chose de ses jeunes années, mais elle en fait le témoin privilégié
de ce qui agite la cour et le royaume d’Angleterre, en s’appuyant cette
fois sur de réels éléments historiques. Ça change tout.
Ai Kozaki remet ainsi l’église au milieu
du village comme on dit. Jouant sur les rumeurs qu’il y a longtemps eu
sur Anne Boleyn et qui ont été colportées jusque dans l’historiographie,
elle montre le vrai visage d’Henry VIII, cet homme violent et cruel,
qui n’hésitait pas à malmener ses proches et les femmes en particulier
dans son désir de suprématie du royaume d’Angleterre, à une époque où il
voyait le pouvoir royal se renforcer chez ses voisins, les autres
grands rois européens, mais pas chez lui. C’est très bien explicité ici à
travers de nombreux exemples, certains un peu faciles et bas de front,
d’autres plus complexes.
Avec le même procédé, c’est-à-dire entre
humour et sérieux, entre exagération et justesse, l’autrice revient
également sur la succession du Roi, évoquant comme il faut l’écartement
de Marie, la position fragile d’Elizabeth, la vocation qu’on donne à
Anne ou encore la nouvelle place de Jane Seymour. A part, peut-être
quelques soucis de calendrier, et encore il faudrait que je vérifie,
tout est parfaitement décrit ici sous prétexte de divertissement
pourtant.
Idem pour la question religieuse et
l’évolution de la société anglaise sur cette question ainsi que les
tourments dont certains vont être victimes où politique et religion vont
se mélanger et brouiller les cartes. En écartant William de la cour
pour le faire étudier à Cambridge, on découvre la vie étudiante et ses
débats. William est questionné sur sa religion sans réussir à répondre,
car lui, ce qui l’anime, c’est plus le service de l’Etat que d’une
religion. Mais ses camarades lui disent bien que les deux vont de
paires. C’est donc assez lumineux de voir sous ce prisme comment cela se
passait alors, les discussions que cela lançait, les arguments qui
étaient avancés (notamment sur la question des Indulgences), les
violences et l’oppression que cela occasionnaient, avec emprisonnements à
la clé. Ce n’était pas une belle époque malgré l’effervescence
intellectuelle, la politique faisait peur, et l’autrice retranscrit très
bien tout cela.
En bref
J’ai donc trouvé cette lecture passionnante et bien plus solide que nombre de romans historiques qui s’en prévalent et qui ont préféré mettre le focus sur les histoires d’alcôves que la politique, alors que c’est elle, qui est fascinante. William est ici le compagnon parfait pour y faire pénétrer, côtoyant les plus grands, étant spectateurs de l’oppression qui se met en place, voulant participer au redressement de la politique de son pays. C’est divertissant et à la fois pertinent et juste historiquement. Du bel ouvrage.
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