Critique Manga Sorcières #1
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par Tampopo24 le jeu. 26 juin 2025 Staff
Retour du mythe fondateur de la femme moderne
C’est donc près de 20 ans plus tard et chez un nouvel éditeur qu’on retrouve enfin Sorcières, qui
était devenu inaccessible pour les lecteurs. Fan de l’univers de
Daisuke Igarashi, je suis ravie, et ce même si je me questionne sur
l’objet livre avec sa belle couverture rouge transparente mais sa
reliure souple toute blanche dessous. Singulier.
Pour qui ne le connaît pas, Igarashi est
un auteur un peu à part. Dans la veine de Miyazaki, il est profondément
attaché à des questions d’environnement et de sociologie qu’il va faire
s’incarner jusque dans ses dessins, qui sont puissamment uniques et
authentiques. Si comme moi, vous aimez les auteurs avec une patte, vous
ne pourrez qu’être conquis. Cependant, c’est aussi un trait très
organique, très ésotérique, que je sais clivant, car il a un côté
foisonnant qu’on peut trouver brouillon.
Ici, il s’attaque au mythe de la sorcière et comme Rumiko Takahashi avec les sirènes dans Mermaid Saga, il
ne se contente pas d’un survol bateau du sujet. Non, il repart aux
racines du mythe et en propose une interprétation où les frontières
entre le rationnel et le fantastique sont sans cesse dépassées. Comment
ne pas aimer quand on s’est un peu lassé de la vision archi classique
qu’on nous propose le plus souvent.
Dans le premier tome de ce diptyque, nous
suivons deux histoires principalement qui vont venir confronter l’image
de la sorcière à celles de minorités bafouée qui cherchent à se venger.
La première, la plus longue, prend place dans le Moyen Orient, avec
tout le décor, les ambiances et les odeurs que ça implique. On aime ! On
y suit une histoire à la narration complexe, mélangeant lieux, époques,
personnages mais où se dégage une trame revendicatrice entre femme
bafouée en colère et envoyée divine protectrice. C’est juste très
prenant et entêtant, plein de mystère et surtout fort et très beau à
lire grâce au style graphique si particulier de l’auteur.
La deuxième histoire, un peu moins
longue, mais au message néanmoins peut-être plus fort, prend place dans
une forêt ressemblant à une forêt vierge, où l’existence d’un peuple
autochtone va être menacé par des intérêts privés. Chamane surpuissante,
attaque du capitalisme calmée à coup d’esprits protecteurs mais
effrayants pour les agresseurs. On adore aussi ! Et le message ici est
des plus clairs.
En bref
Alors je me doute bien que le texte sera clivant car il a un côté obscur aussi bien dans le fond que l’ambiance, mais j’ai pour ma part adoré cela. J’ai eu l’impression de retourner à une incarnation plus »juste » et moins fantasmée du mythe de la sorcière tout en lui conservant son côté ésotérique. J’ai aimé le bain culturel offert. J’ai aimé les messages délivrés qui n’ont rien de gentils et qui montre que parfois se défendre passe par une forme de noirceur. Et pourtant, j’ai aussi trouvé cette lecture lumineuse, tendre et drôle parfois. Portée par le style unique de Daisuke Igarashi, j’ai vraiment passé un moment dépaysant, préfigurant bien sa saga Designs qui devrait revenir chez nous grâce au retour de Noeve annoncé cette semaine.
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