8
Sidooh

par Tampopo24 le lun. 8 févr. 2021 Staff

Toute la noirceur de la fin de l'époque Edo

Tsutomu Takahashi est un auteur à la patte graphique singulière qui s'est fait remarquer depuis de nombreuses années chez nous. Sans trait sombre, âpre et incisif fait déjà des merveilles dans NeuN en cours de publication chez Pika, mais je le trouve encore plus saisissant dans Sidooh dont Panini signe le retour ici.

Sidooh, c'est une histoire de samouraïs dans leur crépuscule, que nous avions déjà eu l'occasion de commencer à lire en France il y a quelques années mais que l'éditeur avait interrompu faute de succès. Cependant avec leur politique actuelle visant à redorer leur blason, Panini le propose à nouveau dans une édition aux nouvelles couvertures sombres et sobres comme j'aime. 

Dès les premières pages, nous sommes plongées dans la noirceur et la misère de cette fin XIXe au Japon, période que j'ai déjà pu croiser dans plusieurs oeuvre, mais qui me frappe encore plus ici grâce au ton sans concession du mangaka. En effet, il ouvre son histoire sur le récit d'un terrible incendie ainsi que sur la mort de la mère de ses jeunes héros, victime du choléra, maladie importée par les Européens. Livrés à eux-mêmes, nos deux jeunes choisissent une voie sur le déclin, celle du sabre, mais c'est comme tomber de Charybde en Scylla.

Tsutomu Takahashi n'est pas connu pour faire dans la dentelle et c'est une fois de plus le cas dans l'ouverture de cette série. C'est sombre, très sombre, limite désespéré. Il nous fait le portrait d'un Japon ancien en déliquescence où la vie sociale d'alors mais aussi les traditions sont en perdition face à l'ogre que sont le progrès et l'ouverture aux pays étrangers. C'est une vision bien sûr totalement biaisée mais qui fonctionne à merveille pour le récit dramatique qu'il veut raconter qui n'est pas sans emprunter au chanbara (films d'autrefois sur les samouraïs qui se voulaient réalistes, sombres et épiques).  

Les deux jeunes héros choisis pour porter cette histoire en sont l'archétype. La misère leur colle à la peau mais ils luttent malgré tout et font preuve de beaucoup de courage. Ils tentent à leur façon avec leurs connaissances de sortir de ce marasme à l'aide du sabre donné par leur mère qui leur vient de leur père. Sauf qu'ils ne connaissent rien du monde extérieur et que les pièges sont nombreux. C'est donc un récit initiatique bien sombre qui nous attend à leurs côtés à réserver à un public averti car déjà dès ce premier tome nous avons des morts sanglantes, des viols et tentatives de viols, des séquestrations, un embrigadement...

Ce premier tome n'est qu'une petite mise en bouche, je pense, au terrible cheminement promis aux deux jeunes héros qui ne sont pas au bout de leur peine. L'univers est sombrement fascinant. On se demande bien tout ce qu'il peut nous réserver dans ce Japon vacillant où la tradition va peu à peu laisser place au progrès mais à quel prix, quand on voit déjà la folie poindre à ce point partout.

Les influences sont nombreuses. J'y ai parfois vu de l'Habitant de l'infini d'Hiroaki Samura dans le monde glauque et sans pitié dans lequel ils vivent. J'y ai parfois vu du Vagabond de Takehiko Inoue dans la philosophie qui semble s'en dégager. En tout cas, les dessins sont sublimes, noirs, très crayonnés, profonds et dérangeants. J'aime beaucoup leur inspiration évidente venant de la peinture traditionnelle asiatique au pinceau aussi bien du côté des visages et regards ciselés que des paysages qui laissent de fortes impressions. Rien n'est laissé au hasard.

En bref

Cette première incursion dans l'univers de Sidooh est une belle réussite, encore faut-il avoir le coeur bien accroché pour y survivre. Je reste cependant un peu sur ma faim face à l'ampleur de la tâche car pour le moment la direction reste bien floue et fugitive. Cependant la noirceur promise est là, le drame annoncé également et c'est raconté avec maestria. Je serai là pour la suite !

8
Sidooh
Positif

Un récit classique mais percutant de samouraïs sur le déclin

Un univers maitrisé, très sombre et dérangeant

Une vision du Japon en déliquescence

Deux héros courageux malgré tout

Des dessins sublimes de noirceur

Negatif

Un premier tome trop introductif

On ne voit pas encore vraiment où on va

Tampopo24 Suivre Tampopo24 Toutes ses critiques (674)
Partager :
Commentaires sur cette critique (0)
Laissez un commentaire