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Un drôle de père

par Kamiville le sam. 4 avril 2020

Je tiens à préciser que cette critique contient des spoilers alors que je n’ai pas pour habitude de les exposer. Les spoilers, notamment sur la fin, sont à mon sens justifiés dans cette critique parce que la fin, de par son contenu, constitue un défaut rédhibitoire pour de nombreuses personnes qui ont lu l’intégralité de l’oeuvre.

Un drôle de père est une série en 10 tomes basée sur l’histoire de Daikichi, un salesman célibataire de la trentaine qui décide de prendre en charge Rin, petite fille de 6 ans qui est présentée comme étant la fille de son grand-père à la mort de celui-ci. Daikichi devra composer sa vie avec l’éducation de cette enfant qui n’a ni figure maternelle ni paternelle.

L’histoire est étalée sur plusieurs années, de la petite enfance de Rin jusqu’à la fin de son adolescence. On a donc un format de narration très bien pensé pour suivre l’évolution des personnages aussi bien physiquement que mentalement.

Une bonne première partie du récit suivra l’adoption de Rin par Daikichi jusqu’à l’adaptation de la présence de chacun des personnages dans la vie de l’autre, du point de vue de Daikichi. On assiste ainsi aux premiers problèmes rencontrés : concilier le travail et l’éducation de Rin, lui trouver une garderie adaptée à ses disponibilités, puis une école primaire, être présent à ses côtés quand elle tombe malade, bref, un tas de petits soucis qui rend cette première partie très “tranche-de-vie” sur un registre mignon/bon-enfant dont j’ai trouvé la narration très fluide et réussie. Ainsi, la vie de Daikichi et Rin est narrée de façon tellement banale alors qu’on partait d’une situation initiale qui était tout de même compliquée où Daikichi a fait le choix de prendre sous sa responsabilité Rin, la dernière fille cachée du papy et rejetée par toute la famille à la mort du doyen. Pourtant, ce rejet se dissipe à mesure des retrouvailles entre proches à l’occasion de fêtes traditionnelles. Ainsi, l’auteure arrive toujours à apporter des nuances à des situations qui semblent difficiles à première vue mais qui sont amenées à évoluer. Des nuances que l’on retrouve aussi concernant l’abandon de Rin par Masako, sa mère biologique qui l’a mise au monde alors qu’elle n’était ni prête mentalement ni financièrement parlant, la contraignant à renoncer à l’éducation de son enfant. A l’inverse de la mère de Koki qui a trouvé le courage d’élever celui-ci seule tout comme Daikichi le fait avec Rin. L’auteure expose donc un problème qui touche de nombreuses sociétés que sont les problèmes inhérents aux familles monoparentales mais d’une façon tellement banale que cela rend leur prise de conscience accessible par le lecteur.
Cette banalité va de pair avec le style de dessin très léger de l’auteure, le character design est tout ce qu’il y a de plus simple mais est conjugué à des expressions faciales qui ressortent bien et les arrières-plans et les décors sont peu détaillés.

Une deuxième partie après une ellipse où on suit une Rin arrivée au lycée. Là, le point de vue est centré sur, non pas Daikichi comme dans la première partie mais Rin.
Certaines personnes ont trouvé que le manga s’essoufflait dans cette partie parce que le registre se prêtait plus à une romance lycéenne centrée autour d’une relation entre Rin et Koki digne d’un shojo classique. Il est vrai que toute la partie sur l’éducation de Rin par Daikichi qui faisait vraiment le sel de la première partie n’y est plus après l’ellipse mais je l’ai tout de même trouvée touchante et pertinente, je l’ai pris comme étant une suite logique à la première partie, en effet, dans la deuxième partie, on constate les fruits de l’éducation de Rin, les résultats de tous les sacrifices de Daikichi pour accompagner Rin de son enfance à son adolescence. Il est intéressant de noter l’évolution physique mais surtout mentale de Rin qui contraste avec l’enfant qu’elle était pré-ellipse, elle est passée d’une fillette enjouée et insouciante à une jeune femme consciencieuse et responsable qui fait preuve d’une grande maturité par rapport aux autres personnages de son âge tels que Koki ou Reina, la nièce de Daikichi.

Et puis, et puis… On arrive à cette fin qui bien qu’on la sentait venir, est bouleversante tant elle est dérangeante. Il est tout de même regrettable qu’au lieu de résoudre le complexe d’Électre de Rin, Daikichi cède à ses avances (bien qu’ils ne soient pas liés par le sang après une révélation de Masako, Daikichi reste et s’est imposé comme une figure paternelle pour Rin), cela nous amène à penser qu’il a fait le choix par défaut de finir sa vie avec elle, parce qu’il est à un âge tel qu’il a peu de chance de sortir du célibat…

En conclusion, Un drôle de père s’est révélé être une bonne surprise dans son ensemble, surtout pour un manga dont le dessin ne me parlait pas mais qui s’est révélé marquant (et je ne le dis pas seulement parce que la fin est bouleversante) tout au long de son histoire, ce qui est d’autant plus surprenant pour un titre qui repose sur le registre “tranche-de-vie”, soit un enchaînement de “péripéties banales” grosso modo. Même si sa fin ne fait pas l’unanimité, on pourra saluer l’audace de l’auteure de la mettre en scène, surtout qu'elle ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe.

En bref

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