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L'Orme du Caucase

par Tampopo24 le mer. 18 déc. 2019 Staff

Un recueil de Taniguchi

Première incursion pour moi dans un titre de Taniguchi qui est un recueil de nouvelles. J'avais toujours lu le maître sur des récits plus longs. Dans l'Orme du Caucase, c'est à quatre mains avec Ryuichiro Utsumi qu'il nous conte ces 8 histoires souvent tristes mais pleines de beaux sentiments très humains.

Ces huit nouvelles ont un peu toute le même problème pour commencer, leur début est très abrupt. Cependant, elles ont réussi à m'emporter à chaque fois. On y retrouve la patte si bien connue du mangaka pour ces tranches de vie subtiles reflétant un instant bien particulier de la vie de chacun. Les histoires parlent tour à tour de familles éclatées, d'enfants abandonnées ou souffrant de carences éducatives, mais aussi de belles histoires d'amour peu montrées dans les manga et de rédemption. L'auteur est aussi doué dans les récits longs que dans les récits courts puisqu'il parvient très vite à nous intéresser à la vie de ses personnages et à nous toucher avec celle-ci. Les récits sont simples mais efficaces, tout comme ses dessins qui sont à l'aune de ce qu'on connait de lui. Mon seul regret avec eux vient du fait que parfois certains personnages se ressemblent beaucoup physiquement d'un récit à l'autre. Pour le reste, je suis une nouvelle fois enchantée par les ambiances douces et mélancoliques qu'on retrouve ici. Les décors sont superbes !

Parmi ces huit histoires, j'ai beaucoup aimé celle qui ouvre le recueil et lui donne son nom : L'orme du Caucase. On y retrouve un couple de personnes âgées qui acquiert une maison avec un orme qui gène ne voisinage en perdant ses feuilles. C'est une belle histoire sur la fracture entre les générations d'un côté, mais aussi sur la relation entre l'homme et la nature, avec une très belle morale.

Aujourd'hui, on va l'abattre parce qu'il perd ses feuilles... Mais le vrai problème, c'est l'égoïsme de ceux qui sont arrivés après lui. [...] Ne pas supporter les feuilles qui tombent, c'est oublier que nous vivons avec la nature.

La troisième histoire, La petite fille à la poupée, m'a aussi beaucoup plu parce qu'elle parle d'un père qui a laissé partir sa fille avec sa femme lors de leur séparation et ne s'en est jamais préoccupée, jusqu'au jour où il découvre qu'elle partage la même passion que lui pour l'art. Il décide alors d'aller la voir incognito. C'est très beau, plein de non-dits et il y a énormément d'émotions.

De la même façon, la cinquième histoire, Le parapluie, m'a aussi émue. Les auteurs y racontent l'histoire compliquée d'un frère et d'une soeur séparés lors du divorce de leurs parents, puis réunis malgré eux, qui se sont perdus de vue en grandissant. Leur relation est complexe tout comme les émotions qu'on leur découvre au fil des pages revenant sur le passé. J'ai eu un vrai coup de coeur ici !

Coup de coeur que j'ai à nouveau ressenti dans l'histoire qui a suivi, Les environs du musée, où l'on suit les amours d'un couple de personnages âgées qui rêvent de rester indépendantes malgré le désir de leurs familles respectives. C'est émouvant, plein de beaux sentiments. Il se dégage une grande douceur et en même temps une vraie force de ce récit tout simple où une mamie s'affirme face à son fils et découvre l'amour à 60 ans passé.

Enfin la dernière histoire, Son pays natal, ne m'a pas laissée indifférente. L'auteur y met en lumière l'histoire d'une française expatriée au Japon après avoir épousé un homme de là-bas. Sa belle-famille la rejette malgré ses efforts et ne l'aide pas du tout à surmonter un drame qu'elle va rapidement connaitre, mais elle garde la force d'avancer et souhaite maintenant devenir japonaise. Si j'ai aimé que l'auteur mette en lumière le racisme de ses compatriotes, j'ai trouvé qu'au final il leur donnait trop d'excuses pour justifier cela et ça me dérange. On ne peut pas tout mettre sur le dos des différences de cultures !

Les autres histoires ne sont pas mauvaises mais m'ont un peu moins touchée. Que ce soit la deuxième (Le cheval de bois) où des grands-parents s'occupent de leur petite-fille dont la mère ne veut pas maintenant qu'elle va se remarier. Horrible pour la gamine mais j'ai adoré le grand-père ! La quatrième (La vie de mon frère) est peut-être l'histoire la plus faible du recueil parce que le narrateur y est très détaché, je trouve, même s'il parle d'un réalité intéressante avec ces personnes voulant continuer à travailler pour ne pas être à charge de leur famille et qui n'ont pas honte de reprendre un métier besogneux alors que leur famille souhaiterait autre chose. Enfin la septième histoire (Dans la forêt) est assez mignonne puisqu'il raconte le périple dans la forêt de deux frères cherchant leur chien alors que l'aîné sait l'inutilité de cette quête et qu'il a des sentiments assez mitigés concernant son frère. On y retrouve en plus des paysages qui rappellent ceux du village natal de l'auteur.

En bref

Ce recueil est un bel échantillon de ce que peut proposer Taniguchi. On y retrouve des thèmes qui lui sont chers : la famille, les relations entre ses membres, la nature, les amours d'une vie simple, etc. Ça peut être une belle façon de découvrir l'auteur si on aime les récits courts.

7
L'Orme du Caucase
Positif

Des thèmes chers à l'auteur

Un beau message sur "la famille"

De l'émotion

Des formats courts réussis

Negatif

Un début un peu abrupt à chaque fois

Des personnages qui se ressemblent physiquement

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