Interview de Jeronimo Cejudo (Ripper)

Découvrez notre interview de Jeronimo Cejudo réalisée à la Japan Expo 2022

 

 

Découvrez notre interview de Jeronimo Cejudo avec lequel nous revenons sur son parcours, sur son manga Ripper mais aussi sur le métier d’un artiste moderne :

 

Manga Sanctuary : Bonjour Jeronimo, pouvez-vous vous présenter pour le réseau sanctuary ?

Jeronimo Cejudo : Bonjour, je m’appelle Jeronimo. Je suis auteur étiqueté pro depuis 2017 avec une 1ère série en 3 tomes chez Delcourt Tonkam [Lil’ Berry]. Et j’ai sorti cette année ma série Ripper chez Ankama édition.

 

MS : Justement, avant de parler de Ripper, tu as fait un premier manga, Lil’ Berry, avec Fabien Dalmasso, quel bilan tires-tu de ce manga ? Était-ce une première bonne expérience ? On y voit d’ailleurs un petit message dans les bonus à la fin du 1er tome de Ripper.


Jeronimo Cejudo : Je ne me rappelle plus ce que j’ai écrit à la fin du tome parce que j’en ai écrit des conneries ! Pour Lil’ Berry, pour l’expérience que j’en tire, c’est… tout : vraiment un melting-polt de toute l’expérience qu’on peut avoir dans ce milieu, en termes de bonnes et mauvaises expériences. Je pense que j’ai eu tous les côtés du métier. Alors peut être pas tout, peut être qu’on me réserve encore d’autres surprises ! [rires] Des bonnes surprises, j’espère. Mais oui j’ai eu toutes les concessions, les compromis et les conflits qu’on peut avoir, mais j’en retire que du positif car ça m’a permis de faire 3 tomes quand même, plus de 600 pages. Ça donne une certaine expérience, ça m’a permis de passer en numérique aussi, sur la fin de Lil’ Berry…

MS : Ah mais l’intégralité de la série n’avait pas été faite en numérique ?

Jeronimo Cejudo : Non non, la quasi intégralité de Lil’ Berry est en tradi et le dernier tiers du 3ème tome est en numérique, c’est là où j’ai entamé la transition. Mais ça a été une bonne expérience au global…

 

MS : La série t’a-t-elle permis de te construire aussi sur l’aspect scénaristique (Comment construire un scénario, etc.) ?

Jeronimo Cejudo : Même pas, j’ai eu peu de retour là-dessus. L’aspect scénaristique, c’est plus “Devil Dive Inferno” qui m’a redonné confiance.

 

MS : Belle transition puisque ça nous permet d’aborder cette belle aventure avant la publication de Ripper :  tu as connu un haut fait avec la 2nde place du concours Tezuka avec “Devil Dive Inferno”, peux-tu nous en dire plus sur cette aventure ? Penses-tu que le one-shot pourrait connaître une sérialisation ?

Jeronimo Cejudo : En fait, quand Lil’ Berry s’est arrêté en 2020, il y a eu le confinement… Donc pas de bol.. Mais quand même du bol ! Car ça m’a permis de me concentrer sur mes projets perso, notamment Ripper que j’avais déjà commencé un peu à écrire.

Sauf qu’avec le confinement, il y a eu l’annonce du Tezuka avec ce jury incroyable : 5 grands noms de fou [NB : pour rappel , les jurys étaient  Akira Toriyama, Eiichiro Oda, Kazue Kato, Kohei Horikoshi et Takehiko Inoue, rien que ça !] donc je me suis dit “pourquoi pas, j’ai du temps”. 

J’étais en train de monter le dossier pour Ripper, mais tant qu’à faire, pour continuer ma transition en numérique (vu que j’avais l’intention de passer avec Ripper en full numérique), je me suis dit que le Tezuka pouvait être une bonne expérience pour maîtriser Clip Studio Paint et tous les outils du logiciel. Et en plus, comme y’avait le confinement, on ne faisait rien, on s’ennuyait… Donc j’ai ouvert ma chaîne twitch et, du coup, les gens ont pu suivre le processus de réalisation des pages à la fois de Ripper et du Tezuka.

Je crois que j’ai fait quasiment… 50% du Tezuka sur twitch et les gens pouvaient interagir, poser des questions. Je pense que c’est à partir de ce moment qu’il y a eu un petit engouement sur ce que je fais, sur mon travail, donc c’est plutôt cool.

Et ils ont pu, en quelque sorte, découvrir Ripper en avant première, la plupart connaissent déjà les personnages avant d’avoir lu le bouquin parce qu’ils sont venus sur twitch.

MS : Et du coup, vis-à-vis du Tezuka, tu as eu un suivi à la suite des prix, peux-tu nous en dire plus ?

Jeronimo Cejudo : En fait, rien que d’avoir le retour d’Akira Toriyama, Kazue Kato sur Devil Dive : c’est incroyable. Le premier manga que j’ai lu, c’est un Dragon Ball, le tome 35, donc avoir un retour de cet auteur, c’est cool [rires].

Mais après oui, il y a eu la remise des prix mais en virtuel, le prix pécuniaire, tout ça. Il devait y avoir un voyage au Japon qui devait se faire mais ne s’est pas fait à cause de ce qu’on sait… 

Mais suite au prix, il y a bien eu un petit suivi avec un éditeur en particulier. Il m’a proposé de faire un one-shot. Donc j’ai fait un storyboard de 55 pages, pendant que je faisais le tome 1 de Ripper, qui n’a pas été retenu. Mais il est possible que je fasse d'autres one-shots pour l’éditeur mais j’ai préféré me concentrer sur Ripper, pour le lectorat français et advienne que pourra si c’est possible au Japon.

 

MS : Je suppose qu’après ce concours, de nombreux éditeurs sont venus taper à la porte ?

Jeronimo Cejudo : Même pas !

MS : Alors pourquoi Ankama ?

Jeronimo Cejudo : En fait, Ankama est un éditeur que je connaissais depuis très longtemps. Et j'ai toujours voulu bosser avec eux, c’est vraiment le choix du cœur et les éditrices me connaissaient et voulaient travailler avec moi aussi. Mais, entretemps, il y a eu Lil’ Berry et tout ce qui s’en est suivi. Donc quand je leur ai proposé Ripper, elles étaient OK mais j’avais aussi envoyé mon dossier à Glénat, Kana, Pika et Ki-oon… Et j'hésitais entre Ankama et Kana..

MS : Pas Ki-oon ?

Jeronimo Cejudo : Non car Ki-oon fonctionnait en fait via le tremplin. L’éditeur a donné quelques conseils sur le projet, il a dit que c’était cool mais qu’il ne fonctionnait que sur concours. Du coup, ça s’est fini sur Ankama car… choix du cœur ! C’était avec eux que je voulais bosser.

 

MS : Abordons maintenant Ripper, le manga nous montre un univers post-apo, où la nature a repris le pouvoir, comment t’est venue cette idée ?

Jeronimo Cejudo : (Rires) Aucune idée ! En fait, j’avais envie de partir sur un genre post-apo pour ne pas dessiner de décors (Rires).

MS : Oui enfin avec la nature…

Jeronimo Cejudo : Oui mais pour que tout soit détruit surtout, tout est cassé, pour ne pas avoir à tracer des traits avec les règles pour faire des décors [NB : par rapport aux bâtiments et autres villes].

Peut-être inconsciemment, je suis impacté par tout ce qui se passe sur la planète en ce moment, le dérèglement climatique, tout ça.. Alors je ne fais pas Ripper pour ça, mais, comme on m’a souvent dit, j’ai peut être intériorisé le truc qui m’a marqué et c’est peut être pour ça que je fais Ripper, et j’aime beaucoup les personnages principaux qui ont une maîtrise de la nature, surtout le bois, les arbres… Je ne sais pas pourquoi d’ailleurs. Surement à cause de la loi d’Ueki qui a dû me marquer également. Mais au final, je n’ai pas beaucoup réfléchi à ça ! (Rires)

MS : C’est amusant car justement, outre la tournure très nekketsu, le récit tire aussi sur pleins d’autres inspirations avec le sentai, voire même du Saint Seiya et il y a aussi ce coté message écologique dans la série (la nature qui reprend ses droits, les déchets humains, etc.), qu’est ce qui prend le plus le pas avec la série : le message ou l’aventure ?

Jeronimo Cejudo : Eh bien, je pense que c’est la bagarre ! (Rires)

MS : et donc ce qui porte le plus Ripper, ça serait la tentative de faire une aventure grandiose ou… la bagarre ?!

Jeronimo Cejudo : En fait, vraiment, Ripper, c’est un défouloir. J’aime beaucoup cette histoire que j’ai écrite, que ce soit le scénario et les personnages que j’espère pouvoir développer. Mais vraiment, Ripper c’est un défouloir dans lequel je voulais partir en délire avec des types qui mettent des armures insectoïdes et se mettent sur la tronche. C’est vraiment ça.

Après bien sûr, à côté, il y a le thème principal qui est la famille. Mais la baston, c’est vraiment l’aspect principal. Je voulais faire des grosses double-pages de types qui se battent, des gros pouvoirs et tout…

Après, une grande aventure, l’avenir nous le dira : c’est le public qui décidera si on pourra en faire une grande aventure, mais pourquoi pas !

Giga gnon

MS : Soyons honnêtes, le plus bluffant dans la série, c'est le dessin. Le style est déjà confirmé et à classer du côté de l’élite des artistes de mangas français, on sent une influence de Kishimoto, voire Tony Valente, mais avec une patte personnelle qui rend le tout original, notamment au niveau des pupilles qui amplifie les expressions des personnages. D’où te vient ce style ?

Jeronimo Cejudo : Je pense que ça vient d’un peu tout ce que je lis, d’ailleurs tu cites Radiant mais ce n’est vraiment pas une de mes influences, j’aime beaucoup le taff de Tony, je lis Radiant, mais s’il fallait citer un manga français qui m’a influencé, c’est Dreamland, qui m’a vraiment marqué. Je l’ai connu à 15 ans, et pendant très longtemps, je dessinais comme Reno.

Après sur l’influence des émotions, je dirais un peu tout ce qui se fait maintenant, c’est vrai qu’il y a beaucoup plus de mangas qui développent le côté émotif comme My Hero Academia par exemple ou Kimetsu no Yaiba [Demon Slayer]… C’est un peu tout ce qui se fait sur l’aspect shonen et même Seinen… même des BDs [Franco Belges] comme Carbone & Silicium ou Shangri-la [de Mathieu Babelet] qui sont émotivement très impactantes… Du Tatsuki Fujimoto aussi avec Fire Punch qui m’a vraiment mis une énorme claque.

MS : Tu n’es pas le premier à le citer.

Jeronimo Cejudo : J’ai lu les 8 volumes, c’est incroyable ! Je ne m’en suis toujours pas remis, en fait. C’est vraiment incroyable du début à la fin. C’est vraiment en ayant lu Fire Punch que ça m’a fait un déclic pour la fin de Ripper… (Rires) Ça ne sera pas la même fin, je ne vais pas plagier (Rires). Mais j’ai eu ce déclic où je me suis dit “ah ouais, c’est possible de faire une fin comme ça”... Il y a eu ce déclic, c’était fou.

 

MS : Alors justement parlons un peu de la bagarre, si en termes de style, on est dans un trait sûr et chirurgical, lors des combats ça devient plus sauvage par le découpage et l’énergie que ça dégage, cela viendrait de Dreamland ?

Jeronimo Cejudo : Peut-être que c’est l’influence Dreamland oui, mais dans les combats, je regarde plutôt du côté des japonais, là dernièrement y’a Dandadan, qui n’est pas sorti en France [NB : prévu le 5 octobre chez Crunchyroll], et les doubles-pages sont incroyables, c’est fou ce qu’il fait. C’est sorti il y a 2 ans à peu près et ça m’a déjà impacté. En fait, à cette époque, je commençais Ripper, et je lisais la série en même temps. Donc j’ai essayé de digérer la série, c’était d’ailleurs un peu dur de la digérer aussi rapidement (Rires) mais c’était bien.

 

©Shueisha 

Et pour le découpage, il y a beaucoup de MHA, j’ai d’ailleurs l’impression que ça a beaucoup influencé le monde du manga. Et je ne sais pas pourquoi mais il a même réussi à marquer le monde entier. C’est fou dans ses découpages, dans ses angles de caméra, comment il positionne ses persos et tout… des trucs de fou quoi…

 

MS : En tout cas, on espère que Ripper marchera autant que MHA !

Jeronimo Cejudo : Je l’espère ! Je croise les doigts.

 

MS : Parlons un peu du milieu. Tu es à mes yeux un auteur 2.0 qui s’est adapté aux outils modernes avec twitch, instagram, twitter sur lesquels tu es très présent. Penses-tu que ce sont des outils indispensables aujourd’hui pour les auteurs français notamment pour se construire une communauté ou …

Jeronimo Cejudo : Des ultras ?

MS : C’est ce dont je pensais ! [NB : Une partie de la communauté de l’auteur a repris les codes des supporters de sport adapté à Jeronimo Cejudo avec logo, etc.]

Jeronimo Cejudo : D’ailleurs, ils sont venus [à la Japan Expo lors des dédicaces], il y avait un drapeau ! Celui avec ma tête : ça faisait le FC Ripper ! Truc de fou ! 

Le FC Ripper a même son drapeau !

 

MS : Mais c’est génial justement !

Jeronimo Cejudo : Oui, après je les connais, ça fait 4/5 conventions qu’ils viennent en meute (Rires) et ils ont suivi mon travail sur twitch… 

Suite à twitch, j’ai créé mon discord*, les gens font vraiment vivre Ripper dessus. Y’a Instagram aussi qui a explosé et j’ai l’impression qu’il y a une sorte d’engouement qui s’est créé autour de mon travail… Tant mieux, c’est vraiment cool car ils donnent énormément de force et du coup, je leur en donne aussi !

En fait, sur le discord, j'organise des petits entraînements de dessins, des petits tournois de page. Je leur donne des conseils, du moins j’essaie vu qu’il y en a quelques-uns qui essaient de devenir mangaka en France. Donc pourquoi pas !

C’est un échange comme ça, dans les deux sens, et c’est plutôt cool qu’il y ait cet engouement comme ça.

 

MS : Et tu penses que c’est nécessaire pour un nouvel auteur aujourd'hui ?

Jeronimo Cejudo : Selon moi : je le pense. Faut au minimum, faire une story ou poster régulièrement pour être visible car il y a énormément de gens qui veulent faire du manga en France et donc faut se faire remarquer… C’est peut être pas indispensable mais dans une moindre mesure, il [vaut mieux] utiliser les réseaux sociaux.

Par exemple, j’ai fait un tiktok, il n’y a pas longtemps, c’est pas moi qui le gère (Rires), car j’ai déjà trop de réseaux, mais c’est cool, il sont à fond dessus les gens, ils partagent, ils commentent, y’a pleins de vues et tout : c’est fou.

 

MS : Et dernière question, penses-tu que le manga français est enfin apte à prendre définitivement son envol ? D’ailleurs, on a les signes avec cette Japan Expo qui n’a que 2 auteurs japonais au final. 

Jeronimo Cejudo : Oui mais justement, ce que je trouve dommage avec la période qu’on a vécue, c’est qu’il n’y a pas eu [du moins peu] d’auteurs japonais et ils n’ont pas mis en valeur le manga français, ce qui est dommage mais bon… Peut-être qu’ils le feront la prochaine fois mais peut-être que [le manga français] prendra son envol, je ne sais pas, peut-être qu’il s’est déjà envolé même et qu’il est loin (rires).

Mais c’est vrai que là avec Senchiro qui fait Sweet Konkrete, ZD qui fait Space Punch… Ce sont 2 titres que je trouve incroyable, ce sont pour moi des trucs de fou au point que plusieurs lecteurs pensaient que c’étaient des œuvres japonaises. Après on n’est pas encore beaucoup [d’auteurs de manga français], on cite souvent Reno et Tony, pour Dreamland et Radiant, ce que je peux comprendre puisque ce sont les boss. Mais il y en a de plus en plus, il y en a plein qui arrivent chez Kana : Yoann avec Silence , il y a JustLoui chez Glénat… Ce sont des personnes qui dessinent ultra bien. 

Il y en aura de plus en plus et ça va être de plus en plus reconnu et j’espère qu’on ne dira plus “manga français” mais juste “manga”.

 

MS : Sur ces belles paroles, as-tu un dernier mot pour ton public ?

Jeronimo Cejudo : Lisez Space Punch ! Je lui fais de la pub !

Acheter 2,49 €

 

MS : Merci beaucoup Jeronimo, c’était très intéressant !

Jeronimo Cejudo : Merci à vous !

 

Un grand merci à Ankama et à la Japan Expo pour avoir permis cet entretien et un grand merci à Jeronimo pour avoir répondu à nos questions !

Ripper :

À la suite d'un cataclysme sans précédent, l’air est devenu irrespirable et des créatures hostiles ont pris le contrôle de la planète, forçant les derniers survivants à se confiner dans une tour de fortune. Parmi eux, des volontaires sont formés pour trouver un nouvel Eden. On les appelle les Rippers ! Lors d'une mission de reconnaissance, l'escadron du Chêne rencontre Junk, un jeune garçon optimiste qui ne semble pas être affecté par l'état de la Terre...

 
Acheter 7,95 €

_________________________________________________________________

  • Lien discord : https://discord.gg/JuGXfAz4pd

Commentaires (0)