Critique Made in Abyss 1

Il y a presque deux milles ans, un gouffre menant aux tréfonds de la Terre a été repéré sur une île déserte. Assoiffés de découvertes et d’aventures, des explorateurs venus des quatre coins du monde ont fait leur apparition. Installés sur place avec leur famille, une ville s’est forgé tout autour, Orse. Plusieurs générations plus tard, l’Abysse reste un mystère pour l’humanité et une quête éternelle. Personne n’a encore atteint le fond. Les Caverniers, comme sont appelés les courageux aventuriers qui descendent dans l’abîme sont formés dès leur plus jeune âge.

Dans l’orphelinat Bercello, on suit Rico, une gamine intrépide à l’imagination débordante dont le passe-temps favori est de désobéir et de s’approprier les « trésors » de l’Abysse. Car oui, ce puits incommensurable découpé en plusieurs niveaux regorge de trésors, et de cadavres aussi. Ce qui pousse le lecteur à s’interroger. Une ancienne civilisation aurait-elle vécu là avant ? Il y a de la vie là-dessous. Une faune et une flore incroyables, presque préhistoriques qui ne sont pas sans rappeler le livre « Voyage au centre de la Terre ».

Elevée au rang de sifflet rouge, Rico rêve de décrocher le saint graal, le sifflet blanc. Avec ses camarades de classe, elle parcoure le premier niveau tout en ayant continuellement le regard tourné vers le fond.  Jusqu’au jour où un Corde-Rouge, une bête monstrueusement grande et dangereuse l’attaque. Sauvée in extrémis par un robot qui a l’apparence d’un enfant de son âge, c’est le signe du destin qu’elle espérait. Ce robot apparaît comme une relique exceptionnelle, une Aubade et évidemment Rico indisciplinée s’empresse de ne pas le signaler aux personnes concernées. Aidée de ses copains, elle l’emmène dans sa chambre pour l’analyser.

Débute alors son aventure. Une aventure à haut risque. Il n’est pas donné à tout le monde de supporter les 20000 mètres que représente à ce jour l’Abysse, des caverniers meurent, sans oublier que dépassé le 7ème niveau, il est tout simplement impossible de remonter à la surface. C’est signer un aller simple pour l’enfer. Ce n’est pas pour rien que seuls les sifflets blancs sont autorisés à franchir ce pallier mais forcément aucun n’est jamais revenu alors cela tient autant d’une légende que d’une malédiction.

« Tant que nous restons humains, nous n’avons aucun moyen d’échapper à cette malédiction » !

Vous l’aurez compris, ce premier tome pose les jalons de l’histoire, son contexte, ses tenants et ses aboutissants. Le fil rouge est visible dès le départ. On nous fournit le matériel nécessaire à notre future exploration d’une partie du monde étrange et inventée par la talentueuse Akihito Tsukushi. Les explications sont distribuées au fur et à mesure, rendant ainsi la lecture facile et compréhensible. Le cerveau enregistre tout sans avoir l‘impression de bouillir comme c’est parfois le cas avec des titres de ce genre. On notera toutefois une légère maladresse sur certains passages. Et pour cause. L’autrice nous confie à la fin avoir pensé MADE IN ABYSS comme un livre d’images. Ainsi, il manque parfois un trait d’union entre tel ou tel élément. Il y a comme une cassure nette entre la partie narrative et la partie dialogues. Comme un mur érigé entre les deux. Cependant, comme tout le reste est maitrisé, le décor posé, l’ambiance comme dans un roman, on oublie ce petit déséquilibre. Akihito captive notre attention.

Les personnages dans MADE IN ABYSS sont très attachants. Mention spéciale pour Legu le Robot envers qui l’on ressent un élan de tendresse particulier. Rico et ses amis ne sont pas en reste. Ni leur professeur soit dit en passant. J’élude volontairement plusieurs points de l’histoire pour que votre lecture reste une surprise, sachez toutefois qu’un autre personnage à toute son importance, pour Rico en particulier.

« Je t’attends dans le tréfonds »

Le style graphique est pour ma part très plaisant mais ne fera pas l’unanimité. Les dessins sont à l’antipode du scénario prévu. Un trait arrondi, des visages et des corps enfantins. Des bouilles mignonnes très expressives, des regards pétillants, des yeux plein d’étoiles. Des couleurs chatoyantes comme le démontrent la couverture et les trois pages couleurs, beaucoup jugeront ce titre « bon enfant ». Sauf qu’il en est rien. Même si ce premier tome n’assentira pas mes mots, je peux vous l’affirmer, pour avoir maté l’anime l’été dernier, que plus on avance plus l’obscurité prend le dessus. Noire et rouge, l’histoire est cruelle et l’émotion au rendez-vous. Made in Abyss c’est comme un faux positif. Il trompe par son apparence, nous apprivoise par son style « livre pour enfants » avant de sortir un monstre horrible de son placard pour se marrer de notre réaction.

A noter qu’il n’y a aucun blanc sur les planches. Tout est gris ou noir si bien qu’il est difficile de lire dans la pénombre. Il faut être en pleine lumière pour profiter des images détaillées. Et du détail on en a, l’autrice ne lésine pas avec son crayon, elle illustre tout. Les décors, les objets, tout est minutieux. Les plans sont travaillés, les actions fluides, les proportions respectées, même si l’apparence générale des personnages fait un peu SD avec un corps filiforme surmonté d’une grosse tête. Je ne crois pas avoir vu de trame. Les fonds plus brouillons et vrais se fondent sur la page, collant ainsi à l’esprit « livres d’images ». La carte de l’Abysse est impressionnante, elle mériterait un agrandissement en A3 pour être décryptée avec précision. Entre deux chapitres, viennent s’immiscer des esquisses annotées qui une fois collées les unes aux autres s’apparentent au cahier de route ou de notes d’un explorateur. Même chose pour la couverture et la 4ème de couverture. Enfin, on remarquera que dans ce premier style vient s’en greffer un autre plus épuré, plus limité mais percutant à l’identique. Durant les phases narratives exclusivement, le crayon de l’autrice évolue pour ressembler à une sorte de dessin d’enfant (super bien dessiné ok mais c’est l’esprit qui s’en ressent) qui s’allie à merveille à son style habituel. On sait que c’est Rico qui nous parle et d’une certaine manière c’est comme si c’était elle qui prenait les commandes pour schématiser sa vision des choses, c’est bien trouvé et cela démontre une nouvelle fois cette volonté d’expliquer les choses simplement.

Made in Abyss surprend, invente et promet une grande aventure à la manière d’un Jules Verne.

Peut-être que certains diront qu’on avance trop vite, que les évènements s’enchainent brusquement à la fin. Je ne les contredirai pas. Je pense cependant qu’Akihito ne voulait pas s’embarrasser d’une longue introduction au risque de tomber dans l’ennui. Elle a choisi d’entrer dans le vif du sujet rapidement. Après tout, l’héroïne de l’histoire c’est l’Abysse. C’est elle qui sonne le rythme et dicte le chemin à suivre tandis que les personnages tentent de la déchiffrer. Il était donc logique d’y plonger la tête la première sans se soucier des préliminaires, quitte à être fauché précocement sitôt la lumière du soleil à jamais disparue.

Merci à OTOTO pour la licence qu’honnêtement je n’osais espérer en France. L’édition est de qualité et le format plus grand qu’un manga habituel (assorti à la version japonaise si je ne dis pas de bêtises) permet aux yeux de s’attarder sur les pages. 9/10 et je prédis un coup de cœur pour les deux prochains tomes. ;)

9
Made in Abyss ou la version moderne et illustrée du « Voyage au Centre de la Terre ». Une épopée longue et périlleuse réveille notre âme d’enfant, notre envie d’aventures. L’ambiance fait mouche dès les premières secondes. Le duo réuni par le destin promet une amitié à la vie à la mort. Akihito à une grande imagination et possède le talent nécessaire pour tout retranscrire. Ne vous fiez toutefois pas à son style « mignon » ou l’obscurité impénétrable de l’Abysse surgira pour vous dévorer. Mais, chut ! et rendez-vous au tome 2.
  • Un conte à la Jules Verne
  • Une aventure entourée de mystère
  • Un style graphique qui cache bien son jeu
  • Les personnages
  • L'univers riche proposé par l'autrice
  • Un préambule succinct
  • Le style est aussi un défaut car il trompera le lecteur mal averti.

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par KssioP

Continuellement l'esprit ouvert, je n'exclue aucun genre si ce n'est peut-être le genre guimauve ou Arlequin. J'aime cependant ce qui est différent, ce qui surprend. Rêveuse dans l'âme et aventurière chevronnée avec une manette en main, ma table de chevet se couvre de mangas, de romans, de cd's et d'une feuille de papier. Et bien souvent aussi d'un biscuit accompagné d'un thé car lire c'est certes bien mais avec confort et gourmandise c'est juste parfait.

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