Critique Black Torch 1

On ne peut pas dire qu’entre Ki-Oon et moi ce soit le grand Amour. Je ne critique pas leur travail mais leur catalogue qui – et c’est assez extraordinaire - est trop rarement en alignement avec mes goûts. J’ai même fini par abandonner leurs rares séries des tout débuts encore en cours... Malgré cet apparent blocage, je n’ai jamais perdu espoir de voir un jour sortir une licence qui me réintégrerait à leur lectorat. J’ai cru ce moment arriver en 2016 avec Kasane, mais non. Il aura fallu attendre 2018 et Black Torch ! Et pourtant, v’là le titre générique…


… vendu comme une histoire de ninjas, en plus ! Après la déception Naruto, encore toute fraîche et ancrée à jamais dans mon subconscient, autant dire que la frilosité était là, même si l’accroche de l’éditeur insiste bien sur l’angle contemporain de cette revisite thématique offerte par Tsuyoshi Takaki. Alors pourquoi ? Parce que le crayonné est absolument remarquable, de un, mais aussi et surtout parce que l’un des personnages principaux est un chat noir ! Badass qui plus est, et pas vraiment un chat, mais j’y arrive.


Black Torch nous introduit à Jiro Azuma, descendant d’une lignée respectée de shinobis, dont les célèbres et redoutés accomplissements font davantage parti du folklore et de l’histoire que de la réalité du Japon d’aujourd’hui. Cela n’aura cependant pas découragé le grand-père du jeune homme, qui décida de l’élever dans l’esprit des traditions et tenter par surcroît de lui apprendre les techniques transmises depuis plusieurs générations.


Dans la bonne tradition des shonens néanmoins, notre héros n’en reste pas moins peu enclin à croire que cette culture ninja ait pu survivre à la société moderne, préférant plutôt abuser de son éducation pour devenir un bagarreur, du genre aguerri au grand cœur.


Mais Jiro se démarque également grâce à un curieux don hors du commun, un don qui lui permet de parler aux animaux. C’est d’ailleurs grâce à cela qu’il trouvera sur sa route Rago, un mystérieux chat noir, extrêmement vif, capable d’être aussi mignon, drôle et caustique que féroce et calculateur et dont il émane une aura puissante ne pouvant appartenir qu'à un être au passé long et tumultueux. De fil en aiguille, nous plongeons, tête la première, dans cet univers dans lequel existe les Mononoke ! Esprits ou démons, personne ne peut le dire avec certitude mais ces créatures aux capacités incommensurables peuvent prendre n’importe quelle apparence et se fondre dans la masse pour atteindre leurs objectifs. Rago est leur cible et les humains sont leurs ennemis jurés !


C’est ainsi que l’histoire de Black Torch débute, que les destins de Jiro et Rago s’entremêlent pour ne faire qu’un et que le lecteur est transporté l’air de rien au milieu d’un conflit inévitable opposant les Mononoke aux descendants des Onmitsu, des ninjas à la solde du Shogun, maintenant rassemblés au sein d’une unité d’élite du Gouvernement qui, elle aussi, en aurait après Rago !


Au passage, notons la très bonne idée de maintenir deux camps parfaitement identifiables avec au centre – au moins pour le moment – cette 3ème entité que forment Jiro et Rago et forcée par le destin. Mine de rien, cela nous permet d’échapper au manichéisme le plus primaire.


Parmi les Onmitsu, nous retiendrons facilement les interventions d’Ichika Kishimojin et de son supérieur Ryosuke Shiba qui, en dépit de personnalités encore assez peu travaillées et relativement conventionnelles, font le nécessaire pour s’imposer ! Aucun reproche de ma part, car en 3 chapitres seulement, l’auteur coche déjà énormément de cases et, mieux encore, le fait avec une aisance et une fluidité irréprochable, mêlant ce qu’il faut d’explications - distillées avec intelligence et un savoir-faire narratif évident – avec une bonne dose d’action pour nous en mettre plein les mirettes.


Cela me permet d’aborder sans transition le dessin de Tsuyoshi Takaki. Qu’est-ce que c’est beau. C’est fin, détaillé, avec une réalisation occasionnellement crayonnée du plus bel effet, parfaitement découpé pour un rendu nerveux et dynamique et merveilleusement bien adapté à la construction narrative des premiers chapitres. La patte graphique de l’auteur apporte, sans conteste, une plus-value dans l’appréciation de l’œuvre, sublime les personnages (dont ce cher Rago) et le chara-design souligne dores et déjà un énorme potentiel pour la suite. Que dire sinon du talent de l’auteur lorsque celui-ci nous fait grâce d’une double page ou s’atèle à une scène « choc » ? Le rendu est tout bonnement excellent. La puissance du dessin transpire des pages. On est bluffé. Non non, vraiment, j’aime beaucoup.


Pour finir sur un détail, j’ai envie d’appuyer mon appréciation pour cette très légère influence sentai, qui permet aux Onmitsu des temps modernes de revêtir instantanément leur tenue de combat. Ces petites joies de la technologie ajoutent encore un peu plus de classe aux protagonistes et aux scènes de combat, pour mon plus grand plaisir.


Pour une introduction, pas de doute possible, celle de Black Torch se montre plus que convaincante et est un bel exemple de ce qui se fait de plus pêchu en la matière.  Le contexte est clairement posé, la trame principale se met en place à bon rythme, les principaux acteurs du conflit sont efficacement introduits et les éléments caractéristiques du shonen d’action sont non seulement maîtrisés mais rafraîchis ! Bien sûr, on y trouvera bien quelques légers défauts recyclés en cherchant bien, comme par exemple le rapport conflictuel entre Jiro et Ichika, mais rien de réellement gênant.


Quant à l’atmosphère, celle-ci reste essentiellement sérieuse d’un bout à l’autre sans pour autant devenir pesante. L’auteur sait s’appuyer sur ses dialogues et son crayon pour véhiculer quelques instants de légèreté au milieu de sa trame, sans la dénaturer.

8
Bref, je suis très optimiste pour la suite et énormément séduit par ce que je viens de voir. L’univers de cet auteur a tout pour me plaire et j’attends avec impatience son 2nd opus pour voir ce que celui-ci a en réserve. Courez acheter ce tome 1 en attendant et bonne lecture à tous ! COUP DE CŒUR !!
  • Un duo de choc, Rago le chat noir en tête !
  • Une introduction claire, fluide, dynamique et immersive
  • Un art graphique séduisant
  • Une belle appropriation des codes classiques du shonen
  • Le tempérament (désagréable) déjà vu de l’unique personnage féminin
  • Absence d’introduction/teasing d’un Mononoke ennemi charismatique

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par Charlie One

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2 commentaires

Avatar de Fire Psycho

Rien à ajouter de plus. La critique décrit exactement ce que j'ai ressenti en lisant ce premier volume.
Les shonen se font rares en ce moment dans ma mangathèque et je dois dire que l'arrivée de celui-ci fait plaisir.
C'est vraiment le dessin qui m'a poussé à l'achat. L'étiquette "nouveau Bleach" m'a fait peur et comme ç'a été dit, le titre n'était pas fait pour peser dans la balance.

Avatar de Ecthelion

j'ai beaucoup aimé moi aussi à voir ce que cela donnera sur le long terme , cependant je trouve dommage que l'edition soit dans un format si petit ( mm si elle est de qualité ) j'ai eut le malheur d'acheter Tokyo ghoul en m temps ( format classique donc ) et à coté black torch fait vraiment ridiculement petit ...