Critique Manga Couteau et Piment Vert #1

8
Couteau et Piment Vert

par Tampopo24 le mer. 26 juin 2024 Staff

Romance gastronomique

Parfois je lis des séries avec concepts trop saugrenus, comme hier,
et ça ne fonctionne pas. Et parfois, le concept a l’air banal : une
jeune femme de 34 ans obligée d’épouser un garçon de 15 ans plus jeune
pour sauver le restaurant familial, et étrangement ça fonctionne. Il
faut dire que ma sensibilité et celle du catalogue du Lézard noir sont
de plus en plus proches ces dernières années.

Issue d’un magasine japonais que j’adore, le Kiss (Nodame Cantabile, Princess Jellyfish), cette
nouvelle saga compte déjà plus de 11 tomes au Japon, preuve de son
succès et du talent de son autrice, qui exerce depuis près de 20 ans au
Japon mais que nous découvrons tout juste. Un drama existe également,
c’est dire. Dans la veine de ces titres adultes qui arrivent chez nous
en ce moment comme Blue Flowers ou L’amour est dans le thé, Yuki Isoya nous invite à suivre sa comédie romantique, mais dans un cadre plus historique et gastronomique. On aime.

D’entrée j’ai été conquise par ce cadre.
L’autrice rend très bien le début de ces années d’après guerre au Japon,
tandis que le pays est encore occupé par les Américains et qu’il tente
un nouveau virage vers la modernité sans trop savoir quoi faire de ses
traditions. Le couple que nous allons suivre incarne à merveille cet
entre-deux avec une héritière des anciennes traditions qui pratique une
cuisine entre traditions japonaises et modernité occidentales, et un
époux, jeune étudiant, qui veut faire évoluer le vieux restaurant de sa
famille par alliance. Que ce soit au nouveau des mentalités, du propos
général ou bien sûr du cadre historique relevé dans les décors et
tenues, l’autrice s’attache à être crédible et y parvient parfaitement !

Je me suis ainsi d’emblée sentie immergée
dans ce monde-là aux côtés d’Ichika, notre héroïne de 34 ans, chef de
partie dans un restaurant européen, obligée d’épouser Amané, de 15 ans
son cadet, pour sauver le restaurant de sa famille de la ruine.
L’attachement de celle-ci à sa famille, son entre-deux avec sa propre
passion et ses propres désirs, son côté à la fois moderne et
traditionnel, les promesses de relations complexes entre elle et son
époux de circonstance, tout ça, j’ai adoré. Je ne saurais expliquer mais
cette maturité, cette profondeur, m’ont parlé. J’ai trouvé les jeux de
nuances de l’autrice très intéressant, surtout sur des personnages
présentés comme l’archétype de la bonne épouse et du bon fils de famille
un peu arriviste. Il se passe quelque chose ici.

Il y a même un ton un peu grinçant, je
trouve, dans cette critique du Japon d’après-guerre. On nous montre des
Japonais qui pour certains sont trop pressés de complaire à l’occupant
Américain, tandis que d’autres sont trop accrochés à leur passé et ne
voient pas qu’il est temps d’évoluer. On nous montre aussi des familles
prêtes à tout pour perdurer et garder leur prestige, que ce soit celle
d’Ichika, qui vend sa fille pour son restaurant, ou celle d’Amané qui
fait de même pour sa propre richesse et ses intérêts. Mais ce qui est
intéressant, c’est que nous ne sommes pas face à des personnages lisses
pour autant. Ichika n’abandonne pas son travail au contraire et elle
cherche à convaincre son époux d’un entre-deux. Amané lui tente à sa
façon de la convaincre de changer peu à peu le restaurant familial mais
ne le fait pas pour sa famille à lui mais dans son intérêt à elle, j’ai
l’impression. Et bien sûr, leurs frère et soeur, n’ont pas hésité à
résister à leurs familles pour voler de leurs propres ailes, se
révoltant contre l’ordre traditionnel. Chapeau !

On sent ainsi une autrice vraiment
investie, par son histoire, son cadre historique, son propos, ses
personnages. Elle propose des dessins qui sont dans cette veine josei
mature mais pas smut que j’affectionne, avec une certaine sobriété du
trait, associée ici avec une richesse des décors, ce qui est la marque
du josei des années 2020, je trouve. Ils nous offrent vraiment un beau
tableau de ces lieux à l’époque choisie. J’ai beaucoup aimé. Et en
prime, nous avons droit à de succulents moments de cuisine de la part
d’Ichika qui me rappellent furieusement ceux du Chef de Nobunaga que
j’affectionne particulièrement. C’est beau et appétissant, avec des
recettes disponibles si on veut tester à notre tour. Que demander de
plus !

En bref

Tandis que la com’ de l’éditeur fut assez discrète, je me retrouve face à l’une des nouveautés que j’ai préférée cette année grâce à cette veine de comédie romantique mature avec ici un zeste de critique sociétale passée, grâce au cadre historique des années 50. Relation de couple, de famille, bons petits plats, morale, tout y est pour me séduire sous le trait riche en détail et le ton grinçant de Yuki Isoya. Heureusement que le tome 2 est sorti en même temps, je vais pouvoir y retourner de suite comme ça !

8
Couteau et Piment Vert
Positif

Un josei fin et critique

Un beau cadre historique peu vu

Des petits plats et de la gastronomie appétissants

Un couple inattendu

Romance et critique sociétale

De beaux dessins josei sobres et détaillés

Negatif

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