Critique Manga Les saisons d'Ohgishima #1

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Les saisons d'Ohgishima

par Tampopo24 le lun. 28 nov. 2022 Staff

Nagasaki temps 3

Voici Kan Takahama de retour pour l'une de ses histoires douces-amères qu'on lui connait si bien. Entre le douloureux Dernier envol du papillon et l'émouvant Lanterne de Nyx, place à la série qui fera le lien entre ces deux époques.

Depuis que je l'ai découverte avec La Lanterne de Nyx et surtout que j'ai entendu l'une de ses interviews, l'autrice m'intéresse énormément. Elle a une sensibilité à la fois moderne et traditionnelle en ce qui concerne l'Histoire de son pays que j'adore la façon dont elle transmet cela dans ses propres histoires. Celles-ci tournent toujours autour des transformations du Japon, de la société japonaise et des femmes.

Dans Les saisons d'Ohgishima, elle nous propose de suivre l'évolution de la jeune Tamao, apprentie appelée à devenir à son tour courtisane si elle a de la chance, simple prostituée plus probablement. Avec elle, nous allons assister au fil des saisons aux transformations de son statut mais aussi à celles des gens qui l'entourent et de sa ville, Nagasaki, à l'époque charnière de la fin de l'ère Edo. 

Comme dans ses précédentes histoires, l'autrice marie à merveille petite et grande histoire, avec en prime le plaisir de retrouver les personnages croisés précédemment dont on découvre soit le passé (Momo, Ganji, Victor, "Mademoiselle"), soit le devenir (Tamao, Kicho...). On se retrouve ainsi avec un mélange singulier au rythme lent et bizarrement émouvant, où noter jeune héroïne assiste en témoin au temps qui passe pour les autres tandis que le sien semble figé. 

A travers cette parabole, c'est le devenir des jeunes filles pauvres que l'autrice pointe et c'est assez dramatique comme on nous le fait remarquer. Ces jeunes filles, parce qu'elles sont nées du mauvais côté de la fille, se retrouve embringuées dès leur plus jeune âge dans un circuit qui les conduira à la prostitution. C'est terrifiant. Pour autant, l'autrice a fait le choix de ne pas en faire une raison pour que ce soit larmoyant. Son héroïne, Tamao, comme ses précédentes, est pleine de courage, de joie de vivre et lutte pour tirer de sa vie le meilleur parti possible.

Dans cet esprit, nous allons également suivre les jeunes Momo et Victor dans leur désir d'évasion et de modernité pour se défaire d'un modèle patriarcal dépassé, ainsi que Ganji, qui est la gentillesse même, et qui va, lui, tenter de garder la tête hors de l'eau et de ne pas succomber. L'autrice fait ainsi plaisir aux lecteurs, assez nombreux, de sa série à succès La Lanterne de Nyx, mais elle s'éloigne parfois par trop de sa nouvelle héroïne, la rendant presque anecdotique, ce que j'ai trouvé dommage.

Kan Takahama semble, en effet, avoir de nombreux sujets de préoccupation ici. Elle souhaite parler de la vie des prostituées et de leurs apprenties, ce qu'elle fait avec beaucoup de mélancolie. Elle évoque également le statut des métis et des étrangers, comme Momo, tout comme celui des chrétiens, qu'ils soient étrangers ou japonais, dans les deux cas, ils sont pourchassés. Puis elle met en lumière la période trouble que ces années-là sont, avec l'agitation qui couve à tous les coins de rue et la nature qui s'en mêle comme lors de l'inondation qu'elle met en scène et qui a vraiment eu lieu en 1867 à Nagazaki.

Tout cela sous son trait toujours aussi reconnaissable qui me séduit car il a une vraie patte et confère une ambiance éthérée et mélancolique assez particulière à son oeuvre alors que celle-ci se veut réaliste dans sa mise en forme. J'adore ce mélange de bouille ronde à l'européenne et de la précision des décors et tenues japonaises. C'est très singulier.

En bref

Oeuvre faisant le trait d'union entre deux autres titres majeurs de l'autrice, Les saisons d'Ohgishima se présente comme l'ultime volet de la trilogie de Nagasaki de Kan Takahama. On y retrouve donc les thèmes chers à la mangaka, traités toujours avec la même sensibilité. Il faut juste qu'elle essaie de ne pas trop se disperser dans tout ce qu'elle souhaite raconter.

8
Les saisons d'Ohgishima
Positif

Une saga qui comble les blancs d'une plus vaste histoire

Le récit d'un pays sur le point de basculer

La dénonciation de la vie des prostituée

Des personnages malgré tout courageux et engageants

Un dessin qui a une patte

Negatif

Une histoire qui dévie du sujet originel au bout d'un moment

Une héroïne un peu trop effacée

Du fan service

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