Critique Manga Hiraeth, la fin du voyage #1

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Hiraeth, la fin du voyage

par Tampopo24 le dim. 2 oct. 2022 Staff

Les sept étapes du deuil

Chaque sortie d'un titre de Yuhki Kamatani chez Akata est en train de devenir un petit événement pour moi, cette autrice ayant "le truc" pour me faire craquer, que ce soit avec l'émouvant Eclat(s) d'âme ou le beau et poétique Nos c(h)oeurs évanescents. Premier titre sans parenthèses de l'autrice, Hiraeth m'a fait vivre une expérience où justement je ne veux rien mettre entre parenthèses.

Depuis ses débuts, je trouve que l'autrice a vraiment son univers, son style graphique, sa narration et ses thèmes et ici, tout y est. On a sa patte graphique poétique virevoltante qui émeut indéniablement. On a sa narration éclatée qui nous emporte dans un voyage intime décoiffant et touchant. On a ses thèmes poignants et un brin sombres qui viennent nous bousculer. Je suis fan.

Nos c(h)oeurs évanescents, son précédent titre, avait eu un démarrage un peu timide à mon goût et m'avait souvent laissé sur ma faim avec un sentiment d'improvisation. Hiraeth, lui, m'a embarquée dès les premières pages avec ses tonalités étranges où se mélangent folklore divin japonais et angoisse poignante face à la perte d'un être cher. Ce fut saisissant.

J'aime les thèmes sombres et intimes. J'ai été servie ici avec Mika, notre héroïne, qui ne supportant pas la disparition de sa meilleure amie souhaite se suicider pour la rejoindre, mais elle est sauvée in-extremis par un dieu passant par là. Celui-ci en accompagne un autre, sur le point de mourir, qui entreprend son dernier voyage. Voyant dans ce duo un chemin à emprunter pour peut-être se rapprocher de celle qu'elle recherche, Mika décide de les suivre dans leurs drôle de voyage. Ainsi né un surprenant trio !

Il y a du Akie Irie et du John Tarachine dans cette aventure, cela m'a frappée direct ! En effet, Yuhki Kamatani emprunte le côté loufoque et désinvolte de la première, pour l'étrange trio qu'elle met en scène, en particulier Hibino qui a le look typique de l'un de ses héros, mais également le côté plus intime et âpre du second qu'on avait découvert dans Goodnight I Love you et qui devrait prochainement revenir chez nous. Cela sort de l'ordinaire mais j'ai aimé ce mélange. J'ai été totalement emportée par la détresse poignante de l'héroïne dans sa difficulté, son impossibilité même à faire son deuil. J'ai trouvé émouvant qu'elle en repousser les limites de l'entendable dans sa tentative de suicide et encore plus dans ce voyage qu'elle entreprend avec des inconnus qui viennent bouleverser son monde.

Tout est fait pour que cette étrangeté nous semble naturelle. Le folklore de nos divinités nous est conté par le menu et parfaitement intégré dans l'époque actuelle où vit Mika, donnant un côté très spirituel au titre, très bouddhique. Tout est alors occasion de rencontre, de croisements de monde pour mieux nous conter cette difficulté de chacun face au thème de la mort que ce soit pour appréhender la sienne ou celle des autres, l'accepter ou sombre. Nous sommes les spectateurs muets et consentants de ce drame auquel on ne peut qu'assister et c'est poignant. Pour autant, l'autrice ne tombe pas dans le mélo. Elle tient un superbe équilibre entre humour, réflexion pertinente sur ce sujet douloureux, spiritualité et humour. C'est un très bel exercice !

En plus, elle met cela en scène avec maestria, nous offrant encore des compositions d'une poésie rare grâce à ces métaphores virevoltantes qu'elle maîtrise parfaitement désormais. J'ai particulièrement aimé la symbolique des liserons, plante qui semble sans cesse s'agripper à notre héroïne passionnée d'athlétisme, la clouant au sol et l'empêtrant dans ses sentiments, elle qui ne parvient pas à gérer son deuil. C'est une image forte. Elle excelle aussi avec tout ce qui touche à la spiritualité japonaise, nous offrant des images de temples et divinités sublimes, totalement dépaysantes pour nous, et comportant une grande douceur. C'est sublime et très onirique ! Les motifs du parapluie et de la volute de fumée qui reviennent régulièrement emportent le lecteur, lui aussi soufflé avec eux. Que de magie entre ces doigts ! Et pourtant quand il s'agit d'exprimer une émotion aussi terre à terre que la peine et la souffrance, elle est là aussi pour ravager notre coeur, offrant des pages particulièrement impactantes ! J'ai été très touchée.

En bref

Alors que j'avais peut-être une petite pointe de scepticisme en commençant cette lecture, sachant qu'elle allait être belle mais craignant qu'elle soit encore en-dessous d'Eclat(s) d'âme, chef d'oeuvre de l'autrice, je me retrouve avec un début fort prometteur. Le mélange de folklore, de fantastique, de spiritualité et de sentiments très humains qui parcourent ce titre, entre émotion et humour, fut totalement ravageur. L'autrice a su proposer une oeuvre me rappelant de très belles références, le tout dans ce trait si singulier qui lui est propre dont la poésie âpre et intime m'émeut à chaque fois. C'est une très belle réussite qui frôle le coup de coeur !

8
Hiraeth, la fin du voyage
Positif

Retrouver la plume onirique de Yuhki Kamatani

Un thème difficile traité avec sensibilité

Un univers enchanteur avec cet apport du fantastique

Un voyage qui s'annonce plein d'émotion

Le très beau personnage de Mika qui pleure encore sa meilleure amie

Un dessin virevoltant envoûtant rappelant celui d'Akie Irie

Negatif

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