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Mars red

par MassLunar le jeu. 28 oct. 2021 Staff

Les vampires de Taishô ... entre mélancolie et mollesse.

Mars Red est une adaptation manga d'une pièce de théâtre éponyme écrite par le dramaturge Bun-O Fujisawa. C'est un type de théâtre assez particulier inédit en France, un théâtre-récit composé de lectures épiques en guise d' interprétations directes, le tout accompagné par un orchestre omniprésent.  Bun-O Fujisawa est notamment le fondateur du Voicarion qui illustre ce style de théâtre et dont quelques extraits sont disponibles sur youtube. C''est assez particulier et cela détonne avec les formes théâtrales que nous avons l'habitude de connaître. C'est de la lecture théâtrale tout en force.

Cependant, le pédigrée de Mars Red est juste une petite parenthèse curieuse qui n'a aucun impact sur l'adaptation manga. Pas besoin d'aller au Japon pour voir la pièce originale avant de lire cette courte série en trois tomes dont ce premier volume s'avère... malheureusement trop tiède dans son approche.

Au dessin, une mangaka du nom de Kemuri Karakara réalise un joli travail , un peu lisse mais soigné qui fait bien ressortir l'humanité qui se dégage de ce petit groupe de soldats-vampires choisis pour chasser d'autres vampires hors de contrôle dans cette cité de Tokyo en pleine ère Taishô. Le cadre est bien posé avec une petite sélection de plans larges sur cette ville en pleine mutation et ce malgré un léger sentiment de vide qui accompagne parfois ce volume. 

Il ne faut pas oublier le visuel éditorial  ultra-écarlate de Panini qui a décidé de garder l'esthétique de l'édition original avec un choix de couleurs rouge-sang histoire de bien démarquer ce titre même si la première de couverture pèche un petit peu en terme de visibilité.

Visuellement Mars Red est intéressant mais on constate vite que l'intrigue et la narration ont du mal à suivre. Après une introduction qui s'ouvre sur la destruction d'un vaste théâtre en plein cœur de Tokyo, on bascule dans un flash-back qui nous fait suivre une jeune journaliste enquêtant sur une série de meurtres assez sauvages. La police ne fait pas grand chose pour résoudre ces tueries qu'elle considère comme les actes d'un chien enragé. Bien sûr, il n'en est rien. Par le plus incroyable des hasards, notre jolie journaliste tombe sur des traces de sang qui l'amène dans une sinistre embuscade orchestrée par des vampires sauvages. . Heureusement pour elle, un groupe de vampires militaires et disciplinés vient la sauver des furieux mordus  sauvages et l'intrigue bascule alors sur le point de l'un de ces vampires, Shûtaro qui est aussi l'ancien petit ami mort au combat de notre journaliste... Un nouveau flash-back nous raconte comment Shûtaro a rejoint cette unité de vampires-soldats appelé l'Unité Zéro. 

Un peu faiblard en terme d'actions, Mars Red revisite cependant la figure du vampire dans une période historique assez charnière de l'histoire du Japon avec l'ère Taishô qui se déroule au début du XX eme siècle et en faisant de certains vampires des soldats lambda en service secret pour le compte de l'armée de terre. Le cadre est bien exploité et nous sommes plutôt touchés par la figure de certains de ses vampires qui sont considérés comme des soldats morts au combat pour leur proches. C'est le cas de Shutarô et de Yamagami, un autre soldat du groupe qui demeurent encore rattachés à leurs famille. Dans Mars Red, les vampires ne sont pas des êtres transcendants. Leur nature est encore diluée dans une certaine humanité ce qui apporte une certaine tristesse à ce titre qui comble son manque d'actions par quelques douces émotions.

Malgré ce parti pris intéressant, ce premier volume de cette adaptation souffre de certaines faiblesses quand au développement de son intrigue qui manque d'enthousiasme et d'intensité. Les quelques confrontations face aux vampires antagonistes tombent à plat et le déroulement du récit qui s'ouvre directement sur un flash-back manque d'efficacité. Le titre aurait peut-être gagné en force si il s'était focalisé dès le départ sur l'unité zéro plutôt que de jouer la carte de flash-backs qui déboussolent et freine le rythme.

Personnellement, je reste quand même sur une note positive par rapport à ce titre. D'une part parce que le dessin de Karakakemuri est assez fin avec un environnement immersif, un chara-design élégant entre le style militaire, les traits tout en douceurs de certains personnages, une petite pointe horrifique et d'autre part par le ton du manga qui privilégie la figure du vampire dans un registre davantage dramatique plutôt que dans la vision un peu classique de l'horreur fantastique. Il n'y a qu'à voir le passage entre Yamagami et sa femme pour le constater. 

L'affaire est donc à suivre pour ce Mars Rouge qui, bien qu'un peu pâle au niveau de sa narration et de son accroche, peut aussi promettre une mini-série fantastico-horrifique intéressante pour son parti pris historique et psychologique.  

En bref

Ce volume 1 de Mars Red est trop introductif pour convaincre totalement. Les enjeux de l'intrigue sont balbutiantes avec une chronologie mal emmenée qui prive ce titre d'une certaine force. Toutefois, le parti pris de revisiter la figure du vampire dans une époque bien précise et à travers des personnages qui, malgré leur nature, demeurent humains possède quelque chose de suffisamment attrayant pour qu'on puisse espérer une petite série sympathique portée par un certain sens de la mélancolie.

7
Mars red
Positif

La figure mélancolique du vampire bien située dans une époque précise et dans une vision militaire

Un style graphique tout en harmonie avec la mélancolie de ce titre

Negatif

Un déroulement narratif qui introduit maladroitement l'intrigue

Un peu vide en terme d'action

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