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TezuComi

par Auray le mar. 23 mars 2021 Staff

Un hommage pour le Dieu du manga

Entrée en matière

Tous ceux qui se sont approchés de près ou de loin au monde du manga ont entendu parler du « Dieu du manga », Osamu Tezuka. Les Éditions Delcourt/Tonkam ont réédité pour son quatre-vingt-dizième anniversaire, certaines de ces œuvres cultes comme l'histoire des 3 Adolf, Barbara, Ayako, la vie de Bouddha, ou encore, plus récemment, le fameux Dororo.

Au Japon, Tezucomi a été publié dans dix-huit numéros mensuels dans Micro Magazine. En France, nous aurons le droits à cet hommage dans trois gros mangas par les plus grands auteurs et illustrateurs internationaux. Certains noms font littéralement bavés, mais avant tout, il faut faire attention à une chose, c'est-à-dire que nos sensibilités ne sont pas les mêmes.

Certains attendront plus la relecture du Roi Léo ou Astro Boy, comme votre cher rédacteur, d'autres se tourneront vers des titres plus inédits afin de combler un manque. Ce recueil peut tout aussi bien servir de tremplin vers les œuvres de Tezuka ou des artistes du monde entier, qui lui rendent ici hommage.

Il faut aussi noter que chaque récit a son lot d'interviews ou bien, une description du petit monde laissé en héritage par ce grand maître. Ce qui est sûr, c'est que Tezucomi ne vous laissera pas indifférent.

Les têtes d'affiche

Nous avons deux récits phares d'entrée de jeu qui se termineront plus tard en librairie, très prochainement. Ces deux séries feront chacune trois volumes. Le côté « extrait » ne m'a pas dérangé pour plusieurs raisons. Quand on voit la grosseur du bouquin, on se dit que vraiment, on se moque pas du monde au niveau rapport qualité-prix tout à fait honnête. De plus, lire auparavant avant d'acheter est une offre qui ne peut se refuser, au moins, vous serez sûr de votre coup. Enfin, les deux séries sont vraiment qualitatives, chacune dans leurs genres, les avoir en grand format peut-être limite considéré comme un format de luxe quand on voit les illustrations.

Search and destroy est d'Atsuki Kaneko, auteur qui a eu de nombreux prix internationaux. Je ne le connaissais pas, et franchement on en a envie à travers la présentation de ses deux premiers chapitres. Son Dororo a une identité graphique incroyable ! L'ambiance y rappelle ce qui se fait de meilleur. Vous aimez les récits post-apocalyptiques, ou, Gunnm d'Yukito Kishiro ? Ce récit va donc vous frapper en plein cœur !

Les deux chapitres suivants sont inspirés d'Ayako. Ici, le style ressemble à s'y méprendre à celui du papa d'I''S, Masakasu Katsura. Mais on a une ambiance digne des séries à suspense américain avec ce fils revenu au pays et découvrant donc, les uns derrière les autres, les secrets de famille les plus enfouis. Est-il là pour remettre de l'ordre ou pour faire tomber son père de son piédestal ? Une modernisation de ce mythe plutôt de bonne facture !

Une autre destination

Peut-être est-ce ma bonne lecture d'avant qui m'a donné ce goût d'inachevé, ou alors parce qu'il m'a manqué la lecture auparavant de Prime Rose en français... Pour autant, j'en voulais un peu plus de cet eden enchaîné de Souichiro. C'est loin d'être mauvais, attention, mais le format court n'est pas donné à tout le monde, et ici je pense que deux chapitres auraient été parfaits. Mais franchement, rien de grave, car il permet de lire une partie méconnue du travail du sensei.

C'est comme ce qui suit, je pense qu'il touchera certainement d'autres personnes que moi, mais pour ma part, je ne me suis pas retrouvé dans ce Barbara remixé par Ishida Atsuko. D'ailleurs, ça m'a surpris, il n'a pas sa biographie ou son interview. C'est dommage si l'artiste n'a pas eu le temps, car il intéressera certainement un public plus féminin.

On attaque le noyau dur

Toute la suite est des plus réjouissantes, car c'est le Monsieur Disney du Brésil, Mauricio de Sousa Produções qui nous livre un véritable petit bijou à destination de celui qui a été son ami autrefois. Sa Princesse Saphir est celui qui m'a le plus touché, car déjà, on retrouve ce dessin léger et universel des œuvres d'Osamu. Sa Princesse Saphir marche du tonnerre dans sa narration, et les cases sont vraiment dignes des plus grands.

En plus, plusieurs personnages comme Black jack, le Professeur Ochanomizu, le Docteur Tenma et bien d'autres encore se cachent dans le décor. Et que dire quand on revoit le maître lui-même venant au chevet de son altesse ? On ne peut que vibrer quand on lit cela, et ça ne pouvait être qu'un artiste digne de lui qui pouvait lui rendre ce plus bel hommage au nom de leur rencontre, et de leur amour commun pour le neuvième art. Franchement, ce récit vaut à lui tout seul cet achat.

On en veut encore !

Jean-david Morvan (Sillage) a su capter l'essentiel de Midnight, un de mes personnage favoris du petit monde de Tezuka. Comme Black Jack, c'est un homme complexe, au passé trouble, qui est tout le temps dans la rédemption. Effectivement, il fait le taxi la nuit pour payer les frais engendré par la santé déclinante de son amie, accidenté de voiture... ici, par sa faute ! C'est un récit construit avec brio sur le thème des phases du deuil d'Elizabeth Kübler-Ross. On est touché de plein fouet par le caractère universel du récit, et n'est-ce pas ce qui ressemble le plus aux travaux en général du grand mangaka ?

Qui dit Midnight, dit Black jack, et justement, c'est ce dernier qui vient après de manière pertinente pour une histoire sur des dialogues signés Elsa Brants et surtout les dessins de Bertrand Gatignol (les Ogres-Dieux). Un artiste aux traits rappelant le meilleur de l'animation, et son expérience dans le domaine se ressent à chaque page. Il a su mener tambour battant un chapitre qui n'a pas du tout à rougir par rapport à l'oeuvre originale, et c'est vraiment énorme !

Le regard de Pandora est tout aussi jouissif. Il est cette fois inspiré d'MW qui est aussi ressorti en librairie en format deluxe il y a peu chez l'éditeur. L'artiste espagnol a créé la bande dessinée Polar, adaptée dernièrement sur Netflix, avec les acteurs Mads Mikkelsen et Vanessa Hudgens. La patte graphique va dans ce sens, et le scénario peut même rappeler un épisode de Dexter et d'Outcast. J'ai beaucoup aimé cette adaptation qui a su s'inspirer de l'expérience de l'auteur pour créer quelque chose de nouveau, et très personnel.

Le retour du roi

Je l'attendais de pied ferme et le voilà mon Roi Léo. Toute mon enfance, et franchement, j'ai beau relire je ne sais combien de fois ma version de Glénat que je possède, je pleure à chaque fois. Cette histoire familiale et écologique n'a pas vieilli, à part, peut-être, dans le traitement des noirs africains. Mais bon, il faut remettre le contexte dans l'époque et là n'est pas le débat du jour..

Ici, intervient le français Reno Lemaire (Dreamland) et c'est un peu de lui ce petit bonhomme qui veut une photo du carnassier. Contrairement à d'autres, il avoue ne pas avoir une grande expérience dans le format court, et bien Monsieur, ça ne se voit pas, et je suis content de lire dans l'interview que cela va vous servir dans vos futurs travaux. Chapeau bas et merci !

Du Blacksad dans les 3 Adolf

Vous avez bien lu ce sous-titre, l'auteur du cultissime Blacksad, l'espagnol Juan Diaz Canales, a repris cette histoire indispensable dans le catalogue immense des mangas d'aujourd'hui. Sauf que lui, il parlera des 3 Richard, et forcément, qui dit Hiltler, dit Wagner, l'être à qui il a tant copié la gestuel en regardant des représentations à l'opéra plus jeune. Le repreneur de Corto Maltese nous montre encore une fois qu'il est un touche-à-tout avec un style que je ne lui connaissais pas. Il est incroyable !

Je vous ressers un petit Dororo pour finir ?

Un petit dernier pour la route ? C'est le couple d'auteurs de Sentaï School qui s'y colle, j'ai nommé, Florence Torta et Philippe Cardona. Il nous livre pas moins une véritable introduction à Dororo et à un de ses démons. Un travail que l'on découvre à la toute fin, et c'est vraiment encore une fois à lire tant l'amour pour l'oeuvre originale transparaît. Comme quoi, on peut avoir deux récits sur la même thématique, et livrer deux choses foncièrement différentes. C'est ça aussi la magie de Tezuka et le talent !

La conclusion de tout ça

On a de la chance de voir Tezucomi en France. Franchement, si vous aimez de près ou de loin la bande dessinée en général et quelques-unes des œuvres du « Dieu des mangas », vous pouvez sauter sur l'exemplaire disponible dès maintenant en librairie. Il rappelle la bonne époque du magazine de prépublication à la française comme Shonen Collection chez Pika, car il s'agit d'un véritable laboratoire d'expérimentation, sauf que là, c'est les plus grands scientifiques de ce monde qui s'y mettent ! J'espère de tout cœur que ça amènera d'autres récits inédits en France ou des rééditions qui manquent toujours à l'appel à l'heure où j'écris ces lignes...

En bref

« Un hommage particulièrement émouvant pour toutes les générations bercées (trop près des cases) par Tezuka ! »

9
TezuComi
Positif

Le prix, le format, le rapport qualité-prix honnête

Un mélange des genres qui forcément plaira à un moment ou un autre au lecteur

Tous ont un véritable amour pour le travail d'Osamu Tezuka, et ça se ressent !

Des grands du 9ème art comme Mauricio de Sousa Produções pour le Brésil ou Juan Diaz Canales pour l'Espagne

Les moins connus du grand public font aussi des prouesses

On approuve en général tous les choix artistiques

On y apprend beaucoup lors des interviews ou des biographies

Quelques couvertures inédites en fin de tome de toute beauté !

Du Tezuka on en a plus beaucoup, alors on prend !

Negatif

Peut-être que les biographies pourraient être écrites un peu plus gros à l'intention des plus vieux d'entre nous, mais, on est obligé d'économiser des pages pour ce format déjà très volumineux (plus de 400 pages!).

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