Critique Moriarty the Patriot 1

MORIARTY THE PATRIOT, nouveau titre paru chez Kana, apparaissait comme un joli clin d’œil à l’univers de SHERLOCK HOLMES, c’est d’ailleurs estampillé sur la couverture. Aussi, dans mon esprit orné des souvenirs de l’œuvre originale que j’affectionne beaucoup j’avais à la fois des aprioris et des attentes. L’espoir de lire pour une occasion rare le côté obscur de la force, voir en plein jour pour la première fois l’ennemi du grand détective en tant que personnage principal. Un pari en soi empli d’excitation que je dois hélas déclarer perdu après lecture du tome 1.


L’histoire commence sur le cri désespéré de MORIARTY qui s’en prend ouvertement à SHERLOCK tandis qu’il sombre dans un précipice. Je pense que l’auteur nous a rejoué à sa manière la fin DU DERNIER PROBLEME de Sir Conan Doyle quand le professeur meurt dans les chutes de Reichenbach. Une vision de la fin de ce manga ? je l’ignore puisque tout de suite après nous revenons des années en arrière quand Moriarty était un enfant qui ne s’appelait pas Moriarty mais JAMES. Une bonne idée qui fait rapidement flope. Orphelin surdoué, il accepte d’être adopté par les nobles Moriarty afin de sauver son jeune frère gravement malade. Sauf que, le cadre dû à l’époque et le contexte de l’histoire ne collent pas du tout avec les réactions des personnages. Je vous situe : nous sommes en Angleterre en 1866 quand la noblesse gouvernait encore et que les petites gens peinaient à voir les deux bouts. Nobles, anglais, gentleman ou plutôt guindés au possible… Ne pas faire scandale, préserver le paraître sans dire ouvertement le fond de sa pensée surtout lorsque l’on nait femme. Jouer la totale indifférence devant ceux qui les servent ou ceux qui n’appartiennent pas à leur monde, voilà en gros la manière d’être des nobles de l’époque… Oui et bien le scénariste ici –RYOSUKE TAKEUCHI- en fait peu cas et nous présente une noblesse complètement hystérique. La mère d’adoption de James n’est pas du tout crédible dans ses excès de rage à la limite de la folie, ni celle du père qui réfléchit comme un poisson rouge. Et encore moins celle du deuxième fils légitime WILLIAM qui a dû hériter des pires gènes de la famille sur plusieurs générations. Reste le fils aîné ALBERT, apparemment le plus sensé et le plus proche du bon comportement Anglais. A un détail près qu’il passe un contrat morbide avec ses deux frères d’adoption pour tirer le mauvais sang qui coule dans ses veines et user au mieux de la fortune familiale qu’il compte hériter au plus vite.


Bon, admettons. James tuant femme et enfant de sang froid, je n’y vois aucun inconvénient il est connu pour cela mais morbleu ne nous le présentez pas comme un héros. Car c’est de cela qu’il est question. En fait, ce titre c’est « Moriarty enfant est un ange qui aide son prochain sans rien réclamer en retour, et adulte un saint pour les opprimés qui rend justice en se salissant un peu les mains ». Une chaise électrique en somme qui s’est donné comme mission de renverser les riches pour aider les pauvres car tous les riches sont des coupables et les pauvres des innocents. Un peu facile vous ne trouvez pas ? Archi facile je dirais et un brin pathétique. Non seulement le mythe de Moriarty est balayé en une fraction de seconde mais on tombe dans le mauvais cliché des « riches contre les pauvres » et inversement. Un thème récurrent et très ennuyant.


Ainsi, on retrouve James officiellement devenu Moriarty des années plus tard avec sa cape de bon samaritain. Désormais âgé de 21 ans, jeune professeur dans une modeste faculté et vivant avec son frère d’adoption et son jeune frère de sang dans un manoir, il sautille gaiement sur les routes champêtres en fouille d’une nouvelle aventure, ou plutôt d’une âme à venger pour le meilleur et pour le pire. Bien que toujours pour le meilleur vu les « happy end » après chaque histoire.


Euh… oui… mais non. Définitivement non.


Je veux bien qu’on adapte à sa manière une œuvre connue du monde entier pour le plaisir de se faire plaisir, j’accepte qu’on ait sa propre vision des choses, ou mieux sa propre manière d’imaginer une autre histoire à la façon d’une fanfiction, mais je refuse qu’on change le caractère des personnages. Encore plus quand il s’agit du plus grand ennemi de Sherlock Holmes qu’on qualifiait comme le Napoléon du crime.


Le scénariste a dû se planter dans son casting car il nous présente un Moriarty certes intelligent (bien que pour l’instant je ne l’ai pas trouvé plus intelligent que la moyenne dans ses actes et décisions) mais mignon, gentil, prévenant, attentionné, soucieux de bien faire et d’aider ceux qui ne peuvent pas se défendre. En résumé, un homme tout ce qu’il y a de plus honorable en dépit des quelques taches de sang sur le revers de sa chemise. Il se bat pour la bonne cause. Personnellement, j’ai détesté cet aspect-là de l’histoire avant de ruminer ma déception. J’ai même eu l’impression de lire une contrefaçon de BLACK BUTLER ou plus ancien du COMTE CAIN. Particulièrement à la fin quand deux nouveaux personnages un peu excentriques débarquent de nulle part pour aider Moriarty dans son combat. C’est comme si le titre en lui-même n’était finalement qu’une excuse pour mettre en scène un noblion intelligent qui a pour passe-temps favori de réparer les injustices d’une Angleterre au 19ème siècle. Si la suite continue dans cette direction, on aura tôt fait de faire le tour et d’être lassé.


Sans oublier que la construction narrative n’a rien d’exceptionnel


Un chapitre = un opprimé pauvre = un noble coupable = Moriarty qui entre en action = une Happy Ending.


La lecture même manque parfois de fluidité. Des liants ont été omis et de ce fait on passe de A à Z sans cocher B ou C.


Quant au dessin qui est signé HIKARU MIYOSHI, il me laisse de marbre. C’est digne de tout ce qu’on voit actuellement : Une finesse dans les traits, une finesse dans les corps mais des visages arrondis qui se ressemblent… c’est joli à regarder mais ça manque d’âme. De ce petit quelque chose qui fait que je reconnaîtrais ce style entre tous. Je ne peux pas dire « j’aime » ou « j’aime pas », je ne ressens rien.


Vous l’aurez compris, ce premier tome au lieu de me convaincre et de m’éblouir visuellement, m’a donné envie de dormir pour rêver de l’univers de Sir Conan Doyle, le vrai. Celui où le blanc se confond avec le noir, celui où les personnages sont complexes et jamais lisses. Celui où Moriarty en un seul tome a su marquer l’esprit des lecteurs sur plusieurs générations. Dommage, y’avait mille fois mieux à faire. Surtout que pour le coup, on a un dessinateur d’un côté et un scénariste de l’autre. Peut-être que la suite surprendra, je l’espère. Je testerai, histoire de ne pas m’arrêter sur un seul tome mais il est bien évident que ma méfiance est dans le rouge.

5
Moriarty ou comment user d’un nom entré dans la légende pour attirer des lecteurs et les tromper assidûment. Pas de scénario tordu ou tortueux, pas de sombre histoire, pas d’anti-héros, ce premier tome n’est qu’une succession de condamnations en retard. Moriarty n’est pas un démon qui aurait vendu son âme au diable mais un superman du 19ème siècle. Soutenu par ses compagnons férus de justice, il tend la main à son prochain toujours pauvre et maltraité par des riches avant de faire retentir son marteau légèrement rougi de sang. Rien d’original, très décevant, ce premier tome ne fait pas honneur à l’univers de Sherlock Holmes. Fans s’abstenir.
  • Si on retire le nom de Moriarty et Sherlock, ça se laisse lire.
  • Moriarty est devenu un sauveur du bas peuple
  • Un scénario très simpliste et répétitif
  • Caricature des riches et des pauvres
  • Manque de crédit chez les Nobles
  • Aucune originalité.

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par KssioP

Continuellement l'esprit ouvert, je n'exclue aucun genre si ce n'est peut-être le genre guimauve ou Arlequin. J'aime cependant ce qui est différent, ce qui surprend. Rêveuse dans l'âme et aventurière chevronnée avec une manette en main, ma table de chevet se couvre de mangas, de romans, de cd's et d'une feuille de papier. Et bien souvent aussi d'un biscuit accompagné d'un thé car lire c'est certes bien mais avec confort et gourmandise c'est juste parfait.

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