Critique Emma 1

A côté de Soleil, un autre éditeur s'est attaqué au marché des adaptations de classiques de la littérature en manga : Nobi-Nobi !, que l'on a davantage l'habitude de trouver sur le créneau des ouvrages à destination d'un très jeune public. C'est ainsi que si « Orgueil et Préjugés » appartient au catalogue du premier, on retrouve « Emma » ainsi que « Raison et Sentiments », des mêmes auteurs, chez le second.


Si « Orgueil et Préjugés » avait su me séduire, on ne peut malheureusement pas en dire autant d'« Emma ». Pourtant, en théorie, la recette est toujours la même : satire sociale, humour subtil et quiproquos en tous genres dans le milieu de l'aristocratie anglaise. Hélas, un ingrédient vient ajouter un arrière-goût très désagréable à l'ensemble... Emma, l'héroïne.


Amour, gloire et beauté


Dès les premières cases, Emma s'avère totalement imbuvable. Passant le plus clair de son temps à mettre son nez dans les affaires des autres, y compris et surtout lorsqu'on ne lui a rien demandé, pourvue d'une confiance aveugle en son jugement pourtant loin d'être éclairé, elle est à ce point déterminée à faire le bonheur des autres qu'elle en oublie de prendre en compte leurs sentiments. Certes, Emma n'est pas méchante, reste que l'expression « l'enfer est pavé de bonnes intentions » semble avoir été inventée pour elle. Pendant trois-cent pages, il faut supporter la demoiselle et son obsession farfelue de caser les gens les uns avec les autres, se planter magistralement quitte à parfois sérieusement blesser ses amis... et recommencer deux minutes après, pensant ainsi réparer ses erreurs. Naturellement, elle ignore royalement les conseils de son ami Knightley pourtant bien plus lucide qu'elle, incapable de reconnaître pouvoir avoir tort. Un véritable aimant à baffes. On aimerait pouvoir éloigner l'innocente Harriet de cette chipie en puissance, malheureusement, on ne peut qu'assister au désastre... A partir de là, les péripéties du petit groupe d'amis apparaissent fort peu palpitantes, ternies par l'omniprésence et l'immaturité d'Emma. De toutes façons, on devine l'issue du récit dès le début de celui-ci...


Knightley et le lecteur, même galère




Côté adaptation, bien que n'ayant pas lu le roman d'origine, on sent que le manga tranche dans le vif. Résumer un pavé de 400 à 600 pages en moitié moins, dessins inclus oblige forcément à faire des sacrifices. Si Orgueil et Préjugés n'en souffrait pas trop, c'est davantage le cas ici : à plusieurs reprises, l'on a droit à une bonne grosse ellipse et à un résumé des évènements en quelques lignes. Le problème, c'est que ce qu'il se passe le reste du temps est souvent à peine plus intéressant... Si les chamailleries d'Emma avec Knightley sont souvent savoureuses, que la voir manipuler Harriet en pensant agir dans son intérêt ou tenter de percer les secrets de Jane au lieu de se mêler de ses fesses ont un intérêt scénaristique, le reste a parfois des allures de remplissage : Emma fait les yeux doux à Churchill, Emma prend en grippe la femme du vicaire (au moins aussi insupportable qu'elle), Emma rend visite à untel... Bref, Emma est une gosse de riche qui juge tout et tout le monde sans savoir grand-chose, c'est bon, on a compris. Impossible de dire si l’œuvre d'origine rendait tout ça plus digeste ou au contraire encore plus chiant, toujours est-il que le manga en lui-même manque un peu de rythme et carrément de saveur.


 


Visuellement, bien qu'« Emma » soit plus récent qu'« Orgueil et Préjugés », il est, étonnamment, beaucoup moins joli à regarder... On retrouve le trait très typé shôjo et un peu vieillot de Po Tse, mais cette fois-ci, contexte oblige, les tenues sont plus sobres, les décors moins présents... Si l'on retiendra la merveilleuse planche du portrait d'Harriet, ou la présence (quoique plus discrète) des contours plus épais, on s'arrêtera surtout sur l'étrange coiffure d'Emma.


 


Côté édition, Nobi-Nobi ! a lui aussi misé sur quelque chose de soigné, bien que d'une tout autre façon que Soleil : l'ouvrage, dénué de jaquette, possède une couverture semi-rigide un peu plus grande que les pages, identique à celle des beaux-livres et rehaussée de vernis sélectif ; ainsi qu'un marque-page en ruban. Et si l'on se félicitera que, contrairement à la concurrence, le sens de lecture original ait été conservé, on pestera plus d'une fois contre l'objet, certes joli, mais peu pratique à prendre en mains de par son manque de souplesse. Au moins, ici, il n'y a pas de coquilles...


 


Emma est donc, cette fois, une adaptation à réserver aux inconditionnels de l’œuvre d'origine, et encore. Pour ce qui est de donner envie aux néophytes en revanche, il s'agit plutôt de celle de fuir à toutes jambes.

4
Une histoire véritablement plombée par son héroïne: voilà ce qu'est Emma. L'ennui, c'est qu'à côté de ça, rien ne parvient à rattraper suffisamment le coup pour sauver le manga. Dommage.
  • Les échanges de piques entre Emma et Knightley
  • Reste le côté satire sociale
  • Emma, sa superficialité, son arrogance, son immaturité...

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par Pois0n

http://twitter.com/Svetlana_Mori Auteur de romance fantasy et paranormal romance. Photographe amateur, amoureux de musique hardstyle, gameur, dolleur, ayant vendu son âme à Domino's pizza.

Site/blog perso : http://svetlanamoriwritings.peyj.com/

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