Critique Chronos Ruler 1

La malédiction de Benjamin Button


Attention cette critique contient de gros spoilers (mais c'est pour vous donner envie ;) Rajeunir, ce serait chouette. Mais rajeunir jusqu’à redevenir un fœtus et retourner au néant peut-être pas. C’est ainsi que dans le monde fantastique de Chronos Ruler de l’auteur taiwanais Ponjea (ou Jea PON), les démons appelés des Horas volent le temps des êtres humains. Et c’est la jeune Xiaoxue qui en fait les frais pour la démonstration. En effet, par sa faute, son grand frère est mort en la sauvant d’un accident de voiture. C’est alors qu’une légende mystérieuse court en ville : si on fait un vœu à minuit au pied du clocher un soir de pleine lune, il serait possible de remonter le temps. Accablée de regrets, Xiaoxue attire donc un Horas qui veut profiter d’elle pour passer un pacte et lui aspirer son temps jusqu’à ce qu’elle retourne au néant. En somme, une espèce de malédiction à la Benjamin Button mais en beaucoup plus rapide et encore moins cool.


Elle est alors sauvée par le binôme particulier de Victor et Kiri. L’un est un ado de 15 ans plein d’énergie et plaisantin alors que l’autre, plus âgé, affiche un air bien plus sérieux derrière ses lunettes d’intello. Cependant, une chose les réunit : ils veulent détruire des Horas et leur arme contre eux est le temps. En effet, ils ont la capacité de manier le temps à l’aide de cartes pour Victor et d’un katana d’eau pour Kiri. Comme suspendre le temps était déjà un concept vu et re-vu, l’auteur Ponjea a voulu varier l’expérience en donnant le pouvoir à ses protagonistes de manier le temps avec des accélérations et ralentissements.


Le pitch de base m’a fait penser au film SF d’Andrew Niccol Time Out. Vous savez, le film avec Justin Timberlake et où la population entière a un corps de jeune et où l’argent a été remplacé en minute de vie. Or, il s’avère que ce film est une des références de l’auteur pour Chronos Ruler : il est parti de l’idée de faire un shonen puis en voyant Time Out, il a pensé utiliser le temps comme une arme. En effet, face aux terribles Horas se dressent les vaillants Chronos Ruler qui peuvent manier le temps pour les abattre.


Un père plus jeune que son fils (si si c'est possible)


C’est ainsi que Chronos Ruler a comme héros un binôme de Chronos Ruler, Victor et Kiri. Mais ils ont un but très précis : trouver le Horas qui a volé le temps de Victor, qui malgré son apparence d’ado de 15 ans a en réalité 39 ans ! De plus, et cela était vraiment inattendu, il s’avère que Victor est en réalité le père de Kiri ! Effectivement, lors d’un combat il y a 12 ans, Victor s’est fait mordre par un Horas ce qui l’a fait rajeunir. Sans son pouvoir de Chronos Ruler qui lui permet de ralentir la malédiction, il mangerait déjà les pissenlits par la racine (ou même pas en fait car il serait retourné au néant!). De plus, le rajeunissement est malheureusement accompagné d’amnésie : chaque jour qui passe, il rajeunit d’une journée et perd ses souvenirs. A 15 ans d’apparence, il ne conserve que ses souvenirs jusqu’à ses 15 ans. Il ne se souvient donc pas directement de tout ce qu’il a vécu avec la mère de Kiri, Kirisato, et comment il s’est occupé de Kiri après la mort de sa mère. La seule preuve est son journal qu’il conserve précieusement et où il inscrit ses souvenirs avant qu’ils ne s’effacent inexorablement.


Ce thème d’amnésie, un peu comme Alzheimer apporte une dimension assez tragique au manga. De plus, sont mis également en avant l’importance du temps, des souvenirs et des responsabilité en tant que père pour Victor. Les thèmes abordés sont donc de base assez lourds mais en vrai ils sont traités de manière légère. Car quand on parle de mort, d’amnésie, de relation père-fils, le manga devrait nous filer une envie de déprime mais ce n’est pas le cas…


Cela en partie grâce à la personnalité de Victor. Comme le dit l’auteur dans ses commentaires, il voulait « un personnage complexe avec des défauts charmants et détestables à la fois et qui saurait se montrer admirable au moment crucial. Victor réunit donc de nombreuses contradictions : apparemment capricieux et peu fiable, il est pourtant un père responsable ; à première vue dominateur et brutal avec les autres, il est en fait sensible et vulnérable à l’intérieur ». Sa relation avec Kiri est également une source d’humour. Opposé de Victor, Kiri a un côté froid qui pourrait être cliché mais c’est sans compter sur ses interactions avec Victor, son père rappelons-le, lors desquelles il perd ses moyens jusqu’à en devenir ridicule. Ainsi, l’auteur a fait de Kiri le souffre-douleur de Victor (on lui donne pour ça l’award du père de famille modèle!) ce qui lui donne un côté comique et le rend alors plus accessible aux lecteurs.


Personnellement, pour ce premier tome, j’avoue avoir eu un peu de peine avec la personnalité de Victor et Kiri car j’avais l’impression que l’auteur avait tellement voulu leur donner différentes facettes qu’ils en étaient devenus assez tordus au final. Comme si l’auteur ne voulait pas s’enfermer dans les codes de shonens, quitte à en rajouter des couches jusqu’à en obtenir un gloubi-boulga. En somme avoir des personnages trop imprévisibles ce qui donne un manque de cohérence générale. De plus, je sais pas si c’est moi mais je trouvais que les dialogues avaient parfois tendance à manquer de transition avec des punchlines comiques qui cassaient un peu trop violemment le ton de scènes sérieuses.


Des bishonens


Finalement, en ce qui concerne les dessins, j’aime bien le style de Ponjea, étant moi-même assez fan de bishonen. Le style graphique et le découpage des trames sont de bonnes factures sans que ce soit renversant. J’ai noté tout de même des petites différences assez originales et agréables, que je n’ai pas souvenir d’avoir vu dans des mangas japonais. A titre d’exemple, lors d’une scène intense de combat, le style graphique a littéralement changé pour ressembler à une aquarelle afin de souligner la furie de Victor (voir ci-dessous). Cependant, si j’avais un reproche à faire, ce serait parfois le manque de clarté des combats contre les Horas car ils ont l’apparence d’un nuage de fumée donc cela peut rendre les scènes d’action un peu confuses.


Conclusion


En conclusion, Chronos Ruler est un shonen assez classique dans son intrigue avec des êtres humains dotés de pouvoirs pour combattre des forces maléfiques. Il se démarque cependant par son utilisation du temps comme arme de combat et de quelques petites différences graphiques et linguistiques (un poil plus vulgaire) par rapport à un manga japonais. Bien que j’ai trouvé la personnalité des héros un peu confuse dans ce premier tome, la lecture du suivant m’a permis de m’y attacher (mais je réserve les détails pour la critique du tome 2). Cette série, débutée en 2014 a pour le moment 5 tomes et je dois admettre que ce premier tome offre un très bon cliffhanger qui nous donne envie de soit chopper le tome 2 directement ou pour les moins chanceux de remettre à très vite sa prochaine visite chez son libraire préféré. Allez, je vous fais une fleur et je vous raconte la fin du tome (parce que je suis bon vendeur) : Victor et Kiri tombent justement déjà sur le Horas qui a volé le temps de Victor, cette série sait décidément comment retenir l’attention du lecteur ;)

6
Chronos Ruler met en scène un duo de deux garçons qui livrent un combat contre des monstres qui volent le temps des êtres humains dans un univers proche du notre. Nous avons ici un shonen taiwanais assez classique mais divertissant dans son intrigue et son action. Pour le moment, l’univers et ses règles qui le régissent ainsi que le passé des personnages ont été assez peu expliqués mais cela va certainement suivre dans les tomes suivants. J’ai eu un peu de peine avec les personnages principaux qui semblent un peu contradictoires d’où ma note de 6 et non pas 7. Malgré tout, j’ai rapidement lu la suite car la fin de ce premier tome nous offrait un joli suspens.
  • Chara design de bishonen (un petit péché mignon)
  • Les victimes des monstres vivent un épisode de Benjamin Button en accéléré (au début, ils sont contents de rajeunir, mais ça c’est seulement au début)
  • Les héros se battent en accélérant ou ralentissant les monstres
  • On se demande quel est le passé de Victor et on espère qu’il va retrouver son temps
  • Difficile de se faire déjà une idée précise des personnalités des héros
  • Histoire assez classique de shonen
  • Combats un peu confus par moments
  • Thèmes de l’amnésie et des responsabilités traités peut-être un peu trop légèrement
  • Les blagues coupent des moments sérieux de manière un peu abrupte parfois

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par mimy28

Baignant dans les mangas depuis maintenant plus de 10 ans, j'ai progressivement ouvert mon panel d'intérêt des shonen aux seinens en recherchant des histoires bien ficelées qui proposent d'intéressantes pistes de réflexions et avec plutôt de beaux graphismes.

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