Critique A Silent Voice 7

Critique de la série

Je me souviens. Au moment de la promo du titre, annoncé comme un ovni dans le monde très sidéral des mangas, le résumé parlait principalement d’une petite fille persécutée à cause de son handicap : la surdité. Puis, d’un garçon, son persécuteur qui des années plus tard aspirait à la rédemption.
Mon sentiment après lecture est plus nuancé. Dès la fin du tome un, d’autres pensées ont résonné dans mon esprit : Le harcèlement scolaire oui mais sous toutes ses formes. Pas que celle dû au handicap. Suivie de la bêtise humaine. La méchanceté simple et gratuite. La trahison. L’indifférence. L’amitié et ce qu’elle signifie vraiment. Le rejet. Mais, plus que tout… la culpabilité. L’incapacité de se pardonner et le manque flagrant de considération envers soi-même, un poids qui pèse lourd à l’intérieur et qui petit à petit conduit au suicide. 

A Silent Voice c’est tout cela à la fois. Le Handicap de Shoko, cette enfant timide et fragile qui appréhende le monde à sa manière, est à mon sens une excuse bien menée par Yoshitoki OIMA pour obliger ses personnages à se parler vraiment. A essayer de se comprendre, à voir au-delà des apparences. A faire abstraction de la haine ou du mépris pour essayer de se mettre à la place de l’autre. Parce que Shoko qui parle avec ses mains a besoin qu’on lui explique les choses pour faire partie du monde qui l’entoure. Qu’on lui signe en détails les mots des uns et des autres, même ceux qui pourraient paraître à l’oreille « bien-entendante », insignifiants. A Silent Voice, voilà un très beau résumé pour cette histoire.

Shoyo, ce gamin tête à claques et qui au départ était le mauvais garçon, l’enfant meneur qui avait fait de Shoko sa tête de turc pour s’amuser, devient victime à son tour. Sous le regard moqueur de son professeur qui lui fait explicitement comprendre que c’est bien fait pour lui. L’image d’un professeur qui avait déjà joué les indifférents d’une situation qui aurait pu être très rapidement maîtrisée avec son intervention. L’auteur dénonce ici quelque chose, accuse en quelque sorte l’éducation nationale en ce qui concerne le harcèlement à l’école. Qui pourrait lui en blâmer ? En effet, comment faire comprendre aux enfants que leur comportement est intolérable si les enseignants, les représentants de ce qui est bien et bien-pensant font semblant d’être aveugles, et négligent de punir les coupables ? Shoko est deux fois victime à cause de ce professeur incapable.

Et de ce fait, si Shoyo, ce vilain garnement n’avait pas été victime a son tour, probablement qu’il n’aurait jamais pris conscience du désastre émotionnel qu’il avait créé auparavant. Le retour de bâton est très dur dans son cas. Avant même sa majorité, le désir de vivre le quittera.

Heureusement, le sort n’aura que faire de ses désirs et d’une pirouette habile, changera sa route pour le mener directement devant sa culpabilité : Shoko. Qui a bien grandi et qui semble très bien insérée dans sa classe de terminales. Des retrouvailles qui feront éclater un passé qui au fond pèse sur beaucoup d’âmes en peine. Shoyo qui a rayé tous les visages des jeunes de son âge d’une croix noire aura bien du mal à s’accepter et accepter les autres. Mais, inconsciemment Shoko le poussera à se dépasser. Puis, viendront se greffer de nouveaux compagnons dignes ou pas de confiance, l’auteur jusqu’au bout laisse planer le doute. Ainsi que de vieilles connaissances qui apporteront une vision plus complète de comment se construit et se ressent le Harcèlement quand il s’agit d’une classe entière. Shoyo n’était pas seul à martyriser la pauvre Shoko, à se gausser de ses malheurs, pourtant c’est lui qu’on a exclu. Pourquoi ? Une rétrospective des pensées secrètes de chaque personnage dans le tome 6 nous en dévoilera davantage. Tous ces gamins d’autrefois sont liés, comme connectés et de leurs décisions individuelles dépendent la santé du groupe et sa manière d’interagir avec d’autres groupes.

La mort est aussi très présente dans l’histoire mais c’est une évidence. Tout le monde sait que persécuter peut pousser à la mort. L’auteur aurait d’ailleurs perdu de son crédit si elle n’avait pas exploité cette ligne de non-retour, ou montré à quel point un proche peut être démuni face cet état d’esprit. Toutefois, c’est toujours avec subtilité et jamais pour tomber dans le mélodrame. Yuzuru, la petite sœur de Shoko s’avérera la plus touchante dans ce capharnaüm d’idées noires. La plus lumineuse aussi. Elle amène le juste équilibre, empêche le pathos. Avec elle, on sourit et on a à cœur de poursuivre l’aventure humaine. Parce que c’est bien cela dont il est question. La nature humaine dans ce qu’elle a de meilleur et de pire.

On ressent constamment le Happy End, pas de tension pour démolir le moral du lecteur. Non, étrangement on sait d’avance que tout va s’arranger. Même si rien est parfait ce n’est pas grave, rien est parfait dans la vie. Les mamans de Shoko et Shoyo en sont le parfait exemple.

Les dessins sont très agréables et collent à l’atmosphère. J’ai passé un très bon moment en compagnie de ces adolescents en manque d’assurance. Peut-être un peu moins avec Miki que jusqu’au bout je ne comprends pas et ne veux surtout pas comprendre.

La surdité est un thème original et m’a rappelé mon cas quand nous avions dans notre classe une fille aveugle. D’ailleurs, cela m’a interrogé sur quand exactement se situait cette histoire ? Car déjà à mon époque ma camarade de classe possédait un ordinateur adapté à son handicap. Or, en voyant Shoyo se débattre avec son cahier et son crayon je n’ai pu m’empêcher de me dire qu’une tablette lui permettrait de communiquer plus facilement. Même un ordi avec écran projecteur afin qu’elle puisse s’adresser à la classe entière comme n’importe quelle élève et poser les questions au professeur serait facile aujourd’hui à installer. Mon esprit pragmatique continue de chercher la réponse.

Pour tout le reste, je n’ai rien à redire –peut-être le happy-end trop happy-end mais passons- aussi je ne saurais trop vous le conseiller, même si je sais que bons nombres d’entre vous ne m’ont pas attendu pour dévorer ce titre. J’avoue que j’aurais eu beaucoup de mal à patienter entre chaque tome. Le pack proposé par Ki-oon fut l’occasion idéale pour me lancer.

8
A Silent Voice aborde différents thèmes en rapport avec le harcèlement scolaire, une plaie qui sévit partout dans le monde. L’auteur nous parle de handicap, de pardon, de suicide, d’hypocrisie, d’indifférence. De responsabilité. De deuxième chance. Une histoire originale qui met en scènes deux cœurs qui n’auraient jamais dû se rapprocher autant : Une victime et son bourreau. Dit comme cela, ça sonne très Syndrome de Stockholm mais pas du tout, Yoshitoki OIMA a bien plus de talent pour parler des sentiments. Une belle histoire et une belle leçon de vie. A consommer sans modération.

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par DéesseVonKiki

Gardant continuellement l'esprit ouvert, je n'exclue aucun genre si ce n'est peut-être le genre guimauve ou Arlequin. J'aime cependant ce qui est différent, ce qui surprend. Rêveuse dans l'âme et aventurière chevronnée avec une manette en main, ma table de chevet se couvre de mangas, de romans, de cd's et d'une feuille de papier. Et bien souvent aussi d'un biscuit accompagné d'un thé car lire c'est certes bien mais avec confort et gourmandise c'est juste parfait.

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