Critique Rendez-vous à Udagawachou

Du rose, du jaune, la couverture fait très bonbon et ne laisse pas forcément entrevoir la maturité du titre. Pourtant, Rendez-vous à Udagawachou pose implicitement les bonnes questions et fait réfléchir quant à la difficulté pour certaines personnes de trouver leur identité, ou plutôt d’assumer ce qu’elles sont vraiment dans une société qui impose ses « Règles », ses « Normes », ses « Cases » très limitées.

Le manga débute avec Momose, un lycéen taciturne, pas très beau, plutôt renfermé, pas très sociable, en un mot exclu. Il croit avoir reconnu l’un de ses camarades de classe Yashiro déguisé en fille tandis qu’il se baladait dans le centre-ville. Il se pose des questions : a-t-il rêvé, halluciné, fantasmé ? Si oui pourquoi ? serait-il gay sans le savoir ? Et Yashiro, ce mec d’apparence séducteur, bien rangé dans ses souliers, bonne élève et qui parle fort avec ses copains pour se montrer, il est quoi ? Gay, travesti… pire ! prostitué ? Autant de points d’interrogation qui se bousculent dans la tête de Momo. Il fait une fixette et finit très vite par se remettre en question, d’autant que cette demoiselle masculine, il l’avait trouvée particulièrement jolie. Momo mène la danse dans le premier chapitre. Au suivant, c’est à travers les yeux de Yashiro que l’on vit l’histoire, l’auteur alterne le point de vue de ses deux protagonistes. C’est très bien, on peut facilement entrer dans l’esprit de l’un ou de l’autre, comprendre leurs émotions respectives, les ressentir et les vivre. Personnellement, j’aime beaucoup lire les personnages et pas seulement les voir.

Je ne vais évidemment pas vous détailler l’histoire, mais sachez que ces deux garçons qui ne s’adressaient même pas la parole au départ vont par les circonstances évoquées au-dessus se rencontrer, discuter, se toucher mutuellement et surtout se découvrir intérieurement. Ce n’est pas évidant, même une fois atteint l’âge adulte, de se connaître soi-même, de mettre des mots sur ses désirs, ses préférences, ses orientations… alors à cet âge ingrat qui pousse hors de l’enfance et qui ordonne de grandir mentalement quand le corps se forme plus vite qu’on ne le comprend, c’est un vrai casse-tête. Hideyoshico parvient avec facilité, légèreté et une certaine pudeur maîtrisée à décrire ce sentiment et à diriger Yashiro et Momo dans la bonne direction. Certes, pas forcément la direction la plus aisée, la plus facile à vivre et à faire accepter au reste du monde mais qu’est donc le monde quand on rentre le soir et que seul dans sa chambre on se sent complètement dépassé, en totale contradiction avec son moi profond et qu’on a juste l’envie de pleurer ? Rien, si ce n’est une illusion. Hideyoshico l’a compris et nous l’explique avec ses mots et ses dessins.

Un style d’ailleurs, qui se marie à merveille avec l’histoire. Des traits simples, épurés, un brin brouillon telle une esquisse, Hideyoshico en quelques coups de crayons parvient à transmettre une émotion. Les visages de Momo et Yashiro ne sont pas lisses, ils sont anguleux, pas forcément droits. Parfois, il y a comme des aspérités sur les lignes d’encrage, des blancs comme si la main de l’auteur avait tremblé. J’ignore si celle-ci en a conscience mais cela intensifie de manière subtile et imagée le malaise ressenti par les deux adolescents. Leur fragilité se voit, leur hésitation se dessine, c’est très agréable et ma foi très réaliste. Tout est à sa place et le son qui sort est juste, harmonieux.
Rendez-vous à Udagawachou est pour toutes ses bonnes raisons un titre qu’il ne faut pas louper. Pas caricatural, pas pervers, pas osé, il parle à tout le monde et on ressort de sa lecture avec un petit sourire aux lèvres. Un peu apaisé, un peu heureux, on se dit que tant que des auteurs comme Hideyoshico existeront, il reste de l’espoir pour les « différents », les « incompris ». Merci pour ce moment plaisant et merci à IDP d’avoir licencié ce petit bijou qui par sa couverture ne paie pas de mine. L’édition est de qualité bien que les coquilles qui se glissent dans tous leurs titres commencent à fatiguer la lectrice exigeante que je suis.

En conclusion, vous l’aurez compris j’ai adoré Rendez-vous à Udagawachou et je pense l’adorer longtemps. Je vous l’avoue, je l’avais déjà lu à une époque où le Yaoi n’était pas un genre à part entier pour les éditeurs en France. Aussi, j’étais plus impatiente de tenir sa forme papier entre mes mains que curieuse. Je n’ai pas été déçue, je dirais même que cette deuxième lecture fut encore meilleure car j’ai pris mon temps et apprécié chacune de ses pages. Oui voilà, il faut prendre son temps pour lire cet OS, ne pas se précipiter bien que l’auteur nous impose déjà de par son style singulier un rythme lent. Enfin, n’hésitez pas à retirer la jaquette du livre, vous trouverez comme un trésor caché quelques anecdotes qu’Hideyoshico nous livre avec humour, ainsi que son explication pas inutile du pourquoi du titre. Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture.

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