Chronique : Poison City T.2

Skeet vous parle de la conclusion de ce dyptique engagé

Dès la parution du premier chapitre de Dark Walker le couperet tombe: tous les exemplaire doivent être rappelés à cause d'une plainte d'Osamu Furudera, ancien ministre et membre influent de la commission des experts!
Mikio a alors le choix: édulcorer sa série afin de la continuer dans le magazine ou bien passer à la publication sur internet. Attaché à l'idée de faire un bon manga, c'est la deuxième solution qu'il adopte, ce qui lui permet d'être repéré par un éditeur américain. Hélas lorsque les volumes reliés sortent en librairie, le mangaka se retrouve à nouveau au coeur de la tourmente...

Découvrez la conclusion sous haute tension de Poison City, une oeuvre fascienante sur la liberté d'expression et les coulisses de la création de manga au Japon, directement tirée de l'expérience personnelle de Testsuya Tsutsui.

9 mois après la sortie du premier tome de ce dyptique atypique qui traite de la liberté d'expression, nous pouvons enfin découvrir le dénouement tant attendu. Tetsuya TSUTSUI ne perd pas de vue son objectif dans ce second tome : dénoncer un système qu'il juge absurde et nuisible. Suite à la lecture du premier tome, on avait compris que l'auteur ne se contentait pas se plaindre du sort qu'il a subi personnellement avec Manhole. Il essaie de présenter les choses de la manière la plus objective possible, comme on le ferait dans une dissertation de philo : thèse, antithèse et synthèse.

Ainsi, les deux tiers du tome sont consacrés à l'audience publique à laquelle Mikio est convié afin de se "défendre". Mais comment se défendre devant des personnes bien décidées à censurer son oeuvre ? Pourtant, Mikio aurait peut-être pu éviter d'en arriver là en modifiant un peu son manga et passer entre les mailles du filet. Mais il a considéré que ceci était ridicule et que cela nuirait à la qualité de son oeuvre. Mais avoir des convictions et s'y tenir en s'opposant au système demande souvent un gros sacrifice.
 

© Tetsuya Tsutsui / Ki-oon


Quelle tension durant l'audience publique ! On a vraiment l'impression que Mikio est considéré comme un criminel pris en flagrant délit sous une pluie d'accusations. Il va tomber des nues quand il va découvrir le nombre de pages "signalées", c'est à dire les pages qui comportent au moins un passage considéré comme nocif pour les lecteurs. Même des planches anodines au premier abord ont retenu l'attention du comité de censure. Le point de vue de celui-ci est d'ailleurs bien exposé par l'auteur et s'avère intéressant puisqu'au final, même si dans certains cas cela semble complètement exagéré, cela tient la route. Par exemple, une des planches incriminées nous montre un jeune homme avec une cigarette. Mais d'après le comité, ce jeune homme n'a pas l'air majeur même si l'auteur a précisé son âge dans le manga. Ce problème d'ambiguité concernant l'âge des protagonistes est courant dans les mangas. En effet, combien de fois des jeunes filles à l'apprence enfantines sont-elles présentées comme majeures par l'auteur ? Tetsuya TSUTSUI a utilisé ici un argument étayant la thèse du comité de censure mais qui ne va pas forcément rallier les lecteurs à sa cause. Ceci dit, je ne sais pas trop s'il considère cet exemple comme une sorte de concession de sa part ou si, au contraire, il a utilisé ce passage pour nous montrer l'absurdité de la chose à son sens...

Le but de l'auteur est clairement de nous monter qu'on peut trouver à redire sur tout et qu'on peut voir le mal partout pour peu qu'on s'en donne la peine. Et c'est exactement ce que font les membres du comité de censure. Ils sont là pour traquer des passages nocifs pour la jeunesse et ils en trouvent. L'auteur met aussi l'accent sur le processus qui mène à la classification des oeuvres en "oeuvres nocives". Il dénonce le mode opératoire qui consiste à établir un pourcentage de pages "signalées" sans tenir compte de l'oeuvre dans sa globalité. Peu importe les thématiques abordées, le contexte ou même le message véhiculé par l'oeuvre.

La fin du manga véhicule un message fort et plein d'espoir même si le monde dépeint par l'auteur en semble dépourvu.


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