Chronique : Innocent

Petit point de Skeet après lecture des trois premiers tomes

 

Petite précision avant de démarrer : La série principale Innocent s'est terminée au Japon avec le 9ème tome. Mais une suite intitulée Innocent Rouge s'est poursuivie dans une autre magazine de prépublication bimensuel cette fois-ci (Grand Jump). En effet, Innocent était initialement prépublié dans le Young Jump, un magazine hebdomadaire.

Je précise également que cette chronique a été écrite suite à la lecture des trois premiers tomes.

Enfin, vous pouvez retrouver une chronique vidéo d'Innocent dans notre émission manga du 27 mai dernier : VOIR LA VIDEO

Né pour être bourreau

Prendre la succession de son père était chose courante à l'époque de Charles-Henri Sanson. Nous sommes en pleine période pré-révolutionnaire et la personne dont l'auteur nous raconte la vie n'est autre qu'un jeune garçon appartenant à une dynastie d'exécuteurs officiels, plus couramment appelés bourreaux. Ce sont eux qui étaient chargés d'administrer la peine capitale aux condamnés.

INNOCENT © 2013 by Sakamoto Shin'ichi / SHUEISHA Inc.

 

Suite à la paralysie de son père, Charles-Henri Sanson n'a eu d'autre choix que de prendre la relève de son père malgré son dégoût pour ce métier. Car oui, bourreau n'est pas un métier comme les autres mais pour autant, il fallait bien que quelques personnes s'en chargent.

L'auteur nous montre combien il était difficile d'appartenir à une telle famille. Au début de l'histoire, Charles-Henri se retrouve en difficulté puisque les parents des élèves avec qui il était en pension ont réussi à exiger son expulsion suite à la découverte de ses origines. La mort lui collait déjà à la peau. Aussi, les superstitions vont bon train au sujet des bourreaux. Les croiser est de mauvaise augure et inspire la terreur.

Bien que cela soit son destin, Charles-Henri ne l'accepte pas et ne cesse de répéter à sa famille qu'il ne veut pas devenir bourreau, ce qui lui vaut des punitions d'une cruauté sans pareille. Mais malgré sa détermination, il va devoir se résigner petit à petit et apprendre à vivre avec tout ce qu'implique un tel métier.

INNOCENT © 2013 by Sakamoto Shin'ichi / SHUEISHA Inc.

L'auteur nous transmet avec brio les émotions de Charles-Henri dès les premières pages de l'histoire. On arrive un peu à cerner la psychologie torturée de ce personnage qui va devoir vivre avec un énorme fardeau. L'auteur utilise souvent des dessins métaphoriques pour mieux nous faire comprendre ce que Charles-Henri ressent et c'est plutôt bien réussi.

 

Le souci du détail

La torture est vraiment au centre du premier tome d'Innocent. L'auteur veut absolument nous mettre face à cette cruauté ambiante, surtout au sein de sa propre famille. Tout est très détaillé et vous aurez presque l'impression de souffrir avec les personnages. De plus, l'auteur explique même le fonctionnement de certaines tortures qui ont vraiment été pratiquées avant la révolution. Mais les scènes d'exécution restent les plus difficiles. Quand on voit la première expérience de Charles-Henri à la fin du premier tome, on se rend compte de l'infâmie des pratiques de l'époque. Cette scène est particulièrement éprouvante et représente bien ce qui pouvait parfois se passer lors des décapitations à l'épée à une époque où l'utilisation de la guillotine n'avait pas encore été adoptée.

INNOCENT © 2013 by Sakamoto Shin'ichi / SHUEISHA Inc.

 

Ici, nous ne sommes pas dans un film d'action où les têtes sont coupées avec une facilité déconcertante. La réalité est toute autre et les émotions s'en mêlent.

Mais le souci du détail, l'auteur l'a aussi pour les décors. Ils sont tout simplement magnifiques et donnent lieu à des planches de toute beauté pour une immersion totale. Les personnages sont également très travaillés et très expressifs. L'auteur n'hésite pas à accorder des planches entières à certains visages.

INNOCENT © 2013 by Sakamoto Shin'ichi / SHUEISHA Inc.

INNOCENT © 2013 by Sakamoto Shin'ichi / SHUEISHA Inc.

Fresque historique oblige, les évènements marquants relatés dans Innocent sont fidèles à la réalité même si Mr SAKAMOTO s'est librement inspiré de la vie de Charles-Henri. Par exemple, l'auteur lui a prêté des penchants homosexuels dans le premier tome alors que ce n'est pas avéré. Par contre, son petit-fils Henri-Clément Sanson était homosexuel, ce qui a été l'une des raisons principales de sa destitution.

En tout cas on sent que l'auteur s'est très bien documenté et qu'il s'efforce de nous servir un récit le plus réaliste possible sur tous les plans. Il est donc aisé de se plonger dans cette période très sombre de l'histoire française du point de vue d'une famille de bourreaux.

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