Chronique : Caste heaven T.1

Caste Heaven, ce titre vous dit quelque chose ? C’est normal, il faisait déjà parler de lui de façon très positive sur la toile et nous sommes nombreuses à avoir espéré sa publication en chez nous. Alors est-il à la hauteur de sa réputation ?
 

Ca ne te dirait pas d’échanger ta carte contre la mienne ?

On débute ce récit dans ce qui semble être à première vue une banale classe de lycée. Sauf que dans ce lycée, la hiérarchie des élèves repose sur le jeu des castes. En effet, Les élèves doivent partir en quête d’une carte comme celles qu’on utilise pour jouer au poker et une fois récupérée, celle-ci détermine le rôle de son détenteur. Ainsi, la carte du roi et de la reine confèrent à leur propriétaire le pouvoir absolu et l’obéissance de tous. La carte du valet désigne le bras droit du roi et celle du joker, celui qui subira toutes les brimades sans broncher.
 

Caste heaven 1 © Chise Ogawa 2015 Originally published in Japan in 2015 by Libre Publishing Co.,Ltd.Tokyo


Personne ne sait qui a mis ce système en place et les cartes peuvent être redistribuées à n’importe quel moment. Du coup, cela rajoute une part de mystère et d’excitation au récit mais permet également à ses enjeux de se renouveler puisque la position de chacun peut être remise en cause à n’importe quel moment. C’est une façon intelligente de continuer à éveiller notre curiosité car en avançant dans le récit, on garde en tête que celui qui est persécuté peut très bien être le prochain roi et devenir bourreau à son tour.

Un concept original pour le genre qui surprend par son ambiance malsaine et contre nature puisqu’en général ce sont des critères comme les capacités physiques ou intellectuelles, la personnalité, le charisme, ou encore l’apparence qui définissent la place de chacun au sein d’une classe et plus tard dans la société. En plus, c’est suffisamment bien expliqué par l’auteur pour nous permettre de saisir toute la perversité d’un tel système. On se prend direct au jeu.

 

Peur, colère, jalousie, envie, désir,… Nous cachons tous sous nos masques un nombre indéfini de sentiments.

L’auteur fait la part belle à l’aspect psychologique des personnages et soulève ici une foule de questions intéressantes à travers son intrigue.

En effet, certains individus pensent être nés pour dominer les autres et les écraser.

C’est le cas d’Azusa qui fait forte impression au début du récit puisqu’il occupe la place du roi. Une situation grisante qui lui permet de manipuler et terroriser selon ses humeurs. Il est entouré par deux autres personnalités toute aussi fortes, Karino qui est son courtisan et qui satisfait ses moindres désirs et Kuze, son bras droit qui le soutient et l’informe.

On démarre donc avec cette première configuration qui après quelques pages va connaitre un grand bouleversement, surtout pour le jeune Azusa qui va se retrouver tout en bas de la hiérarchie. Et lorsque qu’on se trouve au sommet, la chute est d’autant plus grande et plus difficile à encaisser.
 

Caste heaven 1 © Chise Ogawa 2015 Originally published in Japan in 2015 by Libre Publishing Co.,Ltd.Tokyo


On va donc observer cette chute à travers le personnage d’Azusa qui va alors passer par plusieurs stades émotionnels et finira même par se poser des questions qu’il ne se serait jamais posées s’il ne s’était pas retrouvé dans cette situation.

Va-t-il se résigner? Obéira-t-il à une personne qu’il considère comme inférieure?  Se laissera-t-il malmener et subir les pires humiliations ? Ses convictions se briseront-elles ? Sa vision du monde changera-t-elle ?

C’est très plaisant de voir que l’auteur amorce déjà quelques éléments de réponses à ces questions à travers les pensées et les actions de ses personnages.

Elle exploite brillamment son idée de départ, l’approfondit sans avoir peur de choquer et va plutôt loin lorsqu’il s’agit de mettre à nu ses personnages. En plus, elle ne se contente pas d’une seule vision des choses, elle nous propose aussi de se mettre à la place d’un faible devenu fort, ce qui ouvre encore plus de perspectives à son récit.

 

Un concept novateur et efficace

Souvent dans un premier tome, l’auteur prend le temps de poser les bases de son récit, de présenter ses personnages et d’amorcer doucement une intrigue. Ici, le rythme est assez soutenu et on a déjà droit à de nombreux retournements de situations.

L’auteur ne prend pas de gants avec ses personnages, les malmène et révèle leurs côtés les plus sombres. En effet, on se rend bien vite compte que la mise en place d’un tel système réveille les plus bas instincts de l’être humain, c’est fascinant de voir certains personnages changer du tout au tout et révéler ainsi leur véritable nature.

L’ambiance est quelque fois lourde, malsaine et certaines scènes peuvent choquer mais elles ne desservent en rien le récit. Elles sont souvent l’expression de désirs non assumés et qui grâce au système de castes vont s’exprimer de façon assez brutal.

C’est vraiment un très bon titre qui m’a donné envie de découvrir ses autres œuvres parues en France.

Graphiquement parlant, Chise Ogawa a un trait particulier mais très agréable à regarder. Les personnages masculins manquent un peu de virilité avec leurs corps minces et effilés mais ils sont bien dessinés. Les arrières plans sont assez vides puisque c’est centré sur les personnages. Il y a une bonne utilisation des trames qui accentuent l’ambiance de certaines scènes. Les pages en couleurs sont jolies et réussies avec leurs tons froids.

Les éditions Taifu nous livrent comme à leur habitude un travail soigné et de qualité, il y a même une petite surprise en milieu du tome. Par contre, j’ai remarqué que la couverture était mal pliée à l’arrière et ce n’est pas la première fois que je le constate sur les titres de l’éditeur. Je pense que c’est lié à la mise sous blister, ce qui malheureusement croque la couverture.

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