Chronique : Bestiarius T.1 et T.2

Skeet vous livre ses impressions sur ce shônen de Masasumi Kakizaki

Ier siècle après Jésus-Christ, l’Empire romain est à son apogée et ses légions soumettent une à une les dernières contrées où monstres et humains vivent encore en paix. Criminels, innocents, orphelins, demi-humains, wyvernes... Tous constituent les rangs d’esclaves guerriers jetés dans l’arène et forcés de s’entretuer pour divertir l’empereur Domitien et les Romains avides de sang. Parmi ces combattants se trouvent des gladiateurs qui affrontent fauves et créatures légendaires : on les appelle les Bestiari. Or, certains d’entre eux, comme Finn ou Zénon, ont été élevés aux côtés de ceux qui, aux yeux de Rome, ne sont que de simples bêtes, et ils comptent bien retourner leurs armes contre leurs geôliers... et même contre l’Empire tout entier !

Titre : Bestiarius T.1 et T.2
Editeur français : Kazé Manga 
Date de sortie : 07/10/2015
Dessinateur : Masasumi KAKIZAKI
Scénariste : Masasumi KAKIZAKI

Série terminée en 7 tomes


Masasumi Kakizaki est de retour chez nous. Après Hideout et Green Blood, saura-t-il arriver à nous enchanter dans le registre du shônen qui est un nouvel exercice pour lui ?

 

Rome comme vous ne l'avez jamais vue... ou presque !

Bestiarius nous emmène dans la Rome antique au 1er siècle après J.C. Ce contexte historique bien connu apparaîtra donc familier pour la plupart d'entre nous : arènes, gladiateurs, esclavage et volonté de perpétuelle expansion de l'empire romain. Mais pour rajouter un peu de piment et plaire au public shônen visé par cette oeuvre, l'auteur a décidé d'introduire un peu de fantasy avec la présence de différents monstres dont notamment d'une wyverne qui jouera un rôle important dans l'histoire (ceci est expliqué par l'auteur lui-même à la fin du premier tome).

 

BESTIARIUS © 2013 Masasumi KAKIZAKI/SHOGAKUKAN

 

Mais ce qui prend le plus de place dans les différentes tranches de vies présentées au cours de ces deux premiers tomes (et qui vont s'entrecroiser), ce sont les combats de gladiateurs. Il est vrai que c'est probablement la première chose à laquelle pensent les gens quand on leur parle des romains. Même si c'est un peu réducteur, cela n'en reste pas moins marquant. Mais l'auteur en profite également pour montrer la cruauté avec laquelle les romains veulent toujours conquérir plus de terres et réduire les populations en esclavage.

Les monstres quant à eux, loin d'être des obstacles pour les romains, deviennent simplement des esclaves comme les autres. Même les monstres les plus redoutables du bestiaire de la fantasy se retrouvent soumis et offerts en pâture aux gladiateurs les plus féroces (quand ce n'est pas le contraire).

L'intérêt du contexte historique est ici tout relatif dans le sens où il ne sert que de décor à cette histoire.

 

Graphiquement, rien à redire

S'il y a bien un aspect sur lequel vous ne serez pas déçu, c'est le graphisme. Ceux qui connaissent les qualités de dessinateur de Masasumi Kakizaki savent que celui-ci, avec son style bien à lui, arrive à nous rendre admiratif. Bestiarius ne déroge pas à la règle et nous offre bon nombre de belles planches empreintes d'un esthétisme certain.

Autant Masasumi Kakizaki peut faire des planches limpides avec des traits précis quand il s'agit de représenter ses personnages, autant il peut se laisser aller à quelque chose de plus personnel et diffus quand il s'agit de représenter une scène avec un plan plus large où le décor, l'ambiance et le jeu des perspectives prennent le dessus.

 

BESTIARIUS © 2013 Masasumi KAKIZAKI/SHOGAKUKAN

 

Et n'oublions pas de parler de la façon dont l'auteur arrive à faire passer les émotions de ses personnages grâce à des visages très expressifs et parfaitement proportionnés. Du haut niveau.

Vous l'aurez compris, l'auteur nous offre une oeuvre aboutie graphiquement et qui ne pourra que ravir les amateurs de belles planches et de dessins travaillés. Mission accomplie de ce côté-là !

 

Les valeurs éculées du shônen

Voilà typiquement le genre de manga où l'on sent que le scénario a été élaboré en pensant au public auquel il allait être destiné. Certes, comme expliqué plus haut, l'auteur explique dans une petite postface qu'il voulait s'essayait au shônen. Mais avait-il vraiment envie de raconter quelque chose de précis et d'abouti scénaristiquement parlant ? Visiblement non car la façon dont est articulé le scénario de Bestiarius donne l'impression que l'auteur se laisse aller au fur et à mesure que l'histoire avance. D'ailleurs, même si les petites histoires racontées tout au long de ces deux tomes sont reliées, elles pourraient très bien ne pas l'être au final et cela ne changerait pas grand chose.

 

BESTIARIUS © 2013 Masasumi KAKIZAKI/SHOGAKUKAN

 

Et le fait de savoir que cette série ne compte que 3 tomes vient nous conforter dans cette idée. Il n'a jamais été question de raconter une histoire longue et réfléchie depuis le départ. L'auteur se concentre donc sur la mise en avant de valeurs vues et revues dans le paysage du shônen de masse comme la volonté de devenir fort pour protéger les êtres qui nous sont chers, s'aimer malgré nos différences ou encore faire fi des liens du sang quand on parle de famille. De plus l'approche très manichéenne se veut des plus simplistes et rend les personnages peu intéressants : soit ils sont très méchants, soit ils sont très gentils. Certes, cela rend le récit très accessible mais cela manque quand même de nuance...

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