Interview de Raf, auteur de Debaser (Ankama Editions)

Entretien sans langue de bois

A l'occasion de la sortie du septième volume de la série la plus irrévérencieuse du milieu du manga, Debaser, Manga-Sanctuary est allé à la rencontre de son auteur, RAF, une jeune femme franche, sympathique et dotée d'une bonne dose de second degré. La jeune auteur nous parle de son bébé, édité chez Ankama Editions et du parallèle entre le monde de Debaser et le notre.

 

 

 

 

Bonjour RAF, pourriez-vous d'une part vous présenter aux membres de Manga-Sanctuary et d'autre part, nous raconter votre parcours professionnel, de vos débuts à l'heure actuelle ?

Bonjour à tous ! Je suis auteur de BD et je dessine depuis que j'ai été biberonnée au Club Dorothée ! J'ai commencé par faire des fanzines de BD avec des amis quand j'avais 17 ans, puis j'ai rencontré Run, l'auteur de Mutafukaz et responsable éditorial du label 619 en 2007 qui m'a proposée de faire Debaser chez Ankama.



Le septième volume de votre série Debaser vient de sortir en librairie chez Ankama Editions. Revenons-en aux origines : Comment est né le projet Debaser ?

Les persos sont nés il y a plus de 10 ans, je remplissais mes cahiers de cours de petites histoires inspirées de mes mangas préférés : Ranma ½, Dragon Ball, Bastard, Apple Seed, etc... ça donnait un drôle de mélange qui n'a rien à voir avec les persos définitifs ^^ Pour en faire un projet de BD viable, j'ai voulu situer les personnages en France, dans un contexte français, pour permettre une identification des lecteurs aux héros. Je me suis demandée « Quel sujet utiliser pour ce shonen ? », et comme les ninjas et les pirates étaient déjà pris, je suis partie sur le thème du rock ^^



Pouvez-vous nous expliquer comment est née votre collaboration avec Ankama ? Quelles sont les contraintes et les libertés de cette « alliance » ?

J'ai rencontré Run en 2006 dans un festival de manga, (le stand Ankama était encore tout petit, difficile à imaginer aujourd'hui ^^!) et le courant est passé tout de suite. Run nous laisse une totale liberté éditoriale dans le label 619 ! C'est très motivant ! J'envie quand même parfois les auteurs Japonais qui sont suivis et coachés par leurs éditeurs (comme dans Bakuman), c'est rassurant pour un jeune auteur. Deux pays, deux systèmes ^^



© 2012 Ankama éditions

 

 

Debaser se distingue de ce que l'on a l'habitude de lire dans le global manga (graphisme, thème, ton etc...) Pouvez-vous nous faire le speech de votre série, pour intéresser ceux qui ne connaissent pas encore Debaser ?

Debaser est un shonen (manga d'action et d'initiation) sur le rock. L'histoire se déroule dans un futur proche où le rock a été interdit ; une grosse maison de disque, Mundial, inonde le pays de pop musique mielleuse. Dans cet univers aseptisé, 2 ados, Joshua et Anna, redécouvre le rock et décident de le réhabiliter en s'attaquant à Mundial à l'aide de super attaques musicales !
Il y a un ton contestataire inhérent au style musical, traité avec humour. J'essaye de m'adresser autant aux garçons qu'aux filles, et le public va du préado au geek trentenaire. Le dessin se rapproche du manga mais l'histoire est ancrée dans la culture satyrique française, pour que les lecteurs français se reconnaissent dans l'univers et les personnages.

 

 

Il y a beaucoup à dire sur Debaser. Commençons par le graphisme. Votre coup de crayon est vif et immédiatement identifiable. Quelles ont été vos diverses influences graphiques ?

Il y en a énormément, je mélange beaucoup de références, japonaises et américaines principalement. J'adore tous les animés du studio Gainax et particulièrement du réalisateur Imaishi Hiroyuki. En manga, je m'inspire de One Piece, c'est le shonen parfait ^^ du côté des comics, je m'intéresse aux styles de dessin très graphiques, comme les travaux de Jim Mahfood, Jhonen Vasquez ou Jamie Hewlett. J'ai une approche plus graphique qu'esthétique, je préfère les dessins simples et efficaces.



Votre découpage et votre mise en scène sont assez uniques, accentuant l'aspect dynamique, donnant un côté « rock'n roll », sortant des sentiers battus. Travaillez-vous assidument sur vos nemus afin d'accentuer cet effet, ou cela vient-il naturellement ?

L'étape des nemus est la plus importante, il faut y passer le plus de temps possible. Je fais des pré-nemus en tout petit, puis des nemus par double-page avec les dialogues pour les faire lire à mon copain. Le regard extérieur est indispensable ^^ c'est l'étape la plus difficile mais la plus intéressante aussi, c'est le squelette de la BD. J'ai encore du chemin à faire pour bien maitriser la narration ^_^ !



© 2012 Ankama éditions



Abordons maintenant le scénario et l'univers de Debaser. Joshua et ses amis forment les Debaser, un groupe de rock parisien voulant faire revivre le son « à l'ancienne » à une époque où la musique est aseptisée et où règnent des bureaucrates véreux. A travers votre oeuvre on ressent fortement votre passion pour le rock. Quels sont les artistes qui vous ont et qui vous inspirent ?

Deux époques en particulier : le rock des années 70 (Rolling Stones, Pink Floyd, Jimi Hendrix, Queen, Led Zep, Lou Reed, etc...) que mon père écoutait beaucoup quand j'étais petite, et celui avec lequel j'ai grandi dans les années 90 (Rage against the machine, Nirvana, Korn, Nine Inch Nails, Tool, Foo Fighters, etc...). Et Queens of the Stone Age bien sur, le prénom de Joshua est un hommage à Josh Homme. J'ai une préférence pour le style musical « Stoner », un mélange de métal et de rock psychédélique.



En plus du rock, on prend plaisir à découvrir votre regard cynique sur une société pas si différente de la notre. Est-ce important pour vous de délivrer des messages et votre vision des choses à vos lecteurs ?

Plutôt qu'un message, c'est un clin d'oeil. Comme pour dire « On est tous dans la même merde, autant en rire ensemble ! ». C'est comme ça que le voient les lecteurs en tout cas ^^



Comme dit plus haut, Debaser possède un ton qui lui est propre : il se distingue par un humour ravageur construit par de nombreuses références politiques, culturelles etc... qui parlent au plus grand nombre et un langage jeune et franc. Cette liberté de ton a t-elle une limite ou avez-vous carte blanche à ce niveau là ?

Du côté de l'éditeur, j'ai carte blanche ! De mon côté, je ne me limite pas particulièrement non plus, tant que le gag sert le scénario. La BD n'est pas un média aussi grand public que la musique ou la TV, on peut faire un peu ce qu'on veut sans créer de polémique ^^ j'adore l'humour de Groland, par exemple, et eux n'ont aucune limite !



© 2012 Ankama éditions



En 7 volumes, nous avons vu le groupe se former, jouer, être approché par Mundial. Créez-vous le scénario petit à petit, ou avez-vous déjà une idée de la fin, du nombre de tomes au final ?

J'ai la trame générale en tête, mais j'adapte le scénario à l'actualité pour chaque volume. Par exemple dans le volume 7, l'histoire se déroule sur fond de campagne présidentielle. J'essaye aussi d'ancrer Debaser dans son époque en faisant référence à la culture geek/internet que partagent les lecteurs. Les politiciens ont des idées encore plus tordues que moi, c'est facile de trouver l'inspiration en regardant les infos haha ! Par exemple, Hadopi m'a fourni un paquet d'idées de blagues.

 

 

On dit que les héros de BD sont le reflet de sa propre personnalité. Qu'avez-vous de Joshua, de Anna, de Nathan et de Rel ? Et à contrario, quelles qualités ont-ils que vous n'avez pas ?

Je pense que je ressemble plus à Nathan, haha ! Je ne sais pas si ils tiennent de moi, j'ai écrit leurs caractères pour qu'ils soient complémentaires et qu'ils soient utiles à l'avancée de l'histoire. J'ai surement le côté râleur de Joshua et geek-otaque de Rel. Ils ont un talent pour se mettre dans la merde puis en sortir que j'envie haha !



Si vous vous disais que je souhaite développer ma culture rock, quels sont les artistes que vous me conseilleriez ?

A mon avis le blues est un bon début (Bo Diddley, Robert Johnson, Little Richard, Lightnin ' Hopkins...) puis le rock des années 70. Si ça prend, on peut passer au métal des années 80 (Black Sabbath, Iron maiden, Pantera, …) ^^ ! Les Rolling Stones sont un très bon groupe pour attaquer, toute la période entre « Aftermath » (1966) et « Some Girls » (1978) synthétise bien les tendances musicales de l'époque.



© 2012 Ankama éditions



On devine votre penchant politique en vous lisant. Une petite idée pour qui voter lors des présidentielles ?

Le programme du front de gauche me plait bien, c'est la première fois que je vais voter avec le sourire héhé !

 

 

Avez-vous déjà une idée de votre future série ? Quel(s) thème(s) souhaiteriez-vous aborder ?

J'aimerais continuer à travailler en format manga (poche, 200 pages, noir et blanc), qui est idéal pour raconter une longue histoire et proposer une BD pas trop chère aux lecteurs. Malheureusement en France, les éditeurs sont encore frileux pour le manga français (plus que les lecteurs, qui sont très ouverts à ce format). Je vais probablement proposer d'abord un projet grand format couleur avant de repartir sur une série manga. Je m'intéresse aussi beaucoup au numérique, qui propose une alternative passionnante au format papier, qui coûte très cher à produire et subit de plein fouet la crise économique. Le numérique permet de réduire les intermédiaires entre l'auteur et le lecteur. C'est un nouveau système économique basé sur la gratuité de l'oeuvre originale, le financement se faisant par la vente de produis dérivés, par exemple.

 

 

Un petit mot pour les fans de Debaser ?

Un grand merci pour leur fidélité et leur enthousiasme à toute épreuve. Ils trouvent toujours toutes les petites références cachées, ça fait super plaisir ! Et merci aussi à tous ceux qui ont fait confiance à la série malgré les débuts un peu brouillons ^^



 © 2012 Ankama éditions



Si vous étiez :

Avez-vous un mot que vous affectionnez ? DIY (do it yourself!)

 

Merci à RAF et à Nazir pour cette interview. RAF, bon courage pour la suite des aventures de nos « frenchie rockers » !

 

Si vous, lecteurs de MS, avez une âme de Gauche et que Debaser est susceptible de vous intéresser, voici le résumé officiel, ainsi qu'un lien vous permettant de découvrir le premier tome gratuitement !

http://staticns.ankama.com/ankama-editions/www/pdf/Debaser_tome01.pdf

Paris 2020, Mundial l'unique major du disque, impose à la France sa pop mielleuse et fade. Toutes les musiques jugées subversives sont interdites par le gouvernement sécuritaire en place, qui montre son soutient à la musique made in Mundial. Il reste tout de même certaines personnes qui résistent en redécouvrant la vraie musique. Réunis un peu malgré eux, 2 jeunes, Joshua le rebelle et Anna l'intello, vont faire face à la censure gouvernementale. Mais quand on joue des sons prohibés, il faut courir vite, très vite !

 

 

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par Den d Ice

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