• Critique Octave T.1 par

    Même si je ne suis pas une grande connaisseuse ni amatrice de yuri (romance entre femmes dans les mangas), je continue mes découvertes dans le catalogue de Taifu avec Octave d'Haru Akiyama. Avec sa couverture douce et mélancolique où pointe une touche de tragédie symbolisée par ce fameux fil rouge que les japonais aiment bien utiliser comme métaphore dans leurs romances, ma curiosité était titillée.

    Dans ce titre, nous suivons le quotidien de la jeune Yukino, ex-idol qui travaille désormais à Tokyo dans son ancienne boite mais plutôt comme secrétaire après avoir abandonnée le lycée. Sa vie n'a rien de mirobolant et elle semble s'ennuyer ferme en plus de déprimer sérieusement. Elle a du mal à tourner la page après son expérience ratée en tant qu'idol et surtout son retour à la vie civile qui ne fut pas facile. C'est alors qu'elle fait par hasard la connaissance d'une compositrice qui l'intrigue et l'attire.

    Le ton est donné d'emblée, l'ambiance est morose et l'héroïne déprimée à souhait. Pas facile de rentrer dans un titre qui commence ainsi, et pourtant j'ai petit à petit été entraînée dans l'histoire de Yukino. Celle-ci ne respire pas la joie de vivre mais j'ai aimé le réalisme avec lequel l'autrice a essayé de la capturer. C'est le portrait désenchanté d'une ex-idol qu'on nous fait, une jeune fille que la société n'a pas épargné quand elle a dû arrêter de chanter. Moqueries, jalousies, rumeurs dégradantes, rejets, pas facile de s'en sortir face à ça. Yukino a tout de même eu la force de leur tourner le dos et d'avancer. Sauf que là aussi, les difficultés sont belles et bien là. Elle doit se reconstruire, chercher un nouvel objectif dans la vie et ça prend du temps. Alors oui, le ton est morose, l'héroïne souvent déprimée mais j'ai trouvé que ça sonnait juste.

    J'ai aimé le portrait fait du milieu du showbiz. On ne nous dit pas que c'est tout rose, bien au contraire. On nous montre qu'un groupe se monte et se démonte tout aussi facilement, que des amitiés se font et se défont tout aussi vite. Les anciennes idols n'ont pas toute la vie facile après. Certaines, oui, arrivent à continuer dans le milieu mais c'est rare. Les autres qui veulent persévérer peuvent tomber dans les jobs sordides, comme les films pornos, on peut aussi leur proposer des photos de nues, libre à elles d'accepter ou pas. Elles peuvent aussi abandonner tout ça, mais la pression du regard des autres, regard toujours un peu pervers ou jaloux est là et ne s'efface pas. Pas facile.

    C'est au milieu de toute cette angoisse, qu'on découvre l'autre héroïne : Setsuko, qui malgré son flegme tranquille est lumineuse. Elle aussi a été connue et elle est désormais juste compositrice dans l'ombre. Sa rencontre avec Yukino est toute simple, elle a lieu dans une laverie automatique, mais pourtant elle sera marquante. Leur attirance est immédiate et réciproque, mais Yukino est tellement empêtrée dans son mal être qu'elle ne le comprend pas de suite. C'est une lente valse de séduction qui s'entame alors naturellement entre les deux et c'est mignon. Sauf que Setsuko est plus mature, elle, elle sait ce qu'elle aime et elle finit par aller droit au but. Ça peut choquer que ça aille si vite si loin entre elles, surtout quand on voit la lenteur d'évolution des relations dans d'autres mangas, mais au final ça sonne assez juste. Setsuko permet à Yukino d'explorer enfin sa sexualité, alors qu'elle n'avait aucune expérience et ne rêvait que d'une petite vie rangée d'hétérosexuelle. Elle la fait se remettre en question et se questionner sur elle-même et ses rêves, c'est important. Reste que pour le moment, tout est allé très vite et rien n'est vraiment posé, creusé là-dedans. Leur relation est encore toute fraîche et pleine d'incertitudes et de questionnements.

    Le trait fin d'Haru Akiyama est très rond et plein de sensualité. On ressent parfaitement le plaisir et le réconfort que l'héroïne trouve dans les bras de Setsuko. Je ne suis pas une adepte des romances lesbiennes mais j'ai trouvé ici que le trait la retranscrivait bien et lui donnait un côté très chaleureux et confortable, ce qui veut dire que l'autrice normalise très bien cela et c'est chouette.

    6

    Tampopo24 - 31 décembre 2019

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