• Critique Tough par

    Tough nous raconte en 42 volumes l'histoire de Kiichi Miyazawa (alias Kibô), 17 ans et futur héritier du Nadashinkage ("technique de vie et de mort"), un art martial très secret. Il est entraîné depuis sa naissance par son père (qui a une puissance colossale) mais il est malgré tout bien loin de maîtriser ce style aussi riche que complexe.
    Kibô aime énormément se battre et c'est avec plaisir qu'il affrontera tous les combattants qui croiseront sa route, surtout s'ils lui sont supérieurs, car c'est en s'opposant à plus fort que lui que Kibô progresse le plus.

    Précisons dès maintenant qu'il ne s'agit pas de lutte sportive, fair-play et gentillette. Non, c'est tout le contraire : il s'agit de bagarre de rue, et tous les coups sont permis, sans aucune exception. Les os cassent, les ligaments se déchirent, et ceux qui perdent un combat ne s'en tirent généralement pas sans séquelles irréversibles. Dans Tough, on croise nombre de champions dont la carrière et la vie ont été ruinées par une simple défaite. Même si assister aux combats en tant que lecteur est un plaisir, on est tout à fait heureux de ne pas devoir y prendre part (et on espère de tout coeur ne jamais avoir à livrer une lutte de ce genre), alors qu'à l'opposé, dans un manga comme Ippo, la tentation de s'inscrire dans un club de boxe nous prend de temps en temps.

    En plus d'être très violents, les combats de Tough sont aussi assez peu réalistes, un peu à la manière d'un Baki. Tous les combattants sont de véritables monstres et on le comprend dès les premiers tomes lorsqu'on assiste par exemple à la démolition d'un énorme camion par les coups de pieds d'un seul homme et en quelques minutes à peine. Mais malgré tout, l'auteur de Tough en fait moins que celui de Baki, ce qui fait que le manga paraît (un peu) plus "réaliste" que ce dernier.

    Le manga peut être divisé en 2 grandes parties :

    La 1ère moitié est très répétitive et perd donc de son intérêt au fur et à mesure que les tomes passent. Le schéma suivi est toujours le même :
    - Kibô rencontre un formidable adversaire auquel il va devoir se mesurer;
    - il s'entraîne pour le défier (notons que l'entraînement est souvent très rapide, aussi bien pour le lecteur (souvent moins d'un chapitre) que pour Kibô (un entraînement d'à peine quelques heures et le voilà prêt à défier un adversaire contre lequel il n'aurait pas eu la moindre chance avant ça));
    - il se bat contre lui et remporte le combat;
    - l'adversaire, qui ne pense à la base qu'à tuer Kibô, finit par devenir son ami et tout ça se solde par une poignée de main;
    - vient ensuite le prochain combattant, qui fait très souvent son apparition en couchant en un seul coup le précédent adversaire contre lequel Kibô avait eu tant de mal, pour bien montrer que le nouveau est bien plus terrible encore;
    - et on recommence depuis le début.
    Dans les premiers tomes, ça passe encore et on parvient à tout de même apprécier les combats malgré ce schéma aussi répétitif que convenu. Mais au bout de 20 volumes, ça devient franchement gavant. Le manga ne devient pas ennuyeux pour autant car on oublie finalement assez vite cette introduction bancale, mais le fait qu'elle revienne encore et encore est plutôt gênant.
    En plus, comme le montre ce schéma, c'est Kibô et uniquement Kibô que l'on suit. On ne voit combattre que lui. Certes, c'est le héros du manga, mais il est tellement au centre des projecteurs qu'il éclipse tous les autres personnages. L'auteur l'a trop mis en avant (d'ailleurs, c'est bien simple : il fait la couverture de chacun des 42 tomes) et ce n'est pas non plus une bonne chose, d'autant plus qu'il a une fâcheuse tendance à remporter tous ses combats de la même manière.

    La 2ème partie est nettement plus intéressante. On quitte cette succession hasardeuse de petites bagarres pour assister à ce que tout lecteur attend d'un manga de baston : le fameux tournoi d'arts martiaux. Ici encore, il s'agit de combat libre, sans aucune règle ou presque.
    Les quelques points faibles cités pour la 1ère partie disparaissent totalement. Plus besoin d'imaginer de (mauvaises) nouvelles façons d'introduire les combats et les personnages puisqu'il s'agit d'un tournoi, ce qui offre un prétexte tout trouvé pour ça.
    De même, Kibô cède un peu la vedette aux autres vu qu'on assiste enfin à de nombreux combats auxquels il ne participe pas. Cela permet de développer plus en profondeur pas mal d'autres personnages, et le résultat est assez réussi. Soit dit en passant, ceux qui ont déjà lu ou vu la 1ère saison de Baki trouveront sans doute qu'il y a comme un air de déjà-vu dans ce tournoi, mais rien de bien grave.
    Cette compétition s'achève quelques tomes avant la fin (elle dure donc une bonne grosse quinzaine de tomes). Les derniers volumes sont consacrés à la découverte de quelques secrets sur la famille de Kibô et le Nadashinkage.
    La série se termine de façon excellente et assez émouvante, sur un combat spectaculaire. Il est relativement rare de lire un manga qui offre une fin à ce point réussie, surtout lorsque ce manga est aussi long que ne l'est Tough.

    Un petit mot sur le style graphique de l'auteur : celui-ci se débrouille plutôt bien avec sa plume et ses dessins sont vraiment agréables à l'oeil. Le problème, c'est qu'il recourt un peu trop systématiquement à des programmes informatiques pour illustrer le manga : certains copier-coller sont flagrants et la plupart des décors ne semblent être que des photographies retouchées à la plume. Des fois ça passe, des fois pas du tout et on a l'impression qu'on a collé un personnage dessiné sur une photo. Cette impression diminue au fil des tomes, mais elle subsiste néanmoins jusqu'à la fin.

    Concernant l'édition, elle est réellement médiocre. J'ai tout eu : fautes d'orthographe, coquilles, lettres manquantes, mots entiers voire bouts de phrases manquants, pages et bulles coupées, inversion des noms des personnages, erreurs de chiffres (un coup la récompense du tournoi est de 20.000 millions, un coup elle est de 200.000 millions : ça change à chaque chapitre) ou encore pages décalées (je peux vous assurer qu'un dessin sur une double page perd pas mal de son charme lorsque les 2 pages en questions ne sont pas face à face mais l'une au recto et l'autre au verso d'une même feuille).
    Certaines de ces bourdes ont peut-être été corrigées lors de rééditions plus récentes, mais tout ça est bien présent dans l'édition que j'ai dans ma bibliothèque.

    Tough n'en reste pas moins un très bon manga dans son genre (bien que je lui préfère Baki) qui, malgré une 1ère moitié assez moyenne, parvient à captiver dès le début de la seconde partie et ce jusqu'à la fin grâce à des personnages fouillés et recherchés, des techniques de combats très diverses, et de la baston superbement mise en scène. Une fois le tome 42 refermé, c'est avec grande impatience que l'on voudrait se lancer dans la lecture de Free Fight, la suite de Tough.
    ...et c'est d'ailleurs ce que je vais faire très rapidement.

    8

    chris936 - 03 octobre 2009

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