• Critique Le Dévoreur de Souvenirs T.1 par

    Depuis sa sortie, la collection Moonlight de Delcourt-Tonkam a son petit succès sur la blogosphère. Offrant de titres tranches de vie un peu âpres et tourmentés, ils changent des tranches de vie plus léger auxquels on est habitués chez l'éditeur. Le dévoreur de souvenirs est ma première incursion dans cette collection.

    Courte série composée de 2 tomes parue en 2017 au Japon, que l'éditeur français a fait le choix de sortir d'un coup en intégralité, elle est également pour moi de découvrir le travail d'un duo d'auteurs que je ne connaissais pas : Kyoya Origami au scénario et Nachiyo Murayama aux dessins, dont j'ai l'impression que c'est ici la première oeuvre. Pour autant, en lisant ce titre, aucune impression de lire une oeuvre de débutant ne se fait sentir bien au contraire. Nous sommes en présence d'un titre abouti et travaillé aussi bien graphiquement que scénaristiquement.

    L'histoire est simple, elle s'inspire d'une légende urbaine, comme on en trouve plein au Japon, celle d'une entité qui dévorerait les souvenirs des gens qu'elle croise : le Kiokuya. Le héros de l'histoire, Ryûichi, un étudiant, croise par deux fois dans vie des jeunes filles "victimes" de cette entité. Agacé par ce qu'il considère comme un crime, il décide de mener l'enquête.

    J'ai d'emblée beaucoup aimé la tonalité de la série : grise, urbaine, lente et un peu mélancolique. La teinte thriller est également très inspirée et se marie merveilleusement bien au cadre de l'histoire. Nous sommes dans une dynamique de mystère, d'incertitude, de flou, d'inquiétude aussi un peu avec des incidents qui se produisent plusieurs fois autour du héros, qui a de quoi se demander pourquoi c'est toujours lui.

    Suivre ainsi le déroulement autour d'une légende urbaine est très intéressant. On en voit d'abord la naissance dans l'esprit dans gens avec cette transmission de bouche à oreille. On en voit les réminiscences des années plus tard de manière un peu fortuite. Puis, on y est directement confronté. On se met ensuite à faire des recherches, impliquant à nouveau bouche à oreille, sites internet et réseaux sociaux. C'est très bien construit et le lecteur sent une certaine emprise avec sa réalité malgré la touche fantastique de l'histoire.

    Le fantastique fut d'ailleurs l'un des éléments que j'ai beaucoup aimé ici. Il est intégré au scénario par petites touches discrètes qui prennent peu à peu de l'ampleur. Graphiquement, j'aime beaucoup comment est représenté ce dévoreur de souvenirs et ce qu'il fait. C'est très poétique. Il suffit d'ailleurs de regarder la couverture pour se faire une idée avec ces nuages qui semblent s'échapper du héros, de son quotidien et de son environnement pour venir cacher ce qu'il ne veut peut-être plus voir.

    Cela m'amène au fameux thème au centre de toute cette histoire : la gestion de nos traumatismes et de leurs souvenirs. Car si on parle tant du Kiokuya, c'est parce qu'il n'efface pas n'importe quels souvenirs mais ceux qu'on ne peut plus supporter et qu'on aimerait bien qu'on nous efface pour continuer à vivre. Or le héros oppose une toute autre conception, lui. Pour lui, effacer les souvenirs de quelqu'un c'est forcément le changer, lui faire oublier des relations qu'il a noué, des moments qui ont forgé son caractère et ça l'empêche également d'évoluer, de grandir, d'apprendre à surmonter tout ça. Il est donc contre l'action du Kiokuya. A l'inverse, l'avocat qu'il va rencontrer et avec qui il va mener l'enquête, lui, est pour l'intervention de cette entité selon les moments. Il estime qu'il faut ainsi parfois aider les gens pour qu'ils ne sombrent pas et ne fassent pas de bêtises à cause d'un trauma. Il pense qui si on a déjà sauvé quelqu'un, il faut tout faire pour empêcher une rechute. Deux visions qui se comprennent humainement mais qui s'opposent et sur lesquelles les auteurs nous proposent de réfléchir.

    7

    Tampopo24 - 06 septembre 2020

    Avez-vous aimé cette critique ? OUI NON
Vous avez lu Le Dévoreur de Souvenirs T.1 ?
Ecrire une critique