• Critique En proie au silence T.1 par

    Annoncé en novembre par Akata, En proie au silence est un seinen en 8 volumes écrit par Akane Torikai, une mangaka qui serait en train de laisser une trace dans le milieu au Japon. « Elle marquera profondément l’Histoire du manga, et nous sommes en train d’assister à son éclosion en direct », comme nous la décrit l’éditeur dans sa présentation de l’auteur. En proie au silence est défini comme un « manga choc », qui va « taper très fort et faire parler », une œuvre qui proposera des « scènes dures » et « aborde frontalement la question de la misogynie et des inégalités entre les hommes et les femmes dans les sociétés modernes. » Tout un programme donc, évidemment alléchant, et qui est donc porteur de grandes promesses… qu’il faudra tenir.

    Tout d’abord, rejoignons l’éditeur sur un point : le titre va contenir des scènes dures, voire crues, et est donc à réserver à un public averti. Notre protagoniste principal s’appelle Misuzu. Elle a 24 ans, est célibataire (et semble heureuse de l’être), est professeure dans un lycée et semble n’avoir qu’une seule véritable amie, Minako, qui lui annonce son mariage à venir avec Hayafuji. Cet événement conjugué à une rumeur concernant un élève de la classe dont elle est professeure principale va réveiller en elle des souvenirs douloureux et la faire, enfin, réagir.

    Bon, on ne va pas se répéter mais un peu quand même. En proie au silence est un titre dur. Dur d’abord, car sa lecture en tant qu’homme ne peut que nous mettre face à nos privilèges, réels, dans ce monde où il y a, quel que soit le sujet, des gagnants et des perdants. Notre position d’homme nous offre de nombreux avantages qui, forcément, se répercutent sur les femmes de nos sociétés « modernes ». On lit donc ce titre en se sentant coupable, et il faut reconnaître que notre regard sur les protagonistes masculins du récit se révèle très sévère. La véritable force n’est pas physique, loin de là, et Misuzu nous le démontre amplement, même si c’est, pour le moment, en face d’un ado de 16 ans.

    Le parcours de Misuzu peut sembler irréel. Pourquoi laisserait-elle cette situation sans rien faire ? Comment peut-elle continuer à subir ainsi ? Les premiers éléments fournis dans ce tome n’apportent pas encore toutes les réponses mais nous savons que ce type de situation n’est jamais simple à vivre. Les dégâts sont profonds et ne peuvent se réparer d’un coup de baguette magique. Akane Torikai semble maîtriser son récit, de manière assez troublante d’ailleurs, et les regards portés par notre héroïne sur son entourage, des étudiants à sa meilleure amie en passant par ses collègues, sonnent terriblement justes. Terriblement parce qu’ils sont crus, sans fioritures, et tellement « vrais » à la fois.

    Le trait de Torikai sert lui aussi son récit, avec des compositions de pages et des découpages efficaces : les doubles-pages sont utilisées à des moments-clés, les gros plans sur les visages permettent d’appuyer les propos des personnages, et le style réaliste conforte l’immersion du lecteur. Certaines scènes sont à réserver à un public averti même si rien n’est montré frontalement. Comme dit plus haut, il ne s’agit pas ici d’un shôjo pour jeune fille, mais d’un titre mature et adulte à lire par des lecteurs ayant suffisamment de recul pour l’accepter et le comprendre.

    9

    ivan isaak - 02 mai 2020

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