• Critique Frère à louer par

    Littéralement tombée amoureuse de sa jaquette et très intriguée par son synopsis, Frère à Louer était sans aucun doute la nouveauté que me faisait le plus d’œil en cette fin d’année.

    L’histoire nous entraîne dans le sombre quotidien de Kanami, petite fille esseulée. Suite à la disparition tragique dans un accident de voiture de ses deux parents, les seules choses qui restent à Kanami sont un grand héritage et un frère devenu violent… Afin de ne pas sombrer elle aussi dans une sombre spirale, et pour s’offrir encore des moments de joie, la petite fille prend une décision sans pareille: louer un frère de substitution. Passer du temps avec elle, lui parler, rire avec elle et la promener… Voilà le rôle de Makoto, frère de location, lorsque la petite fille loue ses services. Quelles sont les motivations de Makoto? Que cache Kazutaka, le frère de Kanami? Et plus important, Makoto finira t-il par ravir la place de Kazutaka dans le cœur de Kanami?

    Scénaristiquement parlant, en plus d’être une histoire très originale de part son thème rarement abordé, Frère à louer est une véritable bombe émotionnelle. Bouleversant et saisissant, le tout très réaliste, la petite Kanami nous entraîne dans un univers sombre où deuil, violences émotionnelle et physique, harcèlement scolaire et solitude se mélangent et s'entremêlent. On s’attache très vite à cette enfant qui, du haut de son jeune âge, lutte pour s’offrir des jours meilleurs. Il est très difficile d'imaginer comment une aussi petite fille peut trouver la force de se battre et de continuer à sourire quand sa vie se résume à de la souffrance que ce soit à l’école ou dans son foyer. Mais c’est cette force qui lui a permis de rencontrer Makoto et de louer ses services. Et très vite, les moments passés avec Makoto deviennent les seuls moment où Kanami peut être ce qu’elle est vraiment: une petite fille qui a besoin d’amour et d’attention. En plus de nous prendre par les sentiments et de titiller vivement notre empathie, on sent que la mangaka sait ce qu’elle raconte, où elle va. Chaque point du scénario semble réfléchi et travailler. Par exemple, la location: on apprend très vite qu’il y a une raison symbolique derrière l’argent que donne Kanami à Makoto. C’est très bien trouvé et à nouveau on se demande par quoi à bien pu passer la petite Kanami pour en venir à penser de la sorte. C’est pourquoi, je n’ai aucune craintes vis-à-vis de la suite (sauf pour mon petit cœur ceci-dit), j’ai l’agréable sensation que la mangaka sait où elle nous emmène. Et j’espère sincèrement ne pas être déçue, tout comme j'espère que Kanami trouvera une fin heureuse au bout du compte.

    Si le scénario remplit son rôle à la perfection, ce sont aussi les personnages créés et introduits dans ce premier tome par l’auteure qui rendent le tout si poignant. Attachants, intrigants, parfois même détestables, les personnages de Ichiiro Hako sont très réalistes. À nouveau, leur histoire, le passé qu’ils traînent à leurs pieds semblent très travaillés. On est face à des personnages profonds, tous très différents et pourtant très humains. Si Kanami est très attachante de par son caractère adorable, Makoto et Kazutaka eux sont très intrigants. Et c’est ici que réside une partie de la force du récit: on veut savoir. On veut savoir comment un frère à priori très attentionné envers sa sœur et très attaché à elle à pu subitement devenir si violent envers elle. Que se passe-t-il dans la tête de cet enfant submergé par ses sentiments? On veut savoir ce qui pousse Makoto à faire tant d’efforts pour aider Kanami. Enfin, bien évidemment on veut savoir où tout cela les mènera. (Et j’ai bien envie de savoir quand est-ce qu’ils remettront une bonne fois pour toute la camarade de Kanami à sa place aussi, parce qu’il serait temps.)

    Un scénario et des personnes qui font la force du récit, d’accord. Mais les dessins dans tout cela? Et bien c’est un poil plus mitigé. Les dessins de l’auteur sont très beaux, aucun doute là-dessus. Le contraste entre la douceur, l'innocence de Kanami et les situations difficiles dans lesquelles elle se retrouve sont retranscrites à la perfection. Non, le seul petit bémol est le manque évident de décors. Même si cela n’impacte en rien l’atmosphère générale de l’œuvre, il reste très flagrant. Les pages du manga sont aussi vides que l’est le cœur de Kanami, et tout ce qu’on espère à ce stade est que la mangaka, à l’instar du cœur de notre petite héroïne, remplisse les pages de beaux décors. Mais soyons honnête, même si ce serait un plus très appréciable, ce n’est certainement pas ça qui va m'empêcher de lire la suite et de l'apprécier à sa juste valeur!

    9

    Imitatia - 20 novembre 2019

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