• Critique Le bateau de Thésée T.1 par

    Il y a des livres comme ça où il ne faut guère plus d’une page pour savoir qu’on tient entre les mains une bonne histoire. LE BATEAU DE THESEE nous transporte dès les premiers mots sur le papier. Une métaphore tirée de l’antiquité nous invite dans un voyage temporel particulier où se mêlent l’enfance et le sang.

    L’histoire prend place au japon de nos jours. Avec comme personnage principal, SHIN et son hanté passé. Jeune homme plutôt charmant, marié et bientôt heureux papa, SHIN est marqué par son passé. Tourmenté par des cauchemars qui refusent de le laisser en paix, il craint les sujets d’actualité, que les journaux ressortent une vieille affaire du passé. Terrifié même par le regard des autres à son possible égard, il porte un masque au quotidien et se contente de petits boulots. Hors de question d’utiliser son diplôme d’enseignant sous peine d’attirer l’attention sur lui.

    Pourquoi ? Parce qu’il est le fils d’un criminel.

    Des années auparavant, quand lui-même était encore dans le ventre de sa mère, son père, policier de son petit village et respecté par toute la communauté a été reconnu coupable de plusieurs meurtres dans une école primaire. 16 enfants et 5 professeurs sont morts empoisonnés. Dès cet instant, c’en était fini de la famille SANO. SHIN, élevé durement par une mère toujours entachée du mot « coupable » donné à son mari, continue de porter sa croix sans entrevoir le bout du tunnel. Une dépression que sa femme YUKI réprouve assidûment. Aimante et désireuse du bonheur de son mari, elle a pris les choses en main et fait des recherches de son côté. Dans son carnet, tout est noté et annoté avec la précision d’un véritable détective privé. Il manque un tas de réponses à cette affaire, et possible que le père de SHIN n’ait pas menti en proclamant son innocence. Toutefois, SHIN est têtu et préoccupé par l’accouchement qui se rapproche. Quand la vie une nouvelle fois vient le frapper en plein cœur. Il s’imagine sitôt fini, esseulé et presque lui-même condamné à mort. C’est sans compter le sourire innocent de son sang qui ravive en lui la flamme de la vie. Enfin clair d’esprit, il décide d’entreprendre un long voyage à travers le temps pour déterrer les doutes et trouver des certitudes. Sauf qu’il n’aurait jamais imaginé toucher de si près son passé, physiquement parlant, et d’avoir peut-être l’opportunité de changer les choses.

    Voilà à peu près pour l’approche du scénario de ce premier tome. A quelques détails près. TOSHIYA HIGASHIMOTO l’auteur, n’écrit pas de manière linéaire. Il dissémine par-ci par-là des indices, des miettes pour nous pousser à jouer les enquêteurs auprès de SHIN. Propulsé en 1988, c’est un thriller que le Bateau de Thésée. Une sorte de huit clos s’installe dans un village un peu à l’écart de tout. Les personnages se jaugent, se dévisagent, se méfient les uns des autres. Un sourire cache un regard suspicieux. Un sourire d’enfant prédit un prochain cadavre. Les preuves accusent tout le monde et le lecteur paranoïaque que l’auteur nous oblige à devenir tente de décrypter toutes les pages les unes après les autres. On est emballés par cette histoire de meurtres en devenir et on a terriblement hâte d’en découvrir davantage. Surtout que la fin nous présente tous les signes avant-coureur d’un vrai serial killer. On se demande aussi comment SHIN, dans le collimateur malgré lui d’un premier meurtre va pouvoir se dépatouiller de l’étau qui se resserre autour de lui. Sans oublier qu’il doit faire face à un père qu’il n’a jamais connu et qui se montre sous son meilleur jour à l’heure de leur première rencontre. Dualité permanente dans la psychologie des personnages, il n’y a bien que SHIN que le lecteur ne suspecte pas. Même, les enfants sont ici présentés à la manière du film La Malédiction : angélique d’apparence mais le diable dessiné dans l’ombre.

    En parlant de dessin, on notera un style simple mais efficace. Un trait assez géométrique, scolaire. Visages arrondis ou carrés, sourcils rectangulaires, oreilles proéminentes, rien qui ne fasse l’effet wouaoooo si je puis dire. Sauf qu’honnêtement on s’en fiche. Ici ce n’est pas le style graphique qui fait l’histoire mais le scénario et l’ambiance autour. Comme lorsque vous regardez un très bon film avec un acteur disons par forcément beau d’apparence mais sacrément doué dans son rôle. Un vrai acteur en somme. Après, n’allez pas croire que c’est mal dessiné, au contraire, à mon sens je dirais que c’est « filmé ». Comme si, l’auteur voyait la scène se dérouler dans sa tête avant de la retranscrire sur le papier. Un 8mm façon manga. Percutant, crédible et réaliste.

    En conclusion, j’ose dire que ce premier tome est un sans-faute dans son genre. Tous les jalons d’un bon thriller psychologique sont posés, avec un brin de surnaturel dû au voyage dans le temps. VEGA, jeune éditeur sur le marché a eu le nez très fin en choisissant ce titre qui de par le bouche à oreilles devrait rapidement se démarquer sur les rayons des librairies. De mon côté je m’en vais lire le 2ème tome et voir s’il tient ses promesses car forcément j’en attends beaucoup désormais.

    9

    KssioP - 04 février 2020

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