• Critique Don't Fake Your Smile T.1 par

    Je suis fan d'Aoki Kotomi depuis ses débuts et elle m'a accompagnée dans mon parcours de lectrice de shojo, évoluant et murissant en même temps que moi. Son dernier titre en date : Lovely Love Lie, sur de jeunes adultes vivant leur rêve dans l'industrie du disque, avait été un grand coup de coeur du début à la fin. Et j'étais impatiente de découvrir ce qu'elle pourrait nous proposer ensuite.

    Je l'avoue, j'ai d'abord été surprise d'apprendre que ce serait Akata et non Soleil, son éditeur historique, qui sortirait Don't fake your smile, mais dès que j'ai écouté la vidéo de présentation de Bruno (le directeur de collection), j'ai compris ce que le titre faisait là. Akata est connu pour ses titres engagés et celui-ci est totalement dans cette ligne éditoriale car cette fois, pas de bluette adolescente comme ce fut souvent le cas au début de sa carrière, non l'autrice parle de quelque chose de grave et d'important : les agressions sexuelles.

    Tout démarre pourtant comme une énième romance lycéenne, avec la solaire Niji, vice-capitaine du club de judo, qui aime bien se disputer avec le capitaine, Gaku. Ces amis qui aiment se chambrer forment un joli trio avec Hiyori, autre membre du club. Ce dernier leur demande de rester un soir, mais seul Niji le fait et il lui fait alors une déclaration fracassante : il est gay. Gaku qui les observe depuis dehors pense que c'est une déclaration d'amour et qu'ils sont désormais en couple. Sur ce malentendu, il refuse de la raccompagner chez elle comme d'habitude et malheureusement elle se fait agresser sur le chemin du retour. Le lendemain, elle revient au lycée comme si de rien n'était et annonce à tout le monde ce qu'il s'est passé sur le ton de l'humour mais au final elle a été bien plus marquée que ça. Et c'est l'histoire de sa reconstruction que nous allons suivre.

    Je suis ravie de voir une autrice que j'aime parler d'un tel sujet, ça change des romances habituelles et c'est un sujet éminemment d'actualité dont il faut parler. L'autrice le fait avec beaucoup de justesse. D'abord en parlant de l'agression sans voyeurisme aucun, sans regard sordide comme c'est trop souvent le cas, et surtout en ne s'arrêtant pas là. Il y a bien eu agression, c'est lourd, c'est sérieux et ça laisse des marques. L'héroïne, malgré son air bravache, a été ébranlée jusqu'au plus profond d'elle-même. Elle a beau sourire, elle a peur désormais, elle ne veut pas se laisser bouffer par ça, mais c'est plus fort qu'elle. Et l'autrice rend ça à merveille ! C'est beau et terrible à la fois. A cette peur incontrôlable, s'ajoutent les rumeurs, choses pernicieuse que les humains aiment tellement propager et avec un tel drame, c'est un morceau de choix qui s'offre à eux. C'est ignoble mais réaliste et c'est ce que j'aime chez cette autrice. Elle ose nous montrer nos pires travers.

    Là où, l'autrice a été maligne aussi, c'est que pour bien parler aux adolescents, elle a choisi un cadre lycéen comme elle l'aurait fait pour n'importe lequel de ses shojo habituels. On se retrouve en terrain connu et le déraillement dû à l'agression se fait alors d'autant plus sentir. De la même façon, son héroïne est très belle. Niji est forte, solaire, amusante. On se dit que rien ne peut lui arriver et pourtant. Elle devient alors d'autant plus humaine et touchante. Comme Hiyori et Gaku, on a envie de la prendre dans nos bras pour la réconforter et lui dire que tout ira bien même si on sait que c'est faux, que ce n'est pas suffisant. C'est tellement beau et triste à la fois.

    Mais Aoki Kotomi ne se cantonne pas à cette histoire-là, Don't fake your smile est heureusement plus qu'un drame autour de l'agression de Niji, ça aurait peut-être été un peu trop mélodramatique pour moi. Elle a décidé de parler également des apparences et des masques que chacun de nous porte au quotidien dans un sens plus large, et ce grâce au trio d'amis qu'elle a si brillamment mis en scène. On a Niji qui cherche à cacher les effets de son agression. Mais on a aussi Gaku qui cherche à cacher ses sentiments pour elle et sa souffrance de la voir mal mais aussi de la voir avec un autre. Et surtout, on a Hiyori qui lui cache qui il est vraiment. Il cache qu'il est gay. Il cache qui il aime. Il cache toutes ses souffrances derrière sa belle gueule et son humour de bon copain. C'est d'une tristesse. J'ai adoré ce personnage et ses rapports avec Niji, même si je n'aime pas ce dans quoi il l'embarque. On sent en tout cas se nouer entre eux des interactions qui ne vont qu'aller en complexité. C'est pour ça que je trouve le titre français diablement bien choisi, chapeau à l'éditeur !

    Graphiquement, pas de surprise, si vous connaissez l'autrice, vous retrouverez sa patte et ses gimmicks partout, des grands yeux ronds de l'héroïne à ses SD super drôles et tout choupis. Le dessin est assuré, après on aime ou on n'aime pas ses visages très rond et ses grandes bouches hyper expressives sur des personnages qui changent de tête presque à chaque case. Mais l'écriture est dynamique, les planches sont vives quand il le faut, sombres également quand c'est nécessaire. Ça se lit très très bien. On sent qu'on est avec une autrice qui a de la bouteille ! J'aime toujours autant lire les petits blablas de l'autrice et découvrir les crayonnés de ses couvertures. C'est une mangaka dont j'aime beaucoup les compositions graphiques et la plume.

    8

    Tampopo24 - 11 mars 2020

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