• Critique Inu & Neko T.1 par

    Après la lecture de l’extrait en ligne, je me suis posé des questions quant à la cohérence du scénario, et s’il y en avait un. Nous sommes en effet devant un manga relié de 120 pages, mais au format yonkoma, gags en 4 cases.
    D’où l’interrogation, comment aborder de but en blanc ce format que l’on connaît généralement comme bonus de séries aux personnages et à l’histoire préalablement connues du lecteur ?

    Plutôt qu’un résumé global, l’intrigue tiens donc dans les 4 premières pages colorisées, dont la mise en page est celle d’un manga classique.
    Passé la présentation des personnages (point positif), l’introduction est la suivante :

    Aki Hiragi (grande brune froide et posée) et Yachiyo Inugami (grande blonde joviale et énergique) entrent ensemble au lycée.
    Cette dernière arrive en retard à leur rendez-vous pour la rentrée scolaire, puisqu’elle a passé la nuit à regarder des vidéos de chatons (en relisant je viens de m’apercevoir que ses chaussettes étaient dépareillées (mais unies) ^^ ).
    Yachiyo avoue à Aki espérer rencontrer cette année la fille de ses rêves… qu’elle croise dans le couloir !

    La narration s’installe ensuite sur un rythme hybride, partagée entre le découpage en 4 cases, et la nécessité de construire l’histoire, de planter le cadre, de brosser les personnages, etc…
    Cependant, le yonkoma est clairement trop restrictif pour élaborer l’histoire dessus. Les chapitres deviennent vite l’unité spatio-temporelle principale. La 4ème case ne contient pas nécessairement de chute, et il ne faut pas compter lire les bandes indépendamment les unes des autres.

    Le duo chien et chat fonctionne bien, et l’anthropomorphisation des comportements animaliers, mêlée aux caractères bien distinct des personnages permet de varier les scènes scolaires que l’on peut retrouver classiquement dans d’autres séries.

    Mais si ce concept semble intéressant, on reste sur sa faim avec ce premier tome, qui je trouve n’est pas assez diversifié. Peu de scène hors du milieu scolaire, alors qu’il y a largement de quoi faire. La narration se focalise trop sur les personnages et leurs interactions. Peu de plan large, du texte pas toujours nécessaire, et un thème s’écoulant le long d’un chapitre, on fini un peu par étouffer.

    Peut-être est-ce à cause de la parution japonaise par à-coups, qui minimalise l’impact global du tome. L’auteure semble refocaliser constamment son histoire, comme si elle avait à légitimer son concept devant le lecteur. Elle l’avoue d’ailleurs à la fin dans une anecdote sur le ton de la plaisanterie.

    Concernant l’humour, l’un des principaux ressorts comiques est à base de léchouilles et de câlins, ce qui fait mouche et n’est pas pour déplaire aux habitués du genre, loin de là. Pour les autres, ils se demanderont peut-être si ces jeunes filles n’ont pas un problème hormonale, mais le comique est là, il faut juste y être réceptif. Cela reste cependant en grande partie cantonné à des plaisanteries gentillettes, avec plus ou moins sensualité dans les gags visuels. Un plus large panel aurais été le bienvenu ; tout n’est pas forcément obligé de tourner autour de ce qu’attendrait un lecteur model de yuri.
    Par exemple le gag « l’insouciance de la jeunesse » page 23, est très bon et se suffit à lui-même. La première partie du volume, plus hétérogène, est ce que j’aurais voulu voir développé en plus d’occurrence.
    Je suis ouvert à tous les genres d’humour, et bien que cela ne fasse pas rire tout le monde, c’est dommage de ne pas voir quelques passages plus graveleux, des calembours bidons, un peu d’humour noir, etc… Il y a une légère forme d’autocensure pudibonde, dont on ne sait peut-être plus se contenter à l’heure actuelle. La page 111 en est le parfait exemple ; en une blague, certes drôle, tout un gisement d’autres est mis à mal.

    Un des points clé est également la traduction et l’adaptation. Toujours délicate lors qu’il s’agit d’humour. Elle est ici très correcte, en adéquation avec le ton général. Je ne sais pas si l’auteure ou son éditeur ont eu des demandes spécifiques pour la version française, mais c’est justement sur des titres sans enjeu comme Inu et Neko qu’il faudrait pouvoir se lâcher sur l’adaptation humoristique. Elle est par comparaison plus poussée dans Les Vacances de Jésus et Bouddha ou dans le yonkoma qui était en bonus avec un tome de FMA.
    Bémol pour les titres, qui servent à se repérer, mais qui parfois gâchent la chute.

    Que l’on soit clair, Inu et Neko est un yuri. Pourquoi édité chez Ototo et non Taïfu ? Mystère. Les raisons sont probablement plus marketing que logiques.
    Yuri, et même un peu trop, puisque l’auteure ne semble pas pouvoir assez s’en détacher au profit d’un humour plus large, que personnellement j’attendrais d’un yonkoma. Et à l’inverse, utiliser exclusivement le yonkoma n’aide pas vraiment à faire une histoire yuri bien construite, bien que le support d’origine soit un magazine, et pas une œuvre reliée j’en suis contient.

    En résumé, Inu et Neko est un yuri potache à lire sans a priori.

    7

    Willos - 12 octobre 2014

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