• Critique Death Note par

    Death Note étant le troisième anime que j’ai visionné, mes souvenirs de l’œuvre peuvent être incomplets ou paraître peu exhaustifs. N’ayant pas lu le manga, la critique analyse portera évidemment sur l’adaptation animée réalisée par Madhouse.

    Bien que Death Note soit l’un des animes les plus connus au monde, et ayant une place de référence dans la pop culture, la critique et l’analyse sont toujours possibles grâce à la richesse du matériau d’origine. La force de frappe de l’œuvre est sans nul doute le scénario, imaginé et orchestré d’une main de maître par Tsugumi Oba. Dans la première partie de l’œuvre (jusqu’à l’épisode 25), la trame scénaristique est fluide et sans longueur. L’enchaînement des événements est compréhensible, les décisions sont probantes et expliquées, pour ne pas totalement noyer un potentiel néophyte. L’anime étant composé de 37 épisodes, le déroulement de l’histoire est si bien mené que le spectateur est tenu en haleine durant l’entièreté du spectacle, ce qui assure une réflexion assez poussée sur la construction scénaristique. La résolution des dilemmes et des enquêtes sont fascinantes et captivent l’attention de manière efficace. Mais une fois l’épisode 25 terminé, comme beaucoup s’accordent à le dire, l’intrigue perd un élément scénaristique fascinant et devient lourde, amère et peu grisante. De nouveaux antagonistes apparaissent, mais suscitent peu d’intérêt, tant leurs introductions laissent à désirer. Cela dit, nous continuons à suivre Kira dans sa quête de purification et de satisfaction. La fin de l’œuvre peut être décevante pour certains, correcte pour d’autres. Cela n’empêche pas la fatigue et le manque d’inspiration de se faire ressentir dans le dernier quart de l’anime. Dans ce shonen sombre, pas question de monomythe du shonen nekketsu. Ici, l’histoire est née d’un concept original et d’une trame tout aussi atypique.

    La narration est simplement parfaitement maitrisée. Le suivi parallèle de Light et L rend le tout parfaitement compréhensible. Les manigances de l’un sont mises en relation directes avec celles de l’autre. Un troisième point de vue à travers le personnage de Ryûk vient sublimer cette triple narration, point de vue qui sera étayé et approfondi dans Death Note R. Cela nous offre différents angles d’analyse et un certain recul vis-à-vis des événements qui se déroulent à l’écran, et cette possibilité est une richesse nous permettant de vivre l’histoire en se faisant notre propre avis. L’histoire peut être intéressante par le biais des personnages secondaires, loin de l’omniscience du Shinigami. Les visions de la justice et du manichéisme du monde sont donc diverses, et la narration magnifie le tout.

    Autre point fort de l’œuvre, les personnages et leurs évolutions. En effet, chaque personnage est haut en couleur et possède des idéaux bien définis. Light Yagami et L sont diamétralement opposés dans leurs perceptions de la justice, mais relativement proche dans la mesure où chacun veut prouver sa supériorité et se battre pour un idéal, aussi néfaste soit-il. Aucun personnage n’est entièrement considéré comme « méchant » ou « gentil ». Light veut devenir un dieu pour réaliser l’utopie d’un monde parfait, en tuant des meurtriers. Mais sa soif de pouvoir va le pousser à dériver de son code moral, persuadé être la représentation d’un être tout puissant affublé d’une mission de purification divine. L veut prouver sa valeur au monde en prétextant lutter pour le bien commun. La notion floue du bien et de mal est renforcée par l’absence de conscience morale de Ryuk, détruisant le « moralement acceptable » des actions de Light. Le développement psychologique est impressionnant, tant sur le fond que sur la forme.

    Death Note est une œuvre complète étant donné la maturité des sujets abordés et de la pertinence de leurs traitements. Une intrigue policière fantastico-dramatique, saupoudrée d’un questionnement théologique, de réflexions psychologiques et comportementales, et d’une allégorie des stratégies politiques. Une société japonaise en mutation, et évidemment, une problématique morale sur le sens de la justice.

    J’ai particulièrement apprécié l’anime, pour son originalité et sa tension. Au niveau de la qualité du rendu pur de Madhouse, l’ensemble est propre et bien rythmé. L’animation est bonne, les seiyuu jouent à merveille, l’opening est génial et les OST traduisent bien l’atmosphère mystique voire mythologique de l’œuvre. Mention spéciale pour l’ambiance instaurée qui retransmet parfaitement la ville japonaise sous tension continue. Un fin brouillard plane sur la ville, analogie possible avec la volonté de mainmise totale de Light sur le monde. L’exagération gestuelle des personnages est réussie, renforçant l’aspect fantastique et « shonen » de l’adaptation anime.
    Si vous ne l’avez pas déjà vu et que l’œuvre vous tente, il est temps de rattraper ça !

    8

    Gregtaicho - 29 mars 2019

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